Sausage party

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Conrad Vernon et Greg Tiernan (2016)

 

 

 

Amoureux de l’humour délirant américain, vous voilà servis. Sausage party est un film pour le moins atypique qui a su faire parler de lui à sa sortie en salle. En effet, il fut classé R-Rated et à juste titre. Venant de l’idée de la fameuse bande de Seth Rogen, ce dessin animé abracadabrantesque met en scène des produits dans un supermarché qui pensent que les humains sont des dieux. Ainsi, selon cette même croyance, leur passage en caisse leur permettrait d’accéder au grand au-delà, sorte de paradis.

 

Seulement, comme vous vous en doutez, cette croyance est erronée. Un pot de moutarde au miel retourné au magasin par un client qui s’était trompé dans ses achats leur annoncera alors que le grand au-delà se rapproche plus de l’enfer que du paradis tant les humains sont inhumains. Entre les mini-carottes mangées vivantes, les sachets de chips éventrés et les pommes de terre écorchée vives, ce petit pot de moutarde au miel est plus traumatisé qu’un soldat sorti des tranchées. La première raison pour laquelle ce film est classé R-Rated paraît dès lors évidente : ce film est plus gore que le best-of de Saw. Tout est mis en place pour nous mettre à la place de ces produits pourtant si anodins lorsque l’on fait nos courses, et le réalisme n’en est que plus saisissant.

Viens alors la deuxième raison : c’est une orgie interminable. Les allusions sexuelles n’en sont même plus tant l’humour beauf est présent (et personnellement j’adore), à commencer par la relation amoureuse qui se développe entre une saucisse et un pain à hot-dogs. Leur rêve le plus fou est non sans surprise de voir cette fameuse saucisse fourrer cette belle brioche alléchante. C’est ainsi que cette brave saucisse n’aura de cesse durant le film de trouver le moment pour passer à l’acte, bien qu’il soit pourchassé par un nécessaire de toilette intime.

Enfin et surtout, peut-être un éclair de lucidité dans le cerveau retors des créateurs, c’est toute une critique du consumérisme occidental et de la démocratie américaine que Sausage party soulève. En effet, si la première semble évidente tant le capitalisme y est caricaturé, la deuxième est astucieusement amenée par le biais des produits du supermarché qui sont ces citoyens américains, abreuvés de concepts stupides, les menant à leur perte dans la bonne humeur.  De ce fait, les longues allées des supermarchés deviennent des pays ou des ghettos où les confrontations ethniques entre sauces kebab et bagels par exemple partent rapidement sur une caricature ostentatoire du racisme.

 

En bref, cette version pour adultes de Toy Story est un bijou satirique qui sait lier à la fois le gore et le sexe tout en y introduisant habilement un long fil conducteur bien plus sérieux qui sait surprendre tant il dénote tout en semblant indispensable. Sausage party est donc une pépite à consommer sans modération !

 

Pierre Caris