Orange mécanique

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(Kubrick, 1972)

Crime et châtiment ?

     Quand on parle de violence au cinéma, on en arrive souvent à Orange Mécanique de Stanley Kubrick. Dans ce film sorti en 1971, la violence et le sexe sont partout. Ainsi, Orange Mécanique est censuré au Royaume-Uni de sa sortie jusqu’en 2000 car des délinquants déclarent prendre exemple sur le film. Mais venons-en à l’histoire :  le protagoniste qui est également le narrateur se prénomme Alex et est un adolescent pervers, fan absolu de Beethoven, qui ne trouve son plaisir que dans le narcissisme. A l’aide de ses compagnons, ses « droogs », il brutalise, vole et viole la population. Cependant, un beau jour, ou plutôt une belle nuit, Alex tue une femme et rejoint la case prison. Notre antihéros, mû par son égocentrisme, obtiens (encore) le premier rôle mais cette fois pour un programme médical de guérison des criminels nommé « Ludovico ». Alex devient médusé devant le sexe et la violence mais surtout, une envie irrésistible de mourir la traverse dès lors qu’il entend les premières notes de la 9ème symphonie de Beethoven. D’ailleurs on pourrait s’étonner de ne pas voir figurer le nom de Beethoven dans la case acteur au générique tant il est présent. C’est simple, le compositeur est partout : en buste, en poster, et évidement en musique.

     La seconde partie du film est une symétrie bluffante de la première, Alex recroise les personnages qu’il a martyrisé. Anciennement bourreau, il est dorénavant la victime impuissante de ses semblables. Cependant, en tête de gondole du programme médical national, Alex va être un enjeu politique majeur dans une lutte entre deux partis politiques. De quel côté faut-il pencher ? Alex n’en a aucune idée, il veut seulement être au centre de l’attention. Pour se disputer Alex, les pouvoirs politiques ripostent paradoxalement de la même violence dont il usait auparavant. La scène qui symbolise le mieux cela est sans doute celle où le ministre de l’intérieur donne à manger à Alex qui ne cesse de surjouer parfaitement l’enfant détestable et insolent. On comprend alors qu’Alex est alors un produit de sa société, nourri par elle.

   Ainsi, ce film illustre déjà le changement qu’opère l’époque des 60-70’s. La libération sexuelle est passée, la crise de génération aussi et donc tout devient plus exhibé dans les représentations de la société. Alex est pervers comme peut l’être le tueur de M le Maudit de Fritz Lang cependant il diffère par son égocentrisme. En effet, cela est visible par l’usage de nombreux procédés théâtraux où Alex est toujours en lumière au sens propre comme figuré. Il parle de manière précieuse, revêt un véritable costume et porte un masque. D’autres personnages comme lui sont dans l’exagération dans leur jeu ce qui rend certaines scènes hystériques mais aussi burlesques. La musique participe également à ce spectacle. Outre la BO futuriste, des musiques de ballet accompagnent des scènes d’une violence inouïe pour créer un contraste dérangeant pour le spectateur.

    Bref, Orange Mécanique c’est avant tout une ambiance, souvent emprunte de malaise certes mais qui nous interroge peu à peu quant aux relations entre pouvoir et violence. Si vous ne l’avez pas vu, armez-vous d’un peu de courage et courrez-y ne serait-ce que pour l’utilisation de la musique et les petites mimiques de Malcolm Mcdowell qui joue Alex.

Luc Douard