“La réalité n’est qu’un point de vue.” P.K .Dick

Si je vous dis Inception, ExistenZ, Matrix ou Videodrome le lien que vous ferez sans aucun doute entre ces différentes œuvres est qu’elles sont toutes très connues, remettent en cause le principe de réalité et critiquent avec virulence notre société. Si cela sera en partie mon propos dans ce focus nous allons en réalité nous intéresser à l’influence d’un homme dans notre imaginaire collectif cinématographique et littéraire.  Les lecteurs de science-fiction l’auront deviné sans mal avec les quelques films cités plus haut le thème d’aujourd’hui est Philip K. Dick, plus précisément l’influence et la vision dickienne au cinéma.

Loin de moi l’envie de faire une biographie exhaustive de la vie de K. Dick, en résumé : l’un des plus grands auteurs de Science-fiction au monde, au même titre que Frank Herbert (lisez DUNE), Pierre Boulle (La planète des singes) ou Isaac Asimov (Fondation). Hanté par la mort de sa jumelle, cet auteur jugé dépressif, schizophrène, paranoïaque et toxicomane (rien que ça) fait encore aujourd’hui le bonheur d’Hollywood avec une certaine ironie, car K. Dick méprisé , marginalisé et profondément anti-système de son vivant disait :

« Il faudrait me tuer et attacher mon corps sur le siège de ma voiture, en peignant un sourire sur mon visage, pour que je m’approche de Hollywood »

Pourquoi parlons-nous d’une certaine ironie ? Tout simplement car des œuvres cultissimes comme Blade Runner de Ridley Scott, Total Recall de Paul Verhoeven et Planète Hurlante de Christian Duguay sont directement inspirés de romans de K. Dick. Le monde du cinéma n’est pas le seul à profiter allégrement du filon, le petit écran, celui de votre ordinateur et non celui de votre télévision est également friand de l’auteur américain. Si vous êtes un gourmet parmi les sérivores vous avez sans doute déjà profité de l’excellente série produite par Amazon The Man in The High Castle, qui est avant tout l’adaptation fidèle du roman du même titre ayant obtenu le prestigieux Prix Hugo en 1963 (récompense de la meilleure œuvre littéraire de science-fiction).

 

Quel rapport entre K. Dick, Inception, Matrix et Vidéodrome ? La vision pessimiste partagée de leur auteur. Il est possible de deviner sans mal que des réalisateurs/auteurs de génie comme David Cronenberg, les frères puis frère et sœur puis sœurs Wachowski ( si si je vous assure elles changent de sexe tous les jours il faut croire) et même Christopher Nolan sont fortement influencés par la vision dickienne de la remise en cause de la réalité. Rendons à K. Dick ce qui est à K. Dick, des hommes qui voyagent dans des réalités qui se superposent, dans des rêves ou dans la matrice, c’est génial d’inventivité et original non ? Et non pas du tout, c’est le principe central du roman cultissime Ubik de K. Dick. Vous adorez Inception et sa mise en scène ahurissante qui va au-delà des frontières de la physique et de l’imagination ? Regardez Paprika de Satoshi Kon et vous regarderez d’un autre angle ce plagiat d’hommage. Il n’empêche que comme le grand public j’ai adoré Inception mais il me semblait nécessaire de revenir à la source, celle qui construit encore notre imaginaire collectif 35 ans après sa mort.

Comment expliquer le succès des adaptations de K. Dick et des œuvres qui s’en inspirent ? Soyons honnête K. Dick est avant tout un créateur de concept, tant certains de ses romans sont difficiles d’accès. Prenons l’exemple de Substance Mort ou l’affaire d’un policier toxicomane qui doit enquêter sur lui-même tout en étant constamment défoncé à la substance morte, puissant hallucinogène. Une histoire bien plus « cohérente » si l’on peut dire en adaptation cinématographique expérimentale sous le titre de A Scanner Darkly de Richard Linklater.

En conclusion un bon concept est plus fort qu’une bonne histoire, surtout lorsqu’il est question d’adapter des genres visuellement difficiles à adapter comme la science-fiction et ses dérivés. C’est là que réside la force du cinéma dickien, là où on veut s’arracher les yeux en revoyant Dune de David Lynch on reste au contraire admiratif devant le cultissime Blade Runner adaption directe du roman Do Androids Dream of Electric Sheep, à voir ou revoir d’urgence avant la sortie de sa suite en 2017 réalisée par le fabuleux Denis Villeneuve.

Victorien PANISSIE

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