FOCUS : La Mean Girl au cinéma

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Apparence irréprochable de la tête aux pieds, démarche confiante et prête à déclamer les punchlines par milliers, elle est celle qu’on adore détester depuis qu’on est en âge de se poser devant un écran, je parle bien sûr de la Mean Girl.

Anti-héros par excellence des teen movies qui ont bercé notre adolescence ou des séries les plus populaires de Netflix, la Mean Girl est celle sans qui nos premiers souvenirs cinématographiques seraient bien fades et sans qui nous aurions vite fini à cours de répliques lors de nos premiers dramas au collège.

Septième Art vous propose aujourd’hui de revenir sur cette catégorie de personnage en passant en revue les éléments qui ont bâti son mythe et ses évolutions jusqu’à découvrir que même derrière cette façade de peste, se cache une personne bien plus profonde qu’il ne peut y paraître en apparence.

  1. Une icône contemporaine du Septième Art

Avant de rentrer dans les détails du personnage, procédons à une remise à niveau pour tout ceux qui ont loupé une partie de leur jeunesse et qui n’arrivent pas à mettre une image sur le personnage.

Nommée à partir du film Mean Girl de Mark Waters sorti en 2005, celle-ci répond alors à un cahier des charges précis et strict. Blonde, élancée, vêtue de rose et toujours entourée de son armée de clones qui lui obéit au doigt et à l’œil, la Mean Girl vient d’une famille aisée et n’a donc forcément jamais eu à se soucier des vrais problèmes de la vie. Garçons, shopping, ragots, autant de sujets de discussions superficiels qui passionnent la Mean Girl.

Du côté de la personnalité, le constat est tout autant déplorable. Manipulatrice et égocentrique, son sentiment de supériorité la pousse à critiquer et attaquer quiconque jugé inférieure à sa situation. Et pourtant, malgré ce tableau stéréotypé et majoritairement négatif, lors de la sortie du film, les critiques et le public sont conquis par cette vision de la lycéenne et l’érigent au rang d’icone. Encore aujourd’hui, ses répliques comme « On Wednesday we wear pink » ou des allusions au Burn Book résonnent dans les couloirs des établissements scolaires.

Coup de chance éphémère ou véritable mine d’or pour Mark Waters ? En 2016, 11 ans après la sortie du film original, Ryan Murphy se réapproprie les codes du personnage et sort sa série Scream Queens.  Au milieu de son intrigue, le personnage de Channel Number 1, portrait de la Mean Girl poussé à l’extrême. Vêtue en permanence de fausses fourrures roses et avec un temps de paroles gentilles inférieur à 5 minutes pour l’ensemble de la saison, chaque épisode est une nouvelle claque pour le public qui pensait son personnage incapable de repousser constamment ses limites. Ryan Murphy montre avec brio que les codes de la Mean Girl sont encore bien d’actualité et plus encore sont un excellent moyen pour le spectateur d’adhérer à sa série.

  1. Un caméléon des genres

Et pourtant, si nous venons de voir que la Mean Girl doit répondre à plusieurs critères, force est de constater que certains ont évolué au fil des années, permettant à ce personnage d’étendre son registre. Vous la croyiez limitée aux teens movies ? Détrompez-vous car elle vous l’aura prouvée, la Mean Girl a aussi sa place dans vos séries d’animations, comédies musicales et même drame préférés. Voici 3 portraits qui vous montreront qu’elle peut voler le devant de la scène dans tous types de scénarios.

  • Sharpay Evans, High School Musical, (2006)

On commence par un classique de vos soirées pyjamas avec la comédie musicale High School Musical. Si Sharpay répond à tous les critères de la Mean Girl énoncés plus haut, son personnage a au moins le mérite de montrer qu’une peste peut être talentueuse. Chanteuse et danseuse, ses chorégraphies endiablées nous feraient presque lui pardonner sa superficialité et sa jalousie. Plus qu’une simple antagoniste, Ashley Tisdale arrive, au fil de la trilogie et du film accordé à son personnage, La Fabulous Aventure de Sharpay, à nous faire aimer profondément son personnage et à lui donner progressivement des faiblesses et une histoire justifiant son attitude.

  • Mandy, Totally Spies, (2001)

Brune mais tout autant superficielle que ses camarades, Mandy est la Mean Girl des séries animées de notre enfance.  Les saisons passent et se ressemblent, la pire ennemi de nos 3 Spies prend toujours autant de plaisir à critiquer et voler les petits amis de Sam, Clover et Alex. Madeleine de Proust de nos mercredi et de nos week-ends, Mandy possède inévitablement sa place dans nos souvenirs d’enfance qui peut expliquer notre jubilation face à la découverte d’un nouveau personnage du même genre.

  • Tree Gelbman, Happy Birthdead, (2017)

Petite dernière à rejoindre la bande des blondes superficielles, Tree Gelbman est avant tout le personnage du film d’horreur Happy Birthdead. Fini les séquences de bitchtalking avec ses copines et d’essayages de tenues, ici, notre Mean Girl passera la durée du film à se faire électrocuter, décapiter et même bruler vive. Et pourtant, sous ce jour plus sombre, encore une fois notre anti-héros tire son épingle du jeu et offre avec ses manières et son attitude un certain comique faisant tout l’intérêt de ce film. Les répliques clichées de Tree associée à une musique angoissante offre un combo inattendu qui pourtant marche et ne nous fait regretter en aucun cas que l’héroïne continue à survivre au fur et mesure des attaques.

  1. L’incarnation du contrôle de son image

Si la Mean Girl trouve sa place dans tout genre de films, elle n’en reste pas moins à chaque fois une jeune fille populaire et adulée de tous. Si cette place au sommet de la hiérarchie sociale semble évidente et sans aucune remise en cause, c’est avant tout parce que son personnage ne doute jamais une seule seconde de son statut. Loin d’être alors une personne seulement superficielle, la Mean Girl se révèle être quelqu’un qui maitrise parfaitement les mécanismes sociaux de la société et qui sait en toute situation garder le contrôle de son image et tirer son épingle du jeu pour rester sur le devant de la scène.

En 2010, Will Gluck dépoussière totalement le personnage de la Mean Girl avec la sortie de son film Easy A. Ici, plutôt que de montrer une nouvelle série de scène où la reine du lycée applique sa dictature, il décide plutôt de montrer comment on devient ce genre de personne à travers la personne de Olive.

Incarnée par une jeune Emma Stone qui gagnera sa première nomination aux Golden Globes avec ce film, Olive est l’archétype de la lycéenne discrète et intelligente. L’utilisation de la rumeur, notamment au sujet de sa sexualité, lui permet très vite de gagner l’attention de l’intégralité de son lycée. Changement de vêtements et d’attitude, Olive met tout en place pour devenir la parfaite Mean Girl. A travers sa stratégie et les différentes épreuves qui lui arrivent, une chose devient claire, être ce genre de fille n’est pas facile.

On découvre alors une jeune fille qui sous les apparences, doit toujours garder la tête haute et en aucun cas ne perdre une confrontation verbale, qui doit accepter le jugement gratuit d’absolument tout le monde et qui surtout doit garder la tête froide sur ses sentiments afin de maintenir sa supériorité hiérarchique.

  1. Le tiraillement entre l’être et le paraître

Avec cette pression qu’elle subit pour toujours rester au sommet, pas étonnant que celle-ci puisse craquer en chemin. A toujours se concentrer sur son apparence et ce qu’elle dégage, la Mean Girl est bien trop souvent réduite à son physique. Objet de désir pour certains, trophée symbole de popularité pour d’autres, le rapport que notre personnage entretient avec son propre corps n’est que trop rarement évoqué.

Sortie cet été, la série Euphoria dépeint au fil de ses épisodes les déboires des adolescents américains du XXIème siècle. Parmi les junkies et autres footballeurs, les populaires du lycée ont elles aussi plusieurs épisodes qui leur sont dédiées et autant vous dire que ceux-ci vont servir à leur donner une voix engagée et critique auquel elles n’ont jamais eu le droit avant.

A travers plusieurs portraits, la série redonne à la Mean Girl le contrôle de son propre corps. On les voit tour à tour, choisir de séduire ou au contraire à dire non aux rapports abusifs. Le rapport à l’image et au corps est même abordé en dehors de la sphère scolaire, là où leur popularité ne leur sert à rien, dans des milieux aussi durs que réalistes, par exemple dans une salle d’opération pour un avortement. Ainsi, ce n’est plus seulement au tour de la cheffe du groupe d’avoir un rôle mais bien à tout son groupe de prendre la parole. On découvre ainsi à quel point il est dur de trouver sa propre voix quand on est sensé suivre les traces d’un leader, d’autant plus quand on est la seule du groupe à ne pas rentrer dans une taille 36.

Vous l’aurez donc compris, si la Mean Girl renvoie à une notion de superficialité où s’alterne le rose, les paillettes et les ragots, c’est avant tout un personnage qui a su au fil du XXIème siècle évoluer pour devenir aujourd’hui un des antagonistes les plus appréciés à l’écran. Si le personnage est encore  ancré dans son carcan stéréotypé, de plus en plus de films repoussent les limites de notre peste préférée pour montrer que sous ce masque de popularité se cache un être plein de doutes et d’incertitudes qui n’a jamais le droit de montrer ses larmes. Cette dualité fait ainsi d’elle une des catégories de personnages les plus intéressantes et sous-exploitée des films centrés sur l’adolescence.

 

Romain HUGUEL