J’irai où tu iras

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Géraldine Nakache (2019)

Après Tout ce qui brille et Nous York, Géraldine Nakache vole enfin de ses propres ailes pour nous présenter le premier film quelle réalise seule : J’irai où tu iras.

Mina et Vali sont deux sœurs que tout oppose : l’une est art-thérapeute et très terre-à-terre tandis que l’autre est choriste et un tantinet idéaliste. Après un an sans contact, les deux femmes sont réunies par Léon, leur père. Ce personnage incarné par Patrick Timsit est l’archétype du papa poule et farceur. Alors qu’il découvre être atteint d’un cancer, il se garde de l’annoncer à Vali et demande à Mina de la conduire à une audition décisive pour sa carrière. Malgré sa réticence, elle accepte de s’embarquer dans cette escapade qui durera beaucoup plus longtemps que prévu…

 J’irai où tu iras conte l’histoire d’une laborieuse reconnexion entre deux sœurs qui ne savent plus rien l’une sur l’autre. Elles ont deux caractères aux antipodes mais également un rapport chacune très différent à leur père.Tandis qu’on préserve Vali de la vérité, Mina doit garder le cancer de son père secret. On y aborde les non-dits et les incompréhensions au sein d’une famille déchirée par le deuil d’une mère qui n’a jamais été fait.Ce n’est qu’une question de temps avant que la vérité n’explose et c’est justement trop tard que la confrontation a lieu. On aurait aimé un scénario avec davantage de relief et un peu moins prévisible afin de dépasser le dialogue de sourd et que l’étincelle ait lieu un peu plus tôt.

Cependant, on ne peut s’empêcher d’être en émoi face au jeu de Leïla Bekhti qui ne cesse de se réinventer. C’est effectivement jouissif de la voir aussi acariâtre et impatiente alors que ces actrices sont généralement comme les deux doigts de la main.  Le personnage de Mina parvient à nous transmettre une émotion extrêmement palpable et intense grâce au simple timbre de sa voix. Si les retrouvailles n’ont pas été à la hauteur de mes espérances, on ne peut nier le fait que ce film tire sa force de leur relation sur le plateau et en privé, à tel point que c’est bon de les retrouver à l’écran !

J’irai où tu iras est une comédie dramatique qui ne vire pas au pathos grâce à quelques moments cocasses auxquels on ne peut s’empêcher de rire. C’est aussi une ode à Céline Dion qui vous agacera peut-être si, comme moi, vous n’êtes pas vraiment fan de la diva. Mais c’est surtout la possibilité de dire pardon à travers une déclaration d’amour à la famille. L’indicible et la souffrance enfouie au fond de soi ont laissé croire aux protagonistes qu’elles n’allaient rien avoir à se dire, quand elles devaient au contraire se retrouver.

Géraldine Nakache aura obtenu de nous faire quitter la salle, un brin émus et convaincus qu’un simple sourire peut valoir plus que 1000 mots.

Yasmine Essabaa