2001 l’Odyssée de l’espace

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Voyage au bout de l’inouï

1968, Stanley Kubrick auréolé du succès de Docteur Folamour, dévoile un film qui va radicalement influencer le cinéma qu’on connait aujourd’hui : 2001 l’Odyssée de l’espace. Sans ce film, confessera plus tard George Lucas, il n’y aurait pas eu Star Wars et bien d’autres serait-on tenté d’ajouter. En effet, si 2001 l’Odyssée de l’espace a marqué son empreinte via ses innovations en termes d’effets spéciaux, c’est-à-dire par sa forme, il l’a cependant autant fait par son fond, par l’histoire qu’il raconte.

   Mais alors que raconte ce film me direz-vous ? Bonne question, j’y viens. 2001 l’Odyssée de l’espace est un film sur l’humanité avec un grand H. On assiste à sa naissance, puis son développement étape par étape avec le soutien de la technique jusqu’à ce que cette dernière veuille acquérir l’autonomie. Ce film pourtant de 1968 évoque alors l’intelligence artificielle avec une clairvoyance étonnante.  C’est donc un récit que nous offre Kubrick comme a pu en produire la littérature via les épopées mythiques ou les contes. Cependant, l’univers de la science-fiction couplée à la forme cinématographique – c’est-à-dire une suite d’images- donne à ce thème récurrent un aspect novateur. La métaphore littéraire ou les autres mythes millénaires sont traduits en images. Par exemple, l’homme ne prend plus la mer pour réaliser son saut dans l’inconnu mais dans l’espace.

   2001 l’Odyssée de l’espace est ce qu’on peut assurément appeler un « grand film ». En effet, c’est une œuvre dense qui traite des notions philosophiques profondes comme le rapport à la technique ou le progrès.  Cependant il reste un film complexe et difficile à comprendre entièrement au premier visionnage. Pourquoi ? Parce que ce film est un film aux multiples allégories et métaphores. La musique y joue un rôle central en rythmant notamment les différents stades de l’humanité. De plus, c’est l’absence de musique qui nous perturbe, ne cherchez pas non plus de dialogues d’anthologies ou de répliques culte pour s’y substituer. Le début du film lui-même donne le ton : 3 minutes avec un écran noir et une musique angoissante. Le tout suivit de 20 minutes où aucun son articulé ne nous provient. Seulement des cris de singes et surtout le locuteur le principal du film : le silence. Comme souvent chez Kubrick, le sens n’est pas à trouver dans le langage mais bien plus dans les images, la musique et le montage. Kubrick maîtrise le silence comme personne. Le spectateur trouve rapidement des substituts à cette panne de mots ne serait-ce que dans la respiration d’un astronaute.

   En définitive, si on doit résumer 2001 l’Odyssée de l’espace on peut dire sans se tromper que c’est un oscillement entre des cris de singes et le silence de l’espace, le tout bercé par une valse gracieuse. C’est une expérience sensorielle hors du commun qui bouleverse les habitudes de spectateur. Bref, ce film est de ce qu’on se souvient d’avoir vu et qu’il est bon de revoir pour en sucer la « substantifique moelle » comme dirait l’autre.

Luc Douard