(Lenny Abrahamson, 2014)

Depuis quelques années, l’acteur Michael Fassbender a acquis une notoriété importante auprès des spectateurs, en jouant dans des blockbusters à gros budget (X-Men, Prometheus…) mais aussi dans des films plus « artistiques » (Shame et Twelve years a slave de Steve McQueen). L’avoir comme tête d’affiche est donc un argument majeur pour un film. Mais dans Frank, il est coiffé d’une énorme tête en papier mâché qui cache entièrement son doux visage. Ce choix intrigue donc le spectateur et c’est certainement ce qui le pousse à aller voir le film de Lenny Abrahamsom.

 

Il y incarne le leader charismatique d’un groupe de musique expérimental qui se voit séparé de son claviste suite à une tentative de suicide de celui-ci,  remplacé au pied levé par Jon, interprété par Domhnall Gleeson, qu’on a pu voir dans Harry Potter et les Reliques de la mort et qui sera à l’affiche du prochain Star Wars. Le film est rangé dans la catégorie « comédie dramatique », et pour une fois, cette appellation a un véritable sens. En effet, et c’est là la principale qualité de ce long-métrage, les deux genres sont maniés avec brio. On rit franchement à de nombreuses reprises face au délire de ce groupe de musiciens complétement perchés et entièrement dévoués à leur art, mais on est très vite rattrapé par le drame qui se joue autour du leader à l’imposante figure. Car le film tourne également autour du sujet bien plus sérieux de la maladie mentale (dont sont atteint la majorité des personnages), et parvient à nous émouvoir directement après une scène de comédie.

Un autre aspect du film particulièrement intéressant réside dans sa manière de brouiller la place des personnages dans l’histoire. En effet, au premier abord, le personnage principal semble être celui de Michael Fassbender suivi de celui de Maggie Gyllenhaal, les deux apparaissant sur l’affiche côte à côte. Pourtant, on se rend compte dès le début que le « héros » est Jon, le claviste amateur qui intègre le groupe de musique. Soit, c’est donc peut-être juste un jeu autour du marketing du film. Mais cela ne s’arrête pas là : Jon, qui a tout du héros classique (l’homme gentil, qui découvre en même temps que le spectateur les autres personnages du film) est lui aussi descendu de son piédestal. Il n’y a pas de véritable héros, le film échappe au schéma manichéen qui domine en première partie.

 

Le sujet principal du film restant la musique, la bande originale est particulièrement intéressante. Tout au long de l’histoire, on peut entendre quelques extraits des morceaux du groupe de pop avant-gardiste que forme les personnages, on retiendra notamment le titre « I love you all » interprété par Michael Fassbender. Les musiques d’ambiance, bien que classiques, accompagnent parfaitement le film.

 

Le film n’est cependant pas exempt de défauts. La mise en scène, bien que réservant de jolis plans, grâce notamment à la tête de plastique de Michael Fassbender, reste néanmoins très classique, on ne remarque pas de réelle originalité. Et le choix de faire apparaitre à l’écran les interactions sur internet de Jon n’est pas un choix artistique très intéressant, cela fait penser à une idée forcée pour donner un côté original au film, mais cela ne fonctionne pas (ceci est bien sur un avis purement personnel). On peut également regretter un choix de scénario dans la dernière partie du film qui vient remettre en cause un parti pris du film, mais on ne peut en dire plus sans spoiler.

 

Frank est donc une ode, parfois bancale certes, à la musique expérimentale, à la recherche de l’absolu par les artistes mais également un joli conte qui vous fera sortir du cinéma le sourire aux lèvres.

Jean-Michel Feutry

https://www.youtube.com/watch?v=goUtKUjnDlM

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