A moins que vous ne viviez sur une île déserte (haha), vous avez forcément déjà entendu parler de la série américaine LOST, Les Disparus, créée par J. J. Abrams, Damon Lindelof et Jeffrey Lieber.

Ses 121 épisodes de 42 minutes (répartis en 6 saisons) ont fait le bonheur des sérivores de 2004 à 2010, raflant aux passages tous les prix possibles et imaginables en matière de séries (Emmy Awards, Golden Globes, Saturn Awards…) et allant jusqu’à l’ultime récompense de Meilleure Série des Vingt Dernières Années en 2010.

La force de LOST est assurément de réunir un public populaire (en enregistrant des audiences remarquables et remarquées) tout en satisfaisant les plus connaisseurs. Entre divertissement réussi et scénario d’une rare intelligence et d’une exhaustivité impressionnante, la série a su conquérir les coeurs les plus difficiles – et ce malgré quelques errances et des consignes de production souvent décriées.

Voici un focus sur cette série évènement – garantie (presque) sans spoiler.


RESUME

Lors d’un trajet reliant Sydney à Los Angeles, le vol Océanic 815 explose en plein ciel, au beau milieu du Pacifique. Les survivants, ayant réussi à s’extirper du corps et de la queue de l’appareil, se retrouvent sur une île mystérieuse – qu’ils croient d’abord déserte – totalement démunis et forcés d’organiser ensemble leur survie. Inconnue des radars, l’île est le théâtre de phénomènes énigmatiques (force magnétique, apparitions, fumée noire, coïncidences…) autrefois étudiés par l’obscur projet Dharma, dont les survivants découvriront peu à peu les bunkers d’expérimentation. Ils s’apercevront aussi très vite que l’île n’est pas aussi déserte qu’ils le croyaient


DES PERSONNAGES VARIES 

Parmi les survivants du crash aérien comme parmi les habitants de l’île, on retrouve des personnalités aussi diverses qu’intéressantes, complexes, et jamais manichéennes. Les personnages sont véritablement au coeur de l’intrigue, chaque épisode se concentrant sur l’un d’entre eux (à travers son passé, sa vie avant le crash et son rôle sur l’île) et exposant finalement son mode de pensée et d’action, isolément et au sein du groupe. Leurs noms ne sont souvent pas choisis au hasard (références à la littérature, à la philosophie ou aux écrits religieux) et chacun joue un rôle décisif dans l’immense fresque de la série. Cependant, certains protagonistes se détachent par leur nombre d’apparitions à l’écran et l’importance des enjeux auxquels ils prennent part :

JACK SHEPHARD : Comme feu son père, Jack est neurochirurgien. Il participe à l’organisation de la survie des passagers et s’impose vite comme leader du groupe. Il est à l’origine de la plupart des tentatives pour s’échapper de l’île, bien qu’il soit trop souvent rattrapé par des sentiments d’impuissance et de frustration qu’il ne parvient à gérer.

KATE AUSTEN : Kate est une fugitive retrouvée à Sidney par le marshall qui la poursuivait. Courageuse, elle force (mentale et physique) et douceur. Alors qu’elle pourrait entrevoir l’île comme un moyen d’échapper à la justice du continent, elle tentera toujours et par tous les moyens, comme Jack, de quitter l’archipel.

JOHN LOCKE : Handicapé moteur, Locke retrouve l’usage de ses jambes une fois atterri sur l’île. Cela l’amènera à toujours considérer le lieu comme une allié à protéger, et à toujours préférer suivre son destin. Sage mystique parfois inquiétant, il campe indubitablement l’une des personnalités les plus abouties de la série.

 

JAMES FORD, DIT « SAWYER » : Contrairement aux autres personnages, Sawyer, escroc roublard et manipulateur, s’oppose à s’organiser en société après le crash, estimant que chacun doit oeuvrer de son côté à sa propre survie. Sur l’île – et grâce aux liens amicaux et amoureux qu’il tissera peu à peu avec ses compagnons – il trouvera enfin un endroit où échapper à son passé.

JIN-SOO & SUN KWON : Jin et Sun font partie des seuls couples du vol 815. Originaires de Corée, ils sont d’abord isolés du reste du groupe en raison de leur incapacité (réelle pour Jin mais prétendue pour Sun) à comprendre l’anglais. Bien qu’en proie à de nombreuses disputes, ils feront toujours preuve d’une grande loyauté l’un envers l’autre mais aussi auprès de leurs compagnons.

HUGO REYES, DIT « HURLEY » : Hurley est d’abord considéré comme un personnage secondaire, un peu comique, puis s’avère être un protagoniste de la plus haute importance. Persuadé d’être fou après avoir gagné au loto avec une suite de chiffres qu’il croit maudite, sa vision alternative de la réalité lui sera d’un grand secours dans la résolution des mystères de l’île.

BENJAMIN LINUS : Linus était déjà sur l’île avant le crash puisqu’il y a vécu la plupart de son existence. Manipulateur, perfide, traitre… on pourrait multiplier les qualificatifs péjoratifs pour ce personnage dont on ne saura jamais vraiment s’il agit pour l’intérêt commun ou pour satisfaire sa propre félonie – ce qui en fait l’un des personnages les plus complexes et fascinants de la série.

SAYID JARRAH : Au-delà d’une grande intelligence comme tous ses compagnons, Sayid est doté de compétences techniques qui aideront maintes fois le groupe à se sortir de situations périlleuses. Ces compétences lui viennent de ses années dans la garde républicaine irakienne où il était notamment chargé de torturer les ennemis du pouvoir – passé dont il aura du mal à se séparer.

DESMOND HUME : Desmond échoue sur l’île bien avant le crash, avec le bateau sur lequel il effectuait une transat pour prouver à son beau-père qu’il était digne de gagner la main de sa chère Penny. Il rencontre sur l’île un participant du projet Dharma qui le convainc d’appuyer sur un bouton toutes les 108 min pour sauver le monde… jusqu’à l’arrivée des survivants du vol 815.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


UNE REFLEXION SUR LE TEMPS

Au cours des 6 saisons, LOST entreprend d’aborder de nombreuses thématiques qui poussent au questionnement – comme la dualité entre bien et mal, l’opposition entre destin et libre-arbitre, entre hasard et fatalité, entre rationalité et mysticisme, rêve et réalité.

Toutefois, l’aspect le plus passionnant de la série est sans aucun doute la réflexion qu’elle apporte sur le temps : le temps qui passe, les voyages dans le temps, l’espace-temps.

Tout d’abord, les épisodes sont construits comme des patchworks mêlant passé, présent (et même futur et réalité alternative dans les dernières saisons), de telle sorte que tout mystère ou personnage faisant son apparition dans l’histoire ne peut être compris qu’à travers l’ensemble de ces dimensions. Il faut donc imaginer la difficulté d’un scénario qui nécessite d’être cohérent sous tous ces aspects, à travers toutes ces années, pour toutes ces énigmes et pour tous les protagonistes et les liens qui les relient : LOST réussit ce défi, malgré quelques idées inabouties.

Les intrigues, étendues sur plusieurs générations – voire siècles – sont complexes mais pour la plupart d’une étonnante connexité.

Grâce aux flashbacks, on découvre rapidement que tous les personnages se retrouvant sur l’île sont liés d’une manière ou d’une autre (soit par une rapide rencontre dans le passé, soit par une quête ou une mission commune à suivre dans le présent ou le futur).

Usage plus incroyable encore du temps dans la série, l’île (dont on ne sait jamais où elle se trouve) possède la capacité de se déplacer dans l’espace mais aussi dans les années : de changer d’emplacement géographique et temporel. Aussi, les personnages présents sur l’île seront, au cours des dernières saisons, projetés dans des décennies antérieures ou postérieures au cours normal de leur existence sur le continent.

Retourner dans le passé permet-il d’avoir une incidence sur les évènements du futur ? Peut-on changer le cours des choses ? Nos décisions sont-elles déterminées et déterminantes ou existe-t-il des alternatives que nous pourrions choisir ?

Ce sont autant de sujets développés par les scénaristes de LOST – sans toujours être conclus, certes, mais qui invitent à la réflexion.


LA QUETE DE SENS

Ce qui réunit tous les personnages de la série, c’est certainement leur recherche perpétuelle de compréhension : comprendre ce qui leur arrive, les phénomènes auquel ils sont confrontés, le sens de leurs actions. Et c’est là encore une dimension tout à fait passionnante de la série.

Les protagonistes ne sont jamais aussi actifs et fascinants que lorsqu’ils se sentent investis d’une mission : qu’elle soit divine (comme Mr Eko ou Charlie), personnelle ou « imposée par l’île » (comme le prétendent Locke, Widmore ou Linus).

Avant leur arrivée sur l’archipel (que ce soit pour des expérimentations scientifiques ou à la suite de crashs et de naufrages), les personnages ont en commun de mener une vie de fuite, de vide, qui les rend ordinairement malheureux. Le débarquement sur l’île, presque toujours vu comme une catastrophe, peut pourtant être interprété comme salvateur. Il leur permettra de trouver dans leur existence une signification et un but auquel se rattacher, de s’affirmer pour ceux qu’ils sont vraiment, loin des problématiques et des artifices du continent.

Une fois leur quête achevée, leur mission sur l’île réussie, les personnages peuvent disparaître (comme c’est le cas pour Charlie après qu’il ait sauvé ses compagnons à la saison 3).


UNE FIN CONTROVERSEE

Comment mettre un terme à une série qui aura tenu les spectateurs en haleine pendant 6 ans, mis en place les intrigues les plus diverses et alambiquées, et faisant intervenir un nombre jamais égalé de protagonistes ? 

Il était évident que la fin de LOST en décevrait beaucoup : tout ceux qui s’attendaient à ce que toutes les questions aient des réponses. 

Mais fidèles à l’aspect mystérieux et mystique de leur série (et peut-être aussi par manque d’inspiration et de moyens, il faut le reconnaître), les scénaristes de LOST ont proposé une fin assez surprenante, laissant en suspens nombre des problématiques amorcées au cours des saisons précédentes.

Pourtant, on ne peut nier la cohérence de cette conclusion.

Après deuxième visionnage des 6 saisons, force est de constater que les éléments constituants la fin de la série étaient déjà évoqués avec subtilité et intelligence dès les premiers épisodes, nous empêchant de croire à un dénouement entièrement bâclé comme beaucoup l’ont suggéré.

Certes, quelques mystères sont résolus de manière précipitée et on assiste à des réponses un peu téléphonées à certains questionnements majeurs (comme l’imposent bien souvent les consignes de rapidité et de lucrativité des productions américaines)… mais si LOST n’explique pas toujours le comment, elle répond bien au pourquoi. La volonté créatrice des auteurs excuse les lacunes techniques : une fois de plus, le sens passe avant la rationalité.

Aussi, malgré toutes les critiques, LOST demeure une série d’anthologie (n’ayons pas peur des mots) dont on pardonnera les bégaiements puisqu’elle ouvrira très vite la porte à d’autres oeuvres constitutives de l’âge d’or des séries auquel nous assistons actuellement, et cela grâce à une exigence scénaristique peu souvent égalée.

Un univers à (re)découvrir.

Tahani SAMIRI

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