(Jean Cocteau, 1946)

« Il était une fois… »

Le film s’ouvre sur un panneau signé de la délicate écriture du poète Jean Cocteau, nous priant gracieusement de regarder l’oeuvre qui va suivre au travers de nos yeux d’enfant ingénu. 

Pour apprécier cette adaptation du célèbre conte de Mme Leprince de Beaumont, il faut en effet se défaire de tout cynisme et de tout mépris, et se laisser candidement porter par l’enchantement du récit, la grâce désuète de la mise en scène et le jeu théâtral des acteurs.

Ici pas de Walt Disney, pas de Vincent Cassel ou de Léa Seydoux, pas d’Emma Watson non plus. Pas de sexy, ni de glamour (à moins que vous ne soyez sensibles au charme très années 40 de Jean Marais et Josette Day), mais beaucoup de poésie.

Ce qui pourrait dans le film nous paraître quelque peu ridicule aujourd’hui (les décors surannés, costumes extravagants et effets spéciaux curieux) se révèle souvent être le fruit d’une inventivité et d’un travail considérables pour l’époque : l’usage de trucages (ficelles, miroirs, ralentis), les 5 heures quotidiennes de maquillage pour transformer le Prince en Bête, la mise en scène soignée reproduisant gravures anciennes et tableaux hollandais ou encore les puissants jeux d’ombre et de lumière peuvent en témoigner.

La Belle et la Bête, c’est une très belle histoire d’amour entre 2 êtres que tout oppose – une jeune fille simple et gracieuse et un monstre tourmenté – qui finiront par se sauver l’un l’autre. C’est par leur union que la Belle s’émancipera de la maison familiale et de l’emprise de son père ; par leur amour que la Bête pourra retrouver forme humaine.

Si le récit est construit sur ces oppositions, Cocteau s’attache néanmoins à le libérer de tout manichéisme pour exposer une Bête complexe à la tristesse attendrissante et une Belle souvent prédisposée à l’arrogance, n’autorisant ainsi jamais le spectateur à se laisser aller au jugement.

Le conte n’invite pas à juger. Il invite à croire, à tout accepter crédulement, dans la noirceur comme dans le sublime. Peintre, dramaturge, poète et maintenant cinéaste, Jean Cocteau nous remet à nouveau cette invitation à embrasser l’imaginaire dans une magnifique oeuvre de cinéma dont les années n’ont pas dissipé la superbe.

Tahani SAMIRI

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