(Houda Benyamina, 2016)

C’est l’histoire de Dounia, une jeune fille de banlieue qui rêve, avec son amie Maïmouna, de se faire du biffe et un nom. C’est l’histoire de sa rencontre avec Djigui, un vigile de supermarché passionné de danse. C’est l’histoire de son implication dans le trafic de drogue de la respectée Rebecca. C’est l’histoire d’une meuf qui galère, et que rien ne semble pouvoir sauver.
Les bases du film sont posées et dès le générique (d’une inventivité jouissive) Houda Benyamina s’intronise patronne du cinéma français.

La trame sonore est envoûtante, électrique, éclectique: des musiques orientales à Vivaldi, d’un concert privé de Siboy (nouveau protégé de Booba) à une scène en boîte de nuit où Dounia se déhanche sur l’irrésistible 212 d’Azealia Banks (aussi présent dans Girls de Lena Dunham ou The Bling Ring de Sofia Coppola: définitivement la chanson girl power de la décennie).

Girl power, ce film l’est assurément.

Pas tant dans le message qu’il cherche à véhiculer (d’ailleurs Houda Benyamina s’en défend) que dans sa forme même. La réalisatrice s’émancipe des clichés genrés, de l’image stéréotypée de la zouz de banlieue: ici les protagonistes sont des filles fortes, déterminées, complexes, emplies de rage – et de courage. Les actrices (Oulaya Amamra en tête, mais aussi Déborah Lukumuena et Jisca Kalvanda) livrent une prestation étourdissante de justesse, furieuse, irrévérencieuse.

Il s’agit décidément là d’un premier film exalté, auquel on peut – avec beaucoup d’exigence – trouver des défauts (pour moi il s’agira de la scène, quelque peu convenue et sentimentale, durant laquelle Dounia et Djigui s’apprivoisent dans un supermarché vide).

Mais qu’importe. Comme son héroïne, Houda Benyamina ose, essaie, elle bouscule les codes, claque l’ordre établi, insuffle sa vision moderne et personnelle de ce que doit être le cinéma d’aujourd’hui: jeune, puissant, insolent. Représentatif d’une réalité complexe, aux 1000 visages (comme le nom de l’association qu’elle a d’ailleurs créée en 2006 pour former des jeunes de zones défavorisées aux métiers du cinéma).

Le film s’articule presque comme une tragédie: Dounia porte en elle la violence et les meurtrissures d’une héroïne racinienne et les choix auxquelles elle est sporadiquement confrontée, tiraillée entre son amour croissant pour Djigui et sa propre ascension, sont cornéliens. Aussi, Oulaya Amamra, animale et pourtant suprêmement humaine, a tout d’une grande actrice: dans le comique comme dans le drame, elle transmet un flot d’émotions continu, enchaînant frappes et caresses avec une habileté déconcertante.

Divines est un film réel et percutant, c’est une fable, c’est une poésie, c’est un uppercut, c’est une symphonie: c’est toujours au cinéma, donc si vous avez du clito, foncez-y.

Tahani SAMIRI

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