(Wim Wenders, 2011)

Wim Wenders est un cinéaste indépendant et l’un des représentants les plus emblématiques du nouveau cinéma allemand (un mouvement né dans les années 1960 en Allemagne de l’ouest visant à produire des films questionnant la société), au même titre que Werner Herzog ou Rainer Maria Fassbinder.

Pina Bausch est une danseuse et chorégraphe allemande, connue et reconnue pour son important apport au développement de la danse contemporaine, notamment grâce à ses oeuvres proches du théâtre, faisant s’exprimer les corps avec une poésie toute particulière.

C’est en 2011 que paraît le documentaire Pina de Wim Wenders – ou la superbe rencontre de ces deux grands noms de la culture allemande.

Le projet a été longuement mûri, a failli être annulé suite au décès de la danseuse en 2009, mais a  été repensé pour finalement voir le jour au cinéma, sous une forme tout à fait surprenante et délicieuse.

Il s’agit en effet d’un enchaînement de scènes extraites des oeuvres déterminantes de la chorégraphe (Café Müller, Kontakthof, Le Sacre du Printemps) re-dansés pour l’occasion par sa troupe historique du Tanztheater Wuppertal, sur scène ou – ce qui surprend d’abord puis ravit très vite – en extérieur.

Ces danses sont constellées de témoignages d’archive de Pina Bausch et d’autres plus récents de ses danseurs et de ses proches, permettant au spectateur de toucher du doigt la personnalité de cette femme singulière.

L’histoire de Pina au cinéma n’en était pas à ses débuts : elle avait joué une princesse aveugle chez Fellini dans E la nave va, fait l’objet de documentaires par Chantal Akerman (rien que ça), Lee Yanor, Anne Linsel et Rainer Hoffmann… et l’on pouvait retrouver ses chorégraphies en introduction et conclusion du Parle avec elle de Pedro Almodovar.

Pourtant, il n’est pas excessif d’affirmer que Wim Wenders a peut-être le mieux su, avec sa caméra, saisir toute la délicatesse et la profondeur de l’oeuvre de la danseuse allemande. Le mieux réussi à retranscrire tout le déchirement et l’émotion que l’on peut ressentir face à quelques gestes esquissés gracieusement dans le vide, des bras qui frappent ou s’étreignent, et des corps qui s’allongent, se collent et se fuient dans des élans désespérés.

Le film saura sans nul doute toucher les plus initiés à la danse contemporaine comme les plus néophytes, que l’aspect documentaire et intellectuel ne devra pas rebuter. Car ce documentaire constitue avant tout un véritable divertissement pour nos yeux, promptement charmés par ces couleurs et ces mouvements d’une vitalité réjouissante.

Tahani SAMIRI

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