Aquaman

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James Wan – 2018

Lorsqu’on demande qui est votre héros de comics préféré, il est très rare que le nom d’Aquaman soit prononcé, et si vous suivez The Big Bang Theory, vous savez qu’il est même devenu un comic relief. En même temps, entre une amazone indestructible, un justicier armé jusqu’aux dents, un alien aux pouvoirs illimités, un homme plus rapide que la lumière, et le détenteur d’un anneau pouvant matérialiser tout ce qu’il veut, un blondinet qui parle aux poissons ne fait pas forcément rêver. Mais c’est pourtant tout un imaginaire présent dans de nombreuses cultures qui est porté par cet homme amphibie, celui de l’Océan et de ses mystères engloutis. Vision occidentale des premiers comics oblige, c’est plus particulièrement le mythe de l’Atlantide qui constitue le background d’Aquaman. C’était donc le défi de M. Wan : iconiser un héros trop peu connu, et faire rêver grâce aux vieilles légendes des océans. Une noble quête.

Mais, même si cela m’attriste, je suis obligé de commencer par une contextualisation. Pas seulement concernant sa place dans la chronologie (et il y aurait de quoi dire), mais surtout concernant les frères Warner. Après le lynchage de Batman V Superman (injustifié, je maintiens, même si la version longue est clairement le vrai film à mes yeux), le fiasco total de Suicide Squad, et le flop de Justice League (compréhensible, vivement la Snyder Cut), Aquaman se devait d’être un nouveau souffle pour le DCEU. Surtout face aux mastodontes de chez Marvel qui sortaient au même moment. Et bien que James Wan semble avoir eu bien plus de libertés que Snyder, je ne peux m’empêcher de penser que ses plus gros défauts à mes yeux relèvent d’une volonté de la Warner au-delà d’une volonté artistique. Et pour une seule raison : James Wan, peu importe ce que l’on pense de ses films, a toujours été cohérent dans la construction de ses univers et personnages.

Or, voilà le défaut majeur du film, une dissonance tout au long du scénario et de l’évolution des protagonistes. Arthur est une force de la nature nonchalante et désabusée, mais qui change d’avis en une fraction de seconde. Black Manta, est le représentant classique de l’ennemi créé par le héros, mais dont l’origin story est tellement rushée qu’on en oublie le charisme de Yahya Abdul-Mateen. Last but not least, Méra se veut forte, indépendante et un symbole de rebellion face aux traditions archaïques des atlantes (mais pas que évidemment), et tout ça pour tomber dans les bras d’Aquaman en 20 mins de film et pour déclamer des tirades insipides au coucher de soleil. Et le jeu d’actrice de Amber Heard n’aide pas, entre surjeu constant et ses gesticulations dignes de moi, enfant, essayant d’envoyer des techniques ninja Suiton sur ma sœur dans la piscine. Un trop grand nombre d’idées intéressantes semble être désamorcé par du vu ou du revu, comme une touffe de cheveux sur une soupe pourtant alléchante. Et tout cela ressemble pour moi bien trop à un cahier des charges de la Warner venant se greffer de force à la volonté artistique du réalisateur. La Bande Originale du film en est une belle illustration, passant sans raison d’une Synthwave servant à merveille l’exploration à saveur futuriste, voir spatiale des fonds marins et de l’Atlantide, à du Pitbull, ayant pour seule plus-value de tenter de vendre après coup l’album de la BO à la plus grande partie des consommateurs et, accessoirement, de détruire l’atmosphère dans laquelle on s’efforce de plonger. Alors oui, quand je suis sorti du cinéma, une partie de moi était déçue de ressentir cela encore une fois. Alors pourquoi ai-je aimé le film ?

La première raison, c’est Jason Momoa. Il est clairement fait pour le rôle, et donne tout du début à la fin. Je parlais de rendre Aquaman iconique, et pour moi, c’est une réussite grâce à l’acteur au-delà de son traitement. Il est bestial, puissant, et incarne par ses origines (diégétiques ou non) une autre facette des mythes marins et du rapport à l’océan. Aussi, il parvient plutôt bien à jongler entre le sérieux du superhéros DC et un humour lourd paradoxalement assez bien senti. Ensuite parce que la direction artistique est excellente, les combats sont nerveux, les costumes réussis et l’Atlantide fait rêver grâce à cet habile composition entre antiquité et futurisme. Les paysages sous-marins font voyager, et on pourra aussi souligner l’exploit de rendre plutôt crédible et classe un des villains les plus ridicules de l’histoire de DC Comics, Black Manta. Le traitement des atlantes, de Vulko et du Roi Orm particulièrement sont réussies et on ne peut s’empêcher de comprendre leurs griefs face aux surfaciens (délires suprémacistes mis de côté évidemment ahah). Et enfin, ce n’est pas encore gagné, mais Aquaman est la preuve qu’il est possible pour les films DC de se libérer des chaines de la Warner Bros et enfin avoir autant de libertés que les films animés ou les jeux. Même si elles sont trop souvent désamorcées et noyées dans des choix de scénarios prévisibles, il y a de très bonnes idées dans ce film, un sous-texte noble et bien mené, une vraie volonté de profondeur dans la construction des personnages et surtout : une volonté d’originalité. Aquaman a enfin été réinventé, et ce dans un univers ancré dans les erreurs de notre réalité, et c’est exactement ce que l’on veut voir dans un DC. Man of Steel et Batman V Superman avaient pu amorçer cette marque de fabrique DC Comics, en construisant un monde injuste, au bord de l’auto-destruction. Ce film, même s’il ne parvient pas à aller au bout de sa démarche, continue à façonner un univers que j’ai envie de voir, parce qu’il exploite ses spécificités, tente de nous impliquer, tout en créant un univers complet haut en couleurs.

L’univers DC n’a rien à envier à celui de Marvel, et a la possibilité de marquer les esprits. Aquaman est très loin d’être parfait, mais il a assez de qualité pour m’avoir marqué, et m’a donné de l’espoir quant à l’avenir du DCEU. Malgré tous ses défauts, j’avais, en sortant du film, envie de voir une suite. Et après un film comme Joker, qui a transformé l’essai avec brio, j’attends avec impatience une réelle liberté artistique pour les prochains films, et enfin un univers DC aussi intéressant que celui des comics. On croise les doigts !

LEHMANN Thomas, 26/10/2020