(Thomas Vinterberg, 2017)

Erik, professeur d’architecture, et Anna, présentatrice TV, forment avec leur fille Freja une famille paisible. Alors qu’Erik hérite de la maison dans laquelle il a grandi et espère la vendre puisqu’il ne peut en assumer seul les charges, Anna propose au contraire de garder la maison et de la partager avec leurs amis. Ainsi se forme, dans cette vieille et spacieuse demeure, une petite communauté réglée sur le partage des biens, les décisions communes votées en assemblée, et l’amitié.

 

Au début, tout le monde s’enthousiasme de ce mode de vie original et amusant – sauf peut-être Erik qui montre déjà des signes de scepticisme. Pourtant la caméra de Vinterberg, par ses mouvements fébriles et ses plans rapprochés sur les personnages, suggère dès les premiers instants les prémices d’un désenchantement.

 

C’est ainsi qu’Erik, de plus en plus mal à l’aise avec cette vie en communauté, s’éloigne du groupe – et par-là même de sa famille – pour se jeter dans les bras de l’une de ses étudiantes aux faux-airs de Brigitte Bardot, la brillante Emma. Paradoxalement, le groupe participera donc de l’altération des liens familiaux au lieu de renforcer ceux-ci, comme l’espérait Anna.

 

Si tous les autres trouvent leur idéal dans cette nouvelle façon de vivre, Erik trouve le sien loin de ce cadre quelque peu étouffant, auprès d’une personne plus jeune, que l’on devine aussi plus ouverte et libre, dévouée à lui seul quand l’attention de la communauté s’éparpille entre ses membres.

 

La première partie du film, centrée sur les distances prises par Erik, laisse place à une seconde partie plus déchirante encore, mais aussi assurément plus intéressante, puisque lorsqu’Anna apprend la liaison d’Erik, elle lui propose que l’étudiante intègre elle aussi la communauté.

 

Plus que celui d’Erik, le personnage d’Anna est doté d’un relief particulièrement développé.

Lâche, Erik se laisse guider par les décisions d’Anna et d’Emma, tente de trouver du secours dans la communauté dont il se rapproche soudainement lorsque les choses vont mal. Anna de son côté, laisse à son mari l’opportunité de n’être séparé ni d’elle, ni de sa fille, ni de son amante – sans que le spectateur ne sache s’il s’agit là d’un véritable sacrifice ou de l’œuvre un peu malsaine d’une femme désespérée. Offrant à Erik de vivre la vie qu’il désire et se privant de tout, elle se plongera elle-même (bientôt suivie du reste de la communauté) dans une atmosphère toxique et dévastatrice.

 

C’est ce tableau psychologique – et presque politique – incroyable auquel assiste, silencieuse et bouleversée, la jeune Freja. Jumelle du spectateur, de par sa vision externe des évènements mêlée à sa pourtant évidente implication dans les affaires familiales, c’est elle qui jusqu’au bout fera preuve d’équilibre et nous amènera à l’issue du film.

 

Cette issue, moins fatale que l’on eût pu préjuger, laissera tout de même une chance à l’utopie de la vie en communauté, plutôt que de clore le film sur une condamnation absolue et manichéenne. Et l’amour qui s’abîme et se perd tout au long du film sera finalement retrouvé, laissant l’oeuvre du très talentueux Vinterberg s’achever en un doux et fragile espoir.

 

D’une grande intelligence scénaristique et filmé avec sensibilité dans l’ambiance si particulière des années 1970, La Communauté démontre encore une fois – après le succès de Festen en 1998 – la virtuosité de Thomas Vinterberg à filmer les groupes qui se déchirent.

Tahani SAMIRI

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