Banlieusards

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(Kery James, Leïla Sy, 2019)

Pour son premier film, qu’il co-réalise avec Leïla Sy, Kery James se réapproprie la représentation de la banlieue. Comme il le dit dans son rap en feat avec Orelsan « A qui la faute ? » sorti à l’occasion du film, « j’en avais marre de voir les mêmes s’emparer de nos récits, alors j’ai écrit mon propre scénario, dépeint nos vies ».

Banlieusards montre les visions très différentes de trois frères issus d’une banlieue sensible en région parisienne : Dembe, l’aîné, trafiquant ; Soulaymann, élève avocat à Paris ; Noumouké, un collégien qui cherche encore sa voie. « L’Etat est-il seul responsable de la situation actuelle des banlieues en France ? » : c’est la question à laquelle Soulaymann devra répondre à la négative pour une prochaine soutenance mais aussi la problématique qui va guider tout le film.

Les dialogues sont la première chose qui marque. En même temps, on ne pouvait pas en attendre moins de l’auteur de « Lettre à la République ». Kery James nous montre une fois de plus sa plume, particulièrement lors de la fameuse soutenance à la fin de laquelle on ne saurait même plus répondre à la question initialement posée.

Le film n’y donne d’ailleurs pas réellement de réponse, il se contente de soulever les bonnes interrogations, de montrer les faits, sans victimiser la banlieue mais en la dépeignant telle qu’elle est. Le film veut rester impartial (il n’en est pas moins politique pour autant). Il ne nie pas la responsabilité de l’Etat dans la situation des banlieues mais insiste sur le fait que nous seuls faisons nos choix et en sommes responsables, peu importe notre situation. Les trois frères en sont la preuve : issus du même milieu, de la même éducation, seuls leurs choix seront déterminants pour leur futur. Oui, quand on n’est pas naît au bon endroit, on doit en faire plus pour arriver au même point que d’autres, mais nous seuls avons le pouvoir de nous battre pour ça.

En ce qui concerne les acteurs, ils sont tous convaincants bien que leur jeu soit parfois loin d’être parfait. Kery James est également acteur et incarne l’aîné de la fratrie. Les plans sont beaux et se marient très bien avec la bande son. Le scénario est écrit de manière à nous maintenir sous pression pendant de longues périodes. On a toujours l’impression qu’un drame guette, on ne se sent pas à l’abri, comme si d’un instant à l’autre tout pouvait basculer. Le film parvient à nous tenir en haleine jusqu’à la fin, à nous faire peur, à nous émouvoir mais aussi à nous donner de l’espoir.

Le plus important dans ce film est à mon avis le message : on est le seul maître de notre destin et on a aucune excuse pour celui que l’on devient. Et si vous hésitez encore à aller voir ce film, écoutez « A qui la faute ? » qui vous donnera un très bon aperçu de son contenu.

Léana PAQUET