Le journal d’une femme de chambre

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(Benoît Jacquot, 2015)

 

Passionnée par les romans de Zola et les par les œuvres qui abordent la société de la fin du XIXème siècle, début XXème siècle, je n’ai pas hésité à regarder Le Journal d’une femme de chambre.

Plus fidèle au roman d’Octave Mirbeau que ne l’était la première adaptation de 1964 de Luis Buñuel, le film de Benoît Jacquot met en lumière le milieu de la servitude en dénonçant les inégalités sociales de l’époque.

Plongés au début du XXème siècle, dans une maison de campagne détenue par la famille Lanlaire, nous vivons, avec Célestine, les difficultés de la vie d’une domestique au sein d’une bourgeoisie hypocrite et répugnante.

Il ne s’agit pas d’un simple scénario où l’on s’apitoie sur le sort d’une jeune femme de chambre. Non. Ici, l’héroïne, incarnée par Léa Seydoux, a un caractère bien affirmé. Le jeu cinématographique, entre les zooms sur le visage de Léa et les flashbacks de sa vie antérieure confèrent au film une certaine originalité. Malgré certaines scènes où le son est de mauvaise qualité et nous empêche de comprendre certaines remarques des acteurs, nous sommes rapidement emmenés dans cette époque. Les décors et les costumes auxquels Benoît Jacquot attache de l’importance facilitent le travail. Que ce soit à la mer, dans les maisons de campagne ou les jardins, les paysages sont à chaque fois assombris par les histoires qui s’y déroulent.

Consciente de sa condition, Célestine subit son sort de domestique en se pliant aux exigences de sa maitresse, Mme Lanlaire, une bourgeoise rentière méprisante et hautaine. Mais Célestine se divertit à sa manière : provocante, elle s’amuse à jouer avec les différentes personnalités des autres personnes de la maison.

Des scènes suscitent le rire : certains personnages apparaissent tellement burlesques qu’ils nous font sourire lorsqu’ils s’expriment. C’est le cas du mari de Mme Lanlaire, un frustré sexuel qui ne cesse de faire des avances à Célestine.

Au travers de ce film, on voit à quel point la femme pouvait être réduite à un objet sexuel. Entre viols et harcèlements, les domestiques sont soumises aux caprices de certains hommes.

Mais ces derniers ne sont pas les seuls à rabaisser les femmes. Certaines femmes, puissantes par leur rang social et leur fortune, n’hésitent pas à exploiter leurs domestiques. Avares, elles ne voient que par l’argent et ne font aucunement attention aux comportements de leur mari, dès l’instant que ceux-ci ne les importunent pas par leurs agissements. Les véritables relations amoureuses sont inexistantes et les scènes intimes se réduisent à de la sexualité pure et dure…

Ce qui m’a particulièrement intrigué est le personnage ambigu qu’est Célestine. On a parfois pitié d’elle mais son comportement particulier place une distance entre le spectateur et le personnage : on peine à comprendre ce à quoi elle aspire. Son attirance pour le mystérieux jardinier, Joseph, antisémite et qui éprouve peu de compassion, m’a perturbée. Par ailleurs, le personnage de Joseph est vraiment bien interprété par Vincent Lindon.

Finalement, ce film nous amène à détester ces bourgeois odieux et sans pitié. Si leurs propos peuvent faire sourire, nous avons surtout envie d’intervenir et de les remettre à leur place, à la manière de Léa Seydoux. Bien que certaines scènes puissent paraitre exagérées, je trouve le film très réaliste. Benoît Jacquot n’a mis aucun filtre dans les répliques des personnages, nous laissant ainsi apprécier – ou décrier – les différentes personnalités des protagonistes.

 

Sarah LAUNAY