(Baran bo Odar, Jantje Friese, 2017)

Étrange mélange de polar et de science-fiction, Dark débarquait en 2017 sur Netflix. Je n’attendais alors pas grand-chose de cette série, pensant (à tort) que du fait du succès de Stranger Things, Netflix avait décidé de remettre le couvert en appliquant la même recette. C’est donc avec quelques a priori que je me lançais dans cet univers.

Ainsi le premier épisode, loin d’être mauvais, me confortait malgré tout dans l’idée que je me faisais de la série : une ambiance sombre, inquiétante qui tire sur l’horreur et une intrigue qui laisse un semblant de déjà vu : le quotidien d’une bande d’ados qui se voit bouleversé lorsque des jeunes se mettent à mystérieusement disparaître à proximité de la centrale nucléaire de Winden, la petite ville allemande dans laquelle se déroule la série. S’en suivra alors une enquête policière qui tentera d’expliquer leur disparition.

Mais très vite l’intrigue se détache de cela et abandonne cette dimension horrifique pour se concentrer sur ce qui fait réellement la force de Dark : son scénario. Construit pour durer 3 saisons avec une timeline clairement définie en amont, il entretient le mystère et tient toutes ses promesses en distillant épisode après épisode ses révélations et autres moments d’émotion et reste, jusqu’à la toute fin, d’une cohérence remarquable pour une œuvre abordant le thème du temps. Car oui, Dark, derrière ses faux airs de Stranger Things, est en réalité une série sur le temps. Dans cet univers, « Dieu est le temps, et le temps n’est pas miséricordieux », il est meurtrier, implacable, et personne n’y échappe. Ainsi, chaque action des personnages, que ce soit volontairement, inconsciemment ou même pour tenter de fuir leur destinée sert un cycle temporel infini dans lequel tous sont piégés.

A l’image de l’histoire de la série, chaque épisode voit son schéma se répéter. Inévitablement, dans les quelques minutes qui précèdent leur fin, une musique accompagne un tour d’horizon des personnages, nous laissant le temps de digérer et d’apprécier toute la complexité de cet univers et les liens tissés entre les multiples habitants de Winden. Ces moments sont tout autant un plaisir musical que cinématographique et créent au fil des épisodes une réelle attente, chacun devenant l’occasion de découvrir des artistes comme Agnes Obel ou Asaf Avidan, dont les morceaux viennent sublimer la série. Au-delà de ces fins d’épisode musicales, il faut aussi souligner la qualité de la bande originale composée par Ben Frost qui vient appuyer avec brio cette atmosphère mystérieuse, inquiétante, voire angoissante par moment.

A tout cela s’ajoute une grande diversité de personnages qui peut parfois, notamment au début, perdre le spectateur même si, au fil des épisodes et avec un peu de concentration, il n’est pas si difficile de reconstituer les pièces du puzzle. Cela est dû en partie à un casting remarquable, qui permet pour la majorité des protagonistes d’être reconnus à travers les époques grâce à la ressemblance physique des acteurs. Ce choix d’acteurs est d’autant plus remarquable qu’en plus de cette ressemblance, la plupart ont un jeu irréprochable.

Mais les personnages, même s’ils sont nombreux, n’en sont pas moins développés. Ils sont, à travers les époques, travaillés, détaillés, et la série finit tôt ou tard par nous donner une vision d’ensemble sur chacun d’entre eux, même s’il faudra pour certains attendre 3 saisons pour enfin comprendre leurs motivations. En effet, Dark n’hésite pas à prendre son temps, laisser longuement planer le mystère pour ensuite mieux y mettre fin.

Cette intrigue, ces personnages, cette musique participent à une ambiance globale sombre, presque glauque. L’image, très majoritairement sombre elle aussi (avec un titre pareil il fallait s’en douter me direz-vous), laisse planer avec la musique une menace constante : celle du temps. Dans de nombreux plans, on observe notamment un très lent mouvement de caméra vers l’avant ou l’arrière, qui comme le temps, progresse inexorablement et accentue ce sentiment de menace. Plus généralement, la série affectionne les plans larges et fixes, qui lui permettent de mettre en avant l’esthétique de son paysage froid et de ses décors, identifiables, qui à l’instar des acteurs évoluent en fonction du temps et servent de points de repère, ce qui permet de n’être jamais réellement perdu dans cette petite ville qui, après 3 saisons, nous semble étrangement familière.

Le générique, retravaillé à chaque saison est lui aussi à l’image de la série : inquiétant, soigné et sombre. Les très rares effets spéciaux sont quant à eux plutôt réussis et s’inscrivent bien dans cet univers réaliste.

Bref vous l’aurez compris, que ce soit pour son scénario, son ambiance, ses musiques, ses mystères et d’autres encore: j’ai adoré Dark. On notera quand même certaines baisses de rythme, souvent en début ou milieu de saison, mais celles-ci sont selon moi de très loin rattrapées par toutes les nombreuses autres qualités dont la série dispose.

J’espère en tout cas, sans trop vous en dire, vous avoir donné envie de regarder cette excellente série qu’est Dark, qui d’une saison à l’autre n’en finit pas de nous surprendre par son ambition et sa cohérence. Si le thème vous attire, je ne peux que vous conseiller de regarder cette petite pépite allemande.

Simon Pantigny

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