Ad Astra

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(James Gray, 2019)

Ad Astra, vers les étoiles. Le titre est assez explicite. Nous partons vers les étoiles ou plutôt à leur recherche en la charmante compagnie de Brad Pit t. Ad Astra est un film de quêtes. La quête d’un ailleurs. La quête de soi. La quête d’un père. Et c’est dans les étoiles que le personnage de Roy McBride, astronaute d’exception, mènera les siennes.

Les influences de James Gray sont nombreuses dans le film. Il reprend les codes traditionnels du genre : silence lourd et angoissant propre à l’espace, un individu seul face à l’immensité et le vide, les tremblements de caméra au moment des impacts… Mais on retrouve également quelques références cinématographiques : la musique classique comme dans 2001 L’Odyssée de l’espace, les gros plans visage de Gravity, la crainte d’un passager étranger et meurtrier d’Alien… Le spectateur est en terrain connu et se laisse facilement prendre dans un film qui n’oublie presque aucun des codes du genre. Au point d’en oublier des dialogues parfois un peu fleur bleue, qui parviennent tout de même à faire mouche…

 

James Gray donne une attention particulière aux jeux de lumière. Il faut dire que le visage de Brad Pitt reste le visage de Brad Pitt, quelque en soit l’éclairage… Du blanc criard de la Lune, à l’orange vif de Mars pour finir par le bleu glacial de Saturne, les contrastes sont marqués, la saturation accentuée. La lumière n’est pas de celle de la Terre, le spectateur se laisse emporter dans un périple au cœur puis aux limites de notre système solaire.

 

C’est un tableau plutôt pessimiste de notre futur que dresse le réalisateur de The Immigrant. Dans ce futur pas si éloigné, la Lune a été transformée en hub, forme de station de métro de l’espace à laquelle on accède par des vols commerciaux réguliers. Les enseignes publicitaires en envahis l’espace, l’homme a recréé sur une autre planète, ce qu’il cherchait à fuir sur Terre. En dehors de l’enceinte, les guerres pour les ressources font rage et la piraterie domine.

 

Connu pour un cinéma très intimiste, le réalisateur a souvent eu plus de succès en Europe qu’au Etats Unis. Ici c’est le drame familial qu’il propulse en orbite et le voyage est traumatisant, dans tous les sens du terme. Roy McBride doit choisir entre le bien et le mal, un dilemme cher à James Gray et que l’on retrouve dans La nuit nous appartient et The Yard. Choix de plus en plus difficile à mesure qu’il pénètre dans les tréfonds de notre système solaire, abolissant les frontières préétablies  par la morale commune. Son devoir triomphera-t-il de son désir de revoir son père ? Le retrouver ne permettra-t-il pas de sauver notre système en évitant une explosion d’antimatière ? Est-il capable psychologiquement de se confronter à l’homme qui l’a abandonné alors qu’il n’avait que 16 ans et qu’il croyait mort ? Les réponses à ces questions ne sont évidentes ni pour le spectateur, ni pour notre astronaute.

 

Roy est en lutte constante avec lui-même. Son poste et sa mission lui impose, outre une condition physique et des connaissances techniques à toute épreuve, un état psychologique stable. Il est soumis à de constantes vérifications de son mental. Contrôles qu’il passe avec brios, sans un battement de cœur de trop. Lui-même reconnait être en représentation constante et d’avoir en lui cette colère refoulée qui à terme pourrait menacer sa mission. C’est finalement elle et la manière dont il la traite qui lui permettra d’arriver à ses fins.

 

La souffrance psychologique est ainsi constante. Si la violence physique est présente et les corps y sont maltraités et défigurés par un environnement qui leur est fondamentalement hostile, elle n’est pas centrale. James Gray s’intéresse avant tout à l’intimité de ses personnages, à leur psychologie, à leur questionnement, à leur souffrance. Sont ainsi abordés les thèmes de la solitude, de l’abandon, de la quête de son identité. Ici c’est un fils abandonné par son père pendant son adolescence et profondément seul, qui se confronte à l’endroit le plus solitaire au monde avec une question : sommes-nous la seule espèce intelligente de l’univers ? Le film prend position. Reste aux spectateurs à se faire son propre avis sur la question.

PS : Mention spéciale à la musique de Max Richter qui donne toute son intensité au film tout en soulignant la solitude du personnage dans sa poursuite des étoiles.

 

Mathilde Maier