George Kay et François Uzan, 2020

« Vous m’avez vu, mais vous ne m’avez pas regardé »

Vous avez sûrement déjà entendu cette phrase, utilisée par Omar Sy pendant la campagne organisée par Netflix pour faire la promotion de la série. On y voit le célèbre acteur français collant lui-même les affiches de Lupin, dans l’Ombre d’Arsène dans les couloirs du métro parisien. En ressort une vidéo assez drôle où les passants frôlent Omar Sy sans le reconnaitre, certains l’aidant même à coller ses affiches (lien de la vidéo ici).

Librement inspirée de l’œuvre de Maurice Leblanc et réalisée par George Kay et François Uzan, cette série française Netflix diffusée depuis le 8 janvier a déjà été visionnée par plus de 70 millions de foyers à travers le monde. Elle met en scène Omar Sy qui incarne le personnage principal, Assane Diop, un jeune homme passionné par les aventures d’Arsène Lupin et dont l’objectif est d’innocenter (et de venger) son père accusé à tort d’un crime. Le « gentleman cambrioleur » aura-t-il réussi à conquérir le cœur des spectateurs ? Le bilan est mitigé.

Portrait d’Assane, le personnage principal

Omar Sy est encore une fois largement à la hauteur du rôle, et il incarne à merveille le personnage d’Assane qui se veut Arsène Lupin des temps modernes, maître de l’illusion et des tours de passe-passe. A la suite de l’accusation et de l’emprisonnement de son père, accusé à tort par son employeur (Monsieur Pellegrini, incarné par Hervé Pierre) du vol d’un collier d’une valeur inestimable, Assane, alors âgé de 14 ans, se retrouve livré à lui-même et confié aux services sociaux avec pour seul souvenir de son père le livre des aventures d’Arsène Lupin. Le jeune homme se lance alors dans une quête de vengeance afin de blanchir le nom de son père.

Le personnage d’Assane enfant laisse le spectateur relativement de marbre, on ne ressent pas d’empathie pour lui alors même que son destin prend une tournure assez dramatique. Néanmoins, c’est une fois adulte que le personnage prend réellement tout son intérêt. On découvre un génie du braquage et un vrai « gentleman cambrioleur » doté d’un sens de la répartie et de l’humour à toute épreuve. On le croit perdu à de nombreuses reprises mais son talent pour l’improvisation et sa lucidité lui permettent de se sortir de toutes les situations, mêmes les plus improbables.

Les personnages

Si Assane est un héros bien écrit et mis en scène de façon plutôt impressionnante, ce n’est malheureusement pas le cas de tous les personnages de la série. On pense en particulier à Fabienne Beriot (incarnée par Anne Benoît), qui demeure assez décevante. Censée être une ancienne journaliste engagée, capable de faire tomber n’importe quel personnage politique corrompu ou de déterrer des affaires compromettantes sur tous les sujets, on retrouve ici une vieille femme molle et dépourvue de tout charisme. Même lorsque la journaliste est supposée avoir retrouvé sa force et sa volonté de lutter, elle reste fade et sans intérêt, son personnage mémérisé en devient presque agaçant à coup de « une bonne journaliste ne révèle jamais ses sources », réplique qui permet quelques raccourcis scénaristiques.

Au-delà de notre mémé Fabienne, on rencontre quelques personnages assez peu marquants, comme les policiers chargés de l’enquête qui traquent Assane sans relâche, et qui se ridiculisent (évidemment). Toutefois, les autres personnages centraux demeurent assez satisfaisants, on pense par exemple à Claire, l’ex-compagne d’Assane (incarnée par Ludivine Sagnier) ou à leur fils, Raoul (Ethan Simon).

L’intrigue

Le scénario est largement à la hauteur des attentes du spectateur pour tout ce qui concerne les scènes de braquages ou de vol, qui sont plutôt impressionnantes tant au niveau de la réalisation que du sens des détails. Notre gentleman cambrioleur a toujours un coup d’avance, même lorsqu’on croit qu’il a fini par se faire doubler. On citera par exemple la mission au Louvres dans le premier épisode, qui annonce aussitôt la couleur quant à la suite des péripéties de notre héros. Très franchement, c’est plutôt bien pensé, les scènes sont intelligentes et efficaces.

Néanmoins, au-delà des tours de passe-passe et des missions braquage, l’intrigue est assez peu palpitante, c’est presque du réchauffé. Le héros oppressé qui veut venger son père, mouais. Pratique en plus pour notre voleur, son meilleur ami du collège est maintenant un expert en joaillerie et fait de la contrebande d’objets rares. Passe encore. Mais bon le flic chargé de l’enquête qui comme par hasard est un passionné d’Arsène Lupin et a lu tous les bouquins de Maurice Leblanc, sérieusement ? C’est un peu gros. Evidemment, il repère aussitôt le lien, mais, évidemment, personne ne l’écoute au commissariat. Lupin saute à pieds joints dans les clichés de la série policière à la française qui tourne en ridicule les enquêteurs incompétents au possible.

Si on rajoute à ça un peu trop de flashbacks et de nombreuses scènes inutiles de remplissage vers la fin, en résumé on s’ennuie un peu par moments, et c’est dommage car le scénario était prometteur. Il faut enfin évoquer la dimension « antiraciste » qui aurait pu être appréciable pour une série qui s’inscrit dans une certaine modernité avec un Arsène Lupin noir issu des quartiers populaires, mais ici c’est réalisé de façon si grossière qu’on en lève les yeux au ciel, ce qui est franchement dommage.

En conclusion, notre Casa de Papel à la française offre un bilan vraiment inégal à travers ses 5 épisodes, l’intrigue en elle-même est souvent un peu lourde et les quelques scènes impressionnantes de la série ne réussissent pas totalement à rattraper l’ensemble. Néanmoins, Netflix vient d’annoncer que la saison 2 sortira dès cet été et, vu le cliffhanger sur lequel s’achève la première saison, on se doute que la deuxième est déjà attendue avec impatience.

Clara PIFFAUT

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