L’Heure de la sortie

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(Sébastien Marnier, 2019) 

Au beau milieu de la nuit, dans un manoir abandonné, un homme s’introduit de force et monte en trombe à l’étage. Une heure trente auparavant, nous ne savions rien de lui si ce n’est qu’il n’était qu’un banal professeur de collège comme il en existe des milliers d’autres. Pourtant, pendant toute la durée du film, nous l’avons vu progressivement basculer dans la folie à mesure que sa vie se métamorphosait. Au bord de la folie, il finit par trouver l’objet de sa quête, 6 de ses étudiants, qui le dévisage gravement. Entre ces deux camps se dégage un étrange sentiment de tension et de terreur.

Vous l’aurez compris, L’heure de la Sortie est un thriller, retraçant la relation entre un professeur, envoyé comme remplaçant dans la meilleure classe de l’Académie, et ses élèves. Ces derniers, regroupés en une vingtaine de personnes isolées par leur intelligence dans une petite ville de campagne, vont vite apparaitre comme des êtres insensibles et troubles dont les pratiques les placent à la frontière de la réalité.

Cette cohabitation va s’accompagner pour notre professeur, interprété d’une main de maitre par Laurent Lafitte, d’une succession d’événements anormaux, entre appels téléphoniques mystérieux et attaques de scarabées renforçant l’idée de surréalisme et nous plongeant progressivement en plein cauchemar.

Pourtant, pour le réalisateur Sébastien Marnier, hors de question de clôturer son film sur des doutes ; il prend le parti de faire basculer ses dernières scènes du côté de l’explication rationnelle. Ce choix de fin, nous laissera dans une réalité terrifiante et pourtant bien lucide quant à l’état de notre société actuelle.

Plus qu’un excellent thriller à l’ambiance hitchcockienne, les musiques électroniques de Zombie Zombie participent en grande partie à la montée de la peur, L’Heure de la sortie se veut avant tout être une dénonciation de l’état de notre monde. Comment ne pas devenir fou ou avoir foi en l’avenir quand toute la société dans laquelle nous vivons est condamnée à être détruite dans un futur proche.

Regard funeste mais juste sur la cruauté animale, la consommation énergétique ou encore le marginalisme imposé par l’intelligence, Sébastien Marnier frappe un grand coup et nous prouve que si l’imaginaire d’un homme peut nous terrifier, rien n’est plus effrayant que ce qui nous entoure. Entre plans à l’esthétique raffinée et extraits de vidéos sorties tout droit d’associations comme la PETA, Sébastien Marnier casse le troisième mur et nous laisse plein de réflexions sur notre propre place.  Une seule question subsiste encore. Oserez-vous encore sortir après avoir vu ce film ?

 

Romain HUGUEL