Six Feet Under

Posted by in Séries

(Alan Ball, 2001 à 2005)

Si le nom de la série (traduit dans les pays francophones par « Six pieds sous terre ») n’augure rien de bon, cela semble se confirmer dès le premier épisode avec la mort, quoique très rapide, du père de famille, Nathaniel Sr Fisher. Il laisse en deuil sa femme, Ruth (Frances Conroy), mère au foyer dédiée à ses (grands) enfants : Nathaniel « Nate » (Peter Krause), l’ainé volontairement expatrié le plus loin possible de sa famille, retrouvant le cocon familial à l’occasion du décès de son père, David (Michael C. Hall, que l’on retrouvera dans la peau de Dexter), qui tient le business familial avec son père et Claire (Lauren Ambrose), l’ado lycéenne qui se cherche.

Cependant, même si ce drame touche au fur et à mesure un à un les membres de la famille, cette série HBO de cinq saisons ne s’attarde pas sur le côté macabre de la mort (l’entreprise familiale, au passage littéralement dans la maison, se trouve être une société de pompes funèbres, dont les deux fils ainés héritent). C’est un aspect un peu différent qui est abordé, celui du regard vis à vis de la mort, des réactions parfois très surprenantes, des proches et amis de défunts. Cette approche constitue un des nombreux points forts de cette série puisqu’elle aborde autant de réactions diverses et variées qu’il y a d’épisodes, soit 63 épisodes d’environ 45/50 minutes.

Et ce n’est pas tout, car jusqu’à la dernière seconde du dernier épisode (LA meilleure fin de série que j’ai vu pour le moment), la mort est vue non pas comme une fin en soi mais davantage comme une « étape » de la vie qui peut frapper n’importe qui à n’importe quel moment, sans (parfois) aucune raison valable.

Autre très gros point fort de la série, ses acteurs. Tous sont aussi convaincants et brillants les uns que les autres. Chacun donne à son personnage une puissance, une sensibilité, une réalité tout bonnement parfaite. C’est une des raisons qui rend ce show si addictif : le réalisme des personnages, aucun n’est surfait, sur-joué, superficiel, tous sont justes et vrais. On en oublierait presque que c’est une série qu’on regarde. Petite préférence tout de même pour Frances Conroy aka la mère de famille, qui débute la série en tant que mère au foyer apathique voire dépressive, quasi uniquement dédiée à ses enfants, n’ayant d’yeux que pour eux et ne se consacrant que très peu à d’autres activités. C’est une tout autre femme que l’on retrouve à la fin de la série, qui a presque grandi en même temps que ses enfants, vivante, comme enfin réveillée d’un trop long sommeil et qu’elle commençait enfin à vivre.

A cela s’ajoute une bande-son vraiment marquante et percutante qui souligne avec justesse chaque fin d’épisode : en passant par Radiohead, Arcade Fire, Sia, Coldplay ou encore Nina Simone, il y en a pour tous les goûts, sans oublier le thème principal composé par Thomas Newman, à qui l’on doit les bandes originales d’Erin Brockovich, Skyfall ou encore Rencontre avec Joe Black

Allan Ball, scénariste d’American Beauty, réalise ainsi avec Six Feet Under une petite pépite qui, en dévoilant les coulisses d’une famille apparemment « normale » la sublime pour la transformer en smala on ne peut plus attachante tout au long des cinq saisons, sans pour autant que cela vire au mélodrame pathétique.

Alors oui, la famille Fisher n’est peut-être pas celle qui fait le plus rêver, ni la plus glamour mais c’est un des plus beaux portraits de famille que l’on ait pu voir sur le petit écran.

Anna RICHARDOT