La loi du marché

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     Souriez, vous êtes filmés

    Thierry, la cinquantaine, au chômage depuis 15 mois est baladé de formation en formation sans jamais obtenir un emploi sous le feu de l’absurdité administrative. Un jour, il trouve enfin un nouveau travail et devient vigile dans un supermarché. Il épie clients et collègues en cherchant continuellement des voleurs. Cependant, il se retrouve ainsi quotidiennement dans des situations très difficiles socialement. Voila le résumé qu’on pourrait faire sur la loi du marché, un film réalisé par Stéphane Brisé en 2015 porté à l’écran par son personnage principal : Vincent Lindon qui a d’ailleurs reçu pour cela le Prix d’interprétation masculine à Cannes la même année et le César du meilleur acteur l’année suivante.

      Le scénario de ce film est on ne peut plus simple mais il regorge de subtilités qui rendent le final assez unique. En effet, il s’inscrit dans une réalité sociale très bien retranscrite, par ses bruits quotidiens déjà car le film ne comporte pas de bande originale exceptée la dernière scène. On entend alors les brouhaha du supermarché, le bipbip des caisses enregistreuses et surtout le bourdonnement incessant des néons blanchâtres de cette grande surface. Ces bourdonnements viennent combler les vides laissées par les silences de Thierry, car si ce dernier exprime ses déceptions et sa révolte au pôle emploi ou aux recruteurs dans la première partie du film, il se renferme ensuite dans une posture pensive et silencieuse. De plus, la caméra est toujours braquée sur lui, quand bien même il n’est pas le personnage principal de l’action du moment. Ainsi, on peut alors comprendre ce que Thierry ressent à chaque scène marquante du film et même s’il ne parle pas son silence et son air pensif parlent pour lui. Ainsi, le spectateur sait ce que Thierry ressent. De même, les transitions sont déroutantes, on a Thierry dans une scène puis la seconde suivante on le voit faire une autre action et peu à peu le spectateur comprend la nouvelle situation. Ces transitions expriment aussi du sens avec de gros contrastes comme lorsque par exemple Thierry dit à sa banquière qu’il se satisfait de son travail et qu’une seconde plus tard il arrête un petit vieux qui a volé de la viande pour pouvoir manger. Ainsi, si vous rêviez d’être ce vigile du haut de sa tour d’ivoire espionnant les gens en les scrutant par vos multiples écrans de vidéosurveillance vous seriez dégoûtés car la réalité sociale derrière est cruelle et triste. C’est d’ailleurs ce que ressent Thierry qui de jour en jour a de plus en plus de mal à exercer le travail qu’on lui demande de faire.

    La loi du marché est un film sur la violence, la violence sociale et donc aussi sur l’humiliation. C’est l’humiliation de Thierry qui doit vendre le mobil home qui faisait la joie de sa famille. C’est cette même humiliation quand sa banquière lui propose d’être locataire de sa propre maison. C’est enfin cette violence et cette humiliation quand les vigiles demandent à une personne âgée dans la même précarité qu’eux ou à leur collègue de travail de vider leur poche. Cependant, Thierry refuse cette humiliation, se bat pour conserver ce qu’il a gagné et va refuser cette cruauté au nom de la morale. C’est donc un film très émouvant sur une vie ordinaire partagée par des milliers d’individus aujourd’hui qui soulèvent beaucoup de questions et de problèmes dans le monde du travail.

Luc Douard