Moi, Tonya

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(Craig Gillespie, 2018)

Moi Tonya reprend un des grands scandales sportifs de la fin du 20ème siècle. Nancy Kerrigan et Tonya Harding étaient concurrentes pour les JO de 1994. Six semaines avant le début de la compétition, Nancy est agressée à la fin de son entrainement. Les soupçons se portent vers sa principale concurrente dont le conjoint serait impliqué dans l’agression… Si les avis divergent sur cette affaire, Nancy Kerrigan avait les faveurs du public. Ici, on adopte le point de vue de la perdante, du paria, de Tonya et on essaye de comprendre son histoire.

Ce film à  petit budget est tourné sous la forme d’un faux documentaire avec un comique qui relève en principe davantage du théâtre que du cinéma. En effet, les personnages font de nombreux apartés, s’adressant directement au public, le mettant dans la confidence, se confessant sur leurs attentions réelles, donnant des indices pour la suite du film… Le tout rendant ce petit film très dynamique et très comique.

Avec ce film, le spectateur est plongé au cœur du monde injuste du patinage artistique. Un monde figé par les conventions et les traditions où il est difficile de s’y faire sa place et nom, surtout quand on s’appelle Tonya et qu’on est issu d’une famille modeste. L’univers du patinage est un monde de contraste que le film rend très bien. La beauté des représentations et la légèreté des patineuses sur la glace, s’opposent à la dureté du milieu et des entrainements, aux blessures et aux rivalités… Les coulisses du spectacle sont bien loin de la grâce de la glace.

Ce film offre également une réflexion sur les disparités sociales aux Etats-Unis pendant les années 90s. Il est difficile de s’élever socialement, les inégalités persistent et la lutte contre la reproduction sociale est constante. Moi, Tonya raconte  le combat de Tonya pour s’élever, socialement et sur la glace. Elle sera la première américaine à tenter et réussir un triple axel  en compétition. Si le film prend le parti des « petits », il reste empreint d’un certain déterminisme social dans la manière où il décrit et représente les différentes catégories sociales. Au calme apparent et à la confiance à toute épreuve des catégories supérieures, s’oppose la simplicité d’esprit des catégories défavorisées, à l’origine de l’attaque grotesque à l’encontre de Nancy.

C’est finalement un film à la gloire des femmes ambitieuses qui ne se laissent pas impressionner ou déstabiliser par l’adversité. A  travers les portraits de Tonya, de sa mère et de son coach, Craig Gillespie rend hommage aux personnalités féminines fortes mais également à la passion, au travail et à la persévérance en vue d’obtenir un résultat… placer le triple axel en compétition par exemple…

 

A noter, la performance exceptionnelle de Margot Robbie, à peine reconnaissable dans le rôle de Tonya et qui nous prouve une fois encore sa capacité à incarner absolument n’importe qui.

Mathilde Maier