Le Daim

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Quentin Dupieux, 2019

 

Georges roule sur l’autoroute, s’arrête pour enfoncer sa veste dans les toilettes d’une station-service, on ne comprend pas ce qu’il fabrique. Il n’en avait en réalité juste plus besoin puisqu’il se rend dans un village perdu dans la montagne pour acheter un blouson 100% daim, forme perfecto, avec une multitude de franges. Un bel objet certes, mais dont l’admiration amusante de Georges tourne à un amour obsessionnel et dangereux.

En effet, Georges – équipé de son nouveau vêtement et d’un vieux caméscope – s’installe dans un petit hôtel et noue une relation particulière avec le Daim. Ils réalisent tous les deux que leurs rêves se complètent – l’un veut être le seul blouson au monde, l’autre veut être le seul à porter un blouson. Georges rencontre également Denise, la serveuse du bar du coin. Il va l’embaucher pour un projet de film sans aucun budget autour du rêve du blouson, avec Georges à la réalisation et Denise au montage. Le film de Quentin Dupieux reste très centré autour de ces 3 personnages : Denise, Georges, et le Daim.

 

Grâce à ce scénario génial, le Daim est emprunt d’un humour décalé, absurde, « what the fuck » comme disent les petits jeunes. Pour moi, ce sont les champs contre champs lors des discussions entre Georges et son blouson qui sont à mourir de rire, ainsi que les moments où Georges admire ses nouveaux vêtements en daim et Jean Dujardin adopte cette subtile expression faciale du « quel style de malade ». On rigole bien mais on ne comprend pas grand chose. Ce sentiment d’incompréhension est accentué par une ambiance hors du temps, dans ce bled sauvage, avec un hôtel de films d’horreur, un bar très peu rempli, pour trouver du monde, il y a juste un petit cinéma. Ce village donne très peu d’informations quant à l’époque où se déroule le film.

 

Le réalisateur Quentin Dupieux nous laisse livrés à nous mêmes, pour imaginer le cadre spatio-temporel et également le genre du film. En effet, le spectateur croit percevoir une évolution d’un univers réaliste – où l’on a le sentiment que Georges délire complètement et a juste un (énorme) problème mental – vers un univers fantastique, sans toutefois trancher définitivement. Tout est fait pour nous faire croire au pouvoir surnaturel du blouson. On le voit de plus en plus comme un personnage et non plus comme un objet.

Le délire de Georges va en plus contaminer son associée Denise. Elle finit par reprendre la production de ce film bizarre, sans être dérangée par les méthodes disons radicales de Georges. Dès lors qu’elle est emportée dans le délire du Daim, elle commence par exemple à acheter des vêtements en daim pour Georges – symboles de leur folie furieuse.

Le film se finit d’ailleurs sur la passation dans des circonstances étonnantes du Daim de Georges à Denise. Je ne vous en dis pas plus et vous encourage à aller découvrir les autres surprises que ce film vous réserve.

Anna Sadowski