Usual Suspects

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  Bryan Singer – 1995

Avant de voir Usual Suspects, j’étais confronté à deux visions, deux grilles de lecture qui m’ont fait aborder ce film de manière hésitante. Ma mère d’abord, qui m’a présenté ce film comme une grande interrogation, un film incompréhensible et par conséquent ennuyeux ; et un très bon ami, qui me l’a tout simplement vendu comme son film favori, un classique, même un incontournable. Alors, qui a eu raison ?

Avant toute chose, l’intérêt du film repose en grande partie sur son scénario, je vais donc tenter de ne rien vous spoiler dans les paragraphes qui suivent, cependant la conclusion reposera sur la fin du film, je vous conseillerai donc grandement de regarder le film avant de la lire !

Alors, de quoi cela parle ? Tout commence par un mystérieux bateau en flamme. Là, un homme est achevé par un personnage tout aussi mystérieux, qu’il nomme « Keyser ». On apprend alors qu’en réalité plusieurs dizaines de personnes sont mortes sur ce bateau, mais que deux personnes ont survécu. Tout le film sera construit par le récit d’un des survivants, le malfrat et infirme Verbal Kint, et donc de la manière avec laquelle lui et ses quatre compagnons criminels se sont retrouvés sur ce bateau. L’enjeu est simple : comprendre pourquoi ce massacre a eu lieu, et qui est ce « Keyser » qui semble en être à l’origine.

Trêve de suspens, le film est pour moi excellent. Le scénario est complexe mais très bien mené, bien expliqué, et la forme du récit est maitrisée et très bien adaptée au style général. En parlant du style, la construction de l’image, la lumière et la musique se complètent parfaitement pour retranscrire une atmosphère sombre très particulière. On rentre très vite dans cette ambiance, et on s’attache rapidement à chacun des personnages, chacun ayant un charisme particulier. De plus, leur humour (souvent noir) tend à les humaniser grandement tout en ironisant leur histoire grinçante. Bref j’ai été convaincu par l’ensemble du film, ce qui me fait me dire que ma mère n’a pas dû plonger dans cette atmosphère, et qu’elle a perdu le fil de l’intrigue jusqu’à décrocher : car oui, c’est un très bon film mais il faut s’y immerger complètement afin que l’intrigue fasse émerger le détective qui est en vous, et donc vous rende actif dans la compréhension du film.

//ZONE SPOILER\\

Abordons donc la fin : Verbal finit son récit et s’en va grâce à l’immunité qu’il a obtenu. Peu après, l’officier en charge de l’interrogatoire se rend compte que presque tous les noms, anecdotes et détails donnés par l’infirme correspondent à des objets et dossiers présent dans la salle. Et, alors que le portrait-robot de Keyser Söze est enfin transmis au poste, les masques tombent et Verbal cesse de jouer l’infirme pour disparaitre au nez et à la barbe des policiers. Que vous l’ayez vu arriver ou non, cette fin conclut parfaitement le film, en nous poussant à remettre en question tout ce qu’on a pu voir ou entendre, tout ce qu’on a pu imaginer et construire comme théorie tout au long du film. Le film nous dit précisément que toute la mise en scène nous a mené en bateau depuis le début, et qu’en réalité on ne sait rien. Ou du moins, on ne sait que ce que le film veut bien nous montrer. On nous laisse alors devant ce qu’on pourrait appeler un coup de maître, et on sort du film remplit de questions sans réponses qui nous plongent dans un océan d’interprétation hors-film sur la véritable intrigue. Et alors que « le coup le plus rusé que le Diable n’ait jamais réussi, est de faire croire qu’il n’existait pas », ici il nous a fourvoyé en faisant croire qu’il existait, autrement…

LEHMANN Thomas 04/12/2019