(Mary Dore, 2014) 

Ces femmes que le documentaire She’s beautiful when she’s angry (2014) de Mary Dore met à l’honneur sont tantôt éhontées et audacieuses, tantôt indignées et hargneuses. Mais un dénominateur commun parvient à faire entendre leur voix d’un parfait accord : la conscience d’un combat indispensable pour la liberté de la femme. Ponctué d’interviews plus actuelles de ces femmes qui ont marqué l’Histoire, le documentaire nous plonge dans les premiers mouvements féministes des années 1960 aux Etats-Unis.

Plusieurs rappels dès le départ nous permettent de nous extraire de notre situation et de nous plonger entièrement dans celle de l’époque : les femmes n’ont pas de droits sur leurs corps, le seul projet qu’elles peuvent envisager est le mariage, les crèches sont interdites (puisque seule la femme peut s’occuper de ses enfants), la stérilisation forcée existe (notamment à Porto Rico), on ne parle pas de l’avortement, encore moins du viol ou des violences conjugales.

C’est pour faire taire ces phrases si récurrentes comme « désolée, on n’engage pas de femme », que le mouvement féministe NOW a été fondé, en 1966. La discrimination de l’emploi est la première cause de la création de ce mouvement. Un moment du documentaire passe presque inaperçu, mais son analyse est percutante : Marilyn Webb, leadeuse du mouvement féministe, monte sur scène et essaie de parler à la foule. Les hommes hurlent et scandent « sortez là de la scène et baisez-la ». Voilà la réalité de l’époque : la femme réduite à un être sexuel, et surtout à un être que l’on a le droit de ne pas respecter. « The women’s liberation » : ce sont les premières fois que les gens lisent ça. La libération des femmes passe par l’écriture et la publication de livres : Our bodies, Ourselves ; Female Liberation de Roxane Dunbar, Anatomy of a rape. Alice Wolfson, Karla Jay, Marlene Sanders, Elen Willis, Jacqui Ceballos, Marilyn Webb, Carol Giardina, Kate Millett, Shulamith Firestone, Chude Pamela Allen : tant de femmes qui permettent aux femmes d’aujourd’hui de vivre dans une société avec des valeurs et des normes différentes, moins oppressantes et stigmatisantes, même si le combat n’est pas fini.

La libération des femmes n’était que pleinement possible lors des réunions de ces mouvements féministes qui se multipliaient. Ces réunions étaient les seuls moments où tout était encore possible, où la parole avait de la valeur, où les expériences d’avortement ou de viol ou de violences passaient de honte inavouable à expérience commune. Elles n’étaient pas seules. Le documentaire montre également un féminisme pour toutes les couleurs de peau, et pas seulement un féminisme pour femmes blanches (que l’on voit bien souvent).  Y sont développées ces normes sociales, qui arguent qu’avoir le teint le plus pâle possible c’est cela, la beauté. Le spectateur se rend compte du racisme que contenaient (contiennent) les normes de beauté. Oui, le féminisme de femmes noires existe, et c’est quelque chose qui n’est pas souvent évoqué (la femme noire doit lutter pour sa libération en tant que femme, mais aussi en tant que personne racisée).

Ce documentaire parvient à capturer l’atmosphère de l’époque, pleine d’espoir et passionnante, mais surtout après cette rétrospective, nous donne une claire idée du chemin parcouru et de ce qui reste encore à parcourir. Pour finir, une féministe du mouvement NOW disait « je pense que c’est la rage et la colère qui nous ont rendues courageuses ».

Annabelle ANQUEZ

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