Il n’est pas le plus sexy des Michael (nous aurions pu choisir Fassbender), pas le meilleur danseur (coucou Michael Jackson) et n’a pas fait SKEMA Business School (n’est-ce pas Michael Youn ?). Mais il est assurément le plus génial, le plus dérangé et le plus dérangeant de tous : focus sur le réalisateur Michael Haneke.

 


QUI ES-TU MICHAEL ?

Michael Haneke est né en 1942 à Munich, de nationalité autrichienne. Ses parents sont acteurs, son beau-père est chef d’orchestre (et également beau-père de l’acteur Christopher Waltz).

Dans sa jeunesse, Haneke étudie l’art dramatique mais aussi la philosophie et la psychologie. Il est tour à tour critique de cinéma, metteur en scène de théâtre et réalisateur de téléfilms. Ce n’est ainsi qu’à l’âge de 47 ans qu’il réalise enfin son premier long-métrage pour le cinéma, Le Septième Continent, pour la simple raison que le projet avait été refusé par la télévision (une histoire de suicide collectif chez une famille banale filmée sans empathie : est-il vraiment besoin d’expliquer ce refus ?).

Mais depuis son entrée (tardive) dans le cinéma, Haneke casse la baraque. Il a maintenant 11 films à son actif (tournés avec des acteurs allemands, français, américains…) dont 2 Palmes d’Or pour Le Ruban Blanc et Amour (et ouais gros, impressionnant car ce sont les 2 seules Palmes d’Or autrichiennes et que seuls 8 réalisateurs se sont déjà payé le luxe de recevoir 2 fois cette récompense).

Le Ruban Blanc (2009)

Son 12ème film, au casting duquel on retrouvera Isabelle Huppert, Jean-Louis Trintignant, Mathieu Kassovitz ou encore Loubna Abidar, traitera d’une famille bourgeoise du Nord de la France confrontée à la crise des migrants. L’oeuvre, ironiquement intitulée Happy End (car on n’a jamais rien vu d’happy chez Michael Haneke, pas même une petite photo souriante sur Google Images…), sortira normalement à la fin de cette année 2016.


QUE FAIS-TU MICHAEL ?

« Film de psychopathe », « oeuvre d’un désaxé », « ce mec doit se faire soigner », « je n’ai jamais rien vu d’aussi malsain », « je me suis endormi » etc. etc. Les spectateurs des films de Haneke ne tarissent généralement pas d’éloges sur ses oeuvres comme en attestent les commentaires de ses films sur Allo Ciné ou Sens Critique.

Alors qu’ont en commun les films de Michael Haneke ?

Tout d’abord, un aspect psychologique important : les troubles psychiatriques les plus sombres intégrés à la banalité du quotidien. Les personnages d’Haneke sont presque toujours des petits bourgeois à la vie terne et ennuyante, et de cette morosité qu’aucune passion ne vient troubler, naissent les pensées et les actes les plus malsains, absolus et dévastateurs. Pour décrire la naissance de ces passions ou pulsions trop fortes pour ces vies inanimées, Haneke adopte l’attitude d’un clinicien : l’image (bien que très belle) est sobre, aseptisée, froide, presque documentaire. 

La Pianiste (2001)

Aussi, Haneke expose mais ne juge pas. Ses films sont dénués de toute considération morale portée sur les personnages – et c’est ce qui mettra mal à l’aise le spectateur souvent habitué à pouvoir clairement distinguer le bien du mal. 

Le cinéma d’Haneke se situe à la première étape de la démarche scientifique : l’observation de l’expérience. Qu’arriverait-il si l’on faisait tomber amoureux d’une jeune fille un garçon que la passion pour le virtuel a coupé de toute réalité, comme dans Benny’s Video ? Et que se passerait-il si 2 adolescents s’amusaient à perturber le quotidien d’une famille modèle en adoptant envers eux un comportement de plus en plus violent et malsain, comme dans Funny Games ?

Haneke filme consciencieusement les faits (et avec talent) mais laisse au spectateur la liberté d’achever sa démarche expérimentale par une analyse et une interprétation personnelles de la séance à laquelle il vient d’assister.

Code Inconnu (2000)

« Je donne au spectateur la possibilité de participer. Le public complète le film en s’interrogeant dessus ; ceux qui regardent ne doivent pas seulement être des consommateurs à qui l’ont donne la becquée » : c’est ainsi que le réalisateur cloue le bec aux haters.

Les risques de ce type d’approche sont nombreux. L’aspect documentaire et très épuré de la mise en scène et l’utilisation d’un temps dilaté (avec de longs silences, des scènes qui semblent s’éterniser dans le banal ou l’insoutenable) peuvent d’abord mettre à rude épreuve la patience et la tolérance d’un spectateur venu chercher le divertissement. L’absence de toute forme de jugement (positif ou négatif) est souvent déstabilisante : que doit-on penser des protagonistes ? peut-on les pardonner ? les haïr ? Haneke ne nous guide jamais, et peut-être le malaise que nous ressentons face à ces films est-il moins dû à l’amoralité et la violence inexpliquée de son oeuvre qu’à l’angoisse provoquée par la liberté totale de jugement que nous accorde le réalisateur, et à laquelle nous sommes rarement habitués.

Funny Games U.S. (2007)

Ce qui nous amène à nous demander…


… NOUS AIMES-TU MICHAEL ?

Oui, Haneke aime son public – selon l’adage du « qui aime bien châtie bien », certes.

« Si un film peut sensibiliser ou consoler une personne pendant une heure ou deux, c’est très bien. » déclarait Haneke à L’Express en 2012. Vous voyez, cette homme est une perle.

C’est parce qu’il aime son public qu’il lui a offert autant de films variés (dans leur sujet, leur casting), troublants et au centre desquels il nous laisse toujours la plus grande place. Tellement de films que l’on ne sait par où commencer. Voici donc un petit guide des films les plus accessibles ou géniaux du réalisateur autrichien, totalement personnel et non objectif, pour tous ceux qui souhaiteraient s’initier :

  1. Funny Games (1997 ou 2007)
    Funny Games met en scène une famille bourgeoise stéréotypée (2 parents, un petit garçon et un chien) au quotidien tranquille et sans tumulte… jusqu’à ce que deux adolescents s’immiscent dans cette vie bien rangée et décident de faire subir à cette famille, sans autre raison que l’envie de s’amuser, les tortures psychologiques et physiques les plus atroces. Michael Haneke était tellement content de ce film qu’il l’a tourné une première fois en 1997 avec un casting allemand, et l’a reproduit 10 ans plus tard (plan par plan avec une exactitude rigoureuse) avec des acteurs américains – tels que Naomi Watts ou Tim Roth.
  2. La Pianiste (2001)
    C’est l’histoire d’une professeur de piano froide et insatisfaite qui tombe amoureuse de son jeune élève – et du jeu de domination qui se créera entre ces deux amants écorchés. Le film, comme une musique, mêle rigueur d’exécution et puissance de sentiments, dans l’amour comme dans la douleur. Haneke signe par ailleurs ici son premier long-métrage avec Isabelle Huppert qui deviendra par la suite l’une de ses actrices fétiches.
  3. Le Ruban Blanc (2009)
    Première Palme d’Or du réalisateur pour un film à l’esthétique sublimée par l’utilisation du noir et blanc, et qui raconte la vie d’un village de l’Allemagne protestante à la veille de la Première Guerre Mondiale dans lequel surviennent d’étranges rituels punitifs dont il s’agira de démasquer les auteurs.
  4. Amour (2012)
    Un très beau casting (Jean-Louis Trintignant, Emmanuelle Riva, Isabelle Huppert) pour un très beau film réalisé dans le huis clos de l’appartement d’Anne et Georges, époux vieillissants, unis par une tendresse infinie jusqu’à ce que l’accident cérébral d’Anne vienne tout bouleverser. Deuxième Palme d’Or au festival de Cannes de Michael Haneke. Golden Globe et Oscar du Meilleur film étranger. César du Meilleur film, César du Meilleur réalisateur, César du Meilleur acteur, César de la Meilleur actrice et César du Meilleur scénario (oui oui). Rarement oeuvre a été aussi acclamée par la critique.

Et pour finir un petit bonus : un extrait d’interview (en français et tout sourire) d’Haneke.

 

Tahani SAMIRI

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