FOCUS : Une petite histoire du film d’animation

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I. Les origines de l’animation

a. Fascination pour le mouvement

Les hommes ont toujours été fascinés par le mouvement et sa représentation. Déjà à l’ère des premiers hommes, l’ère de ceux qui peignaient avec leurs mains sur les murs des grottes, le mouvement devait être intégré. Sur un même dessin, ils essayaient de représenter les animaux qu’ils chassaient à toutes les étapes de leurs mouvements. Ils les représentaient ainsi avec 6 ou 8 pattes lorsqu’ils n’en avaient en réalité que 4.
Les hommes ont également développé assez rapidement les premiers jouets optiques :
– Les lanternes magiques

 

 

 

 

 

– Les jouets scientifiques comme le zootrope de Reynaud (qui repose sur la persistance rétinienne) ou le praxinoscope (qui repose sur le compensation rétinienne)

 

– Le disque phénakistiscope

 

– Le flip book

Le problème du support est alors encore central : quel support permettrait de représenter le mouvement ? Un exemple assez connu dans l’histoire de l’art, les planches d’E. Muybridge témoignent de cette volonté d’immortaliser le mouvement sur un support fixe.

 

 

 

 

 

 

Ce principe est utilisé aujourd’hui pour la chronophotographie qui consiste à représenter sur une même photographie toutes les étapes du mouvement.

b. Les pionniers

Emile Reynaud est le premier à avoir réalisé et diffusé un « dessin animé ». Il est en effet l’inventeur du théâtre optique pour lequel il a complexifié sa technique de décomposition du mouvement (déjà utilisée sur le praxinoscope) avec notamment le principe de la compensation optique. Il peint les différentes phases du mouvement sur une bande souple, perforée qui préfigure la pellicule de cinéma. Manuellement, il anime les images projetées à l’aide de son « Théâtre optique », pour lequel il dépose un brevet en décembre 1888.

En 1892, il projette ses Pantomimes lumineuses au Musée Grévin, trois ans avant les premières projections des frères Lumières. Ses pantonymes seront inscrites au registre « Mémoire du monde » de l’UNESCO en 2015.
Pourtant, on retient Emile Cohl comme l’inventeur du dessin animé avec Fantasmagorie (1 minute et 40 secondes)

L’animation en volume ou stop motion a vu le jour en Amérique. En 1907, James Stuart Blackton utilise pour la première fois le « mouvement américain ». Il dessine à la craie sur un tableau noir des images qu’il filme puis transforme à l’aide d’une caméra améliorée, réalisant ainsi le premier dessin animé sur support photographique, Humorous Phases of Funny Faces (3 minutes). Il utilisera le même procédé dans The Haunted Hotel où un petit déjeuner se prépare sans intervention extérieure.

 

II. Du dessin animé au film d’animation

a. Donner vie au dessin

Le dessin animé est une technique pour les films d’animation qui consiste à représenter les différentes étapes du geste afin de donner l’illusion du mouvement. Plus les dessins sont nombreux, meilleur est le résultat final.

En principe, 1 seconde de dessin animé implique 24 dessins au préalable soit près de 129600 pour un long métrage. Cette exigence technique explique pourquoi les séries de dessins animés japonais des années 70 ont choisi de tripler la prise de vue sur chaque dessin et d’utiliser des boucles d’animation, reproduisant le même mouvement.

b. Qu’est-ce que l’animation ?

L’image animée est une technique qui consiste à donner l’illusion que des personnages, des décors ou des objets inanimés sont en mouvement. En principe, l’illusion du mouvement est produite par l’enchainement rapide d’images séquentielles relativement similaires.

L’animation est possible grâce à au moins deux phénomènes cognitifs :
– Grâce à la persistance rétinienne, notre cerveau synthétise une suite d’images fixes en un mouvement fluide.

– Grâce à l’effet phi (ou effet béta), cette sensation visuelle de mouvement issue de la perception d’images successives et susceptibles d’être liées logiquement dans un déplacement, notre cerveau ignore la discontinuité de ce qu’il perçoit pour quelque chose qui lui semble plus vraisemblable.

c. Techniques et outils de l’animation traditionnelle

i. L’animation plane

Pour commencer, il y a le cellulo : une feuille souple et transparente sur laquelle il est possible de dessiner les personnages sur plusieurs couches. Ce type de feuille fait gagner du temps au dessinateur dans la mesure où les parties immobiles du corps n’ont pas besoin d’être redessinées. L’ensemble des cellulos sont juxtaposés avec précision sur un décor immobile, peint sur papier épais.

Une animation prend beaucoup de temps à réaliser. C’est pourquoi les équipes d’animation sont souvent nombreuses et se distribuent les tâches.
– Le déroulement de l’histoire est déterminé par les dessins préparatoires du réalisateur, des scénaristes et du chef animateur : il s’agit du scénarimage.
– Puis les animateurs dessinent au crayon les scènes clefs
– Les intervallistes doivent dessiner les étapes intermédiaires, qu’ils testent ensuite avec un folioscope. Si le résultat est satisfaisant, les calques sont filmés, image après image.
– L’animation ainsi créée est validée ou modifiée avant d’être encrée à l’encre de Chine puis coloriée par les gouachistes. C’est seulement alors que les calques sont filmés image par image sur un banc spécial prise de vues.

A partir des années 90, avec l’arrivée de l’informatique, les techniques d’animation ont évolué. Les grandes étapes restent plus ou moins les mêmes mais font aujourd’hui appel à des outils informatiques permettant un gain de temps et une baisse des coûts considérables.

La logique et les possibilités de ces outils sont très différentes de la technique traditionnelle, et il a parfois été difficile de s’adapter à eux. C’est le cas notamment d’Hayao Miyazaki, qui ne s’est essayé que très récemment à ces nouveaux outils de l’animation.

Le principal apport de la technologie fut l’animation vectorielle : elle permet notamment la génération automatique d’étapes d’animation. Si cette technique est très appréciée, elle demande une maîtrise particulière pour un rendu optimal : la démarche d’un personnage n’est pas toujours linéaire par exemple, et ne peut être simplifiée en un mouvement linéaire.

 

Aujourd’hui, la majorité des dessins animés sont réalisés grâce à ces nouveaux outils.

ii. L’animation en volume

Souvent appelé par sa traduction anglaise « stop motion », l’animation en volume consiste en l’utilisation d’objets divers pour rendre le mouvement. La technique est la même que celle utilisée avec les dessins, sauf avec des objets. L’animateur constitue une scène et il place des objets qu’il déplace très légèrement d’une prise à l’autre. Encore une fois, en principe 25 images pour 1 seconde de film.

Initialement utilisée par James Stuart Blackton, la technique sera ensuite reprise par de nombreux réalisateurs et dans plusieurs films, notamment dans les films Le Monde perdu (1925) et King Kong (1933) de Willis O’Brien.

Parmi les techniques utilisées pour l’animation en volume, on retrouve la pâte à modeler. En 1936, est réalisé par Jean Painlevé et René Bertrand le premier court-métrage avec de la pâte à modeler : Barbe-Bleue.

L’animation en volume est largement utilisée par l’industrie cinématographique : de la trilogie des Star Wars, en passant par RoboCop et Closed Mondays (oscarisé en 1975), ou plus récemment L’Etrange Noël de Monsieur Jack (Tim Burton, 1993), Wallace et Gromit (Nick Park, 2005), Fantastic Mr Fox (Wes Anderson, 2009), Les Noces Funèbres (Tim Burton, 2005) ou Ma vie de Courgette (Claude Barras, 2016).

Cette technique a néanmoins quelques inconvénients : elle supprime le flou de mouvement (lorsque l’on fait une photo en bougeant trop vite par exemple) et manque ainsi de fluidité dans les gestes rapides.

iii. Autres techniques

Il existe de nombreuses autres techniques pour donner l’illusion du mouvement et reproduire la vie à l’écran :
– La pixilation utilise par exemple des personnages en chair et en os

– La rotoscopie est une technique qui a été développée et brevetée par les frères Fleischer. Elle consiste à relever image par image les contours d’une figure réelle projetée sur une table transparente, alors qu’elle est en mouvement. Cette technique permet un rendu plus réaliste du mouvement dans la mesure où elle s’inspire directement d’un mouvement réel. Elle sera notamment utilisée par Disney pour son premier long-métrage, Blanc neige et les sept nains (1937).

– Le cut-out utilise des personnages et des décors en papier.

– Les marionnettes

– Sables et poudres : Ferenc Cako est devenu un virtuose dans le domaine (il réalise des animations en direct

– Grattage sur pellicule : technique assez rare qui consiste à graver directement sur la pellicule l’image souhaitée. Cette technique est principalement utilisée par les cinéastes avant-gardistes.

– Le papier découpé : cette technique sera notamment popularisée par le film Les aventures du prince Achmed (1926), puis reprise dans La planète sauvage (1973) et est aujourd’hui utilisée pour la série South Park.

– L’animation à écran d’épingle est une technique extrêmement rare. Elle a été inventée par le graveur Alexandre Alexeïeff et sa femme Claire Parker pour Une nuit sur le mont chauve. Elle consiste en un écran blanc vertical, traversé de 240 000 épingles et éclairé de biais. Les épingles forment des ombres selon la profondeur de leur enfoncement. La gamme de tons ainsi obtenue est très riche. Des sujets y sont façonnés en bas-relief, et sont filmés image par image.

La tendance actuelle est d’essayer de mélanger plusieurs techniques dans un même long métrage. Le Voyage de monsieur Crulic (cristal d’or du meilleur long métrage au festival d’Annecy) utilise de nombreuses techniques d’animation : papier découpé, dessin, photographie, peinture…

Aujourd’hui les techniques d’animation traditionnelles ont tendance à être remplacées par l’animation 3D. Certains réalisateurs cependant, continuent de l’utiliser voire de mélanger les deux techniques pour un rendu optimal (Les noces funèbres de Tim Burton)

d. Les objectifs du film d’animation

i. Objectif moral

Les premiers films d’animation à visée didactique voient le jour en 1918. Emile Cohl réalise des films sur la bataille d’Austerlitz, les dangers de l’alcool, pendant que les frères Fleischer vulgarisent la théorie de la relativité d’Einstein.

Par la suite, émergent de nombreux programmes qui utilisent l’animation pour rendre plus attractifs des sujets parfois compliqués voire rébarbatifs pour les enfants :
– La série Il était une fois… voit le jour en 1978 et vulgarise des grands thèmes historiques et scientifiques pour les plus jeunes : la vie, l’homme, les Amériques, l’espace, notre Terre, les explorateurs et les découvreurs.

– Verront également le jour des séries éducatives télévisées comme Sesame Street ou L’île aux enfants

Les enseignements à destination des plus jeunes sont d’origines et de contenus divers :
– La morale judéo-hrétienne et la question de la culpabilité est largement présente dans les premiers Disney et notamment dans les films de princesse : la faute est toujours punie, le monde est divisé entre les « gentils » et les « méchants » (pas beaucoup de nuances et de situations intermédiaires)

– Certains de ces films cherchent à nous faire changer notre regard sur le monde. C’est le cas des productions du studios Ghibli qui mettent l’accent sur nos relations avec la nature et nous poussent à avoir un regard totalement différent. Si dans les premiers Disney, la nature est souvent hostile (la forêt de ronces dans la Belle au bois dormant, la forêt de Blanche Neige, …), les films du studio Ghibli nous montre une nature nourricière, remplie de rêves et souvent victime des hommes.

– Enfin, les films d’animation peuvent également faire évoluer notre regard sur nous-même et nous font grandir. A cet égard, citons Vice Versa qui nous fait découvrir et prendre conscience de notre inconscient de sorte que les plus jeunes (et les plus vieux aussi) aient une meilleure compréhension de leurs émotions ou encore la série Dragons qui traite de l’acceptation de soi, du traitement du deuil et de la difficulté de grandir.

ii. Objectif commercial

L’industrie du film d’animation est avant tout une industrie : elles ont des seuils de rentabilité et recherche le profit et ces objectifs se ressentent dans certaines de leur production.
Nous pouvons parler aujourd’hui de « blockbuster d’animation » : les premières font l’objet d’une importante politique de communication et les films sont conçus pour répondre aux aspirations du public (le mouvement féministe a entraîné la multiplication des « héroïnes » dans des rôles où l’on trouvait surtout des « héros »). Les réalisateurs font également appel à des artistes du moment pour réaliser les bandes son ou pour le doublage : Justin Timberlake pour Les Trolls par exemple, Jamel Debouzze dans Pourquoi j’ai pas mangé mon père, …

Les films à suite (Cars, Shrek, Age de Glace, Indestructibles) ou les adaptions (Bob l’éponge, Astérix, Tintin) font également partie de ces stratégies.

ii. Objectif esthétique

Les films d’animation ne sont pas uniquement commerciaux (et heureusement…). Le cinéma d’art et d’essai rend possible la production de plus petits films avec souvent une volonté d’esthétisme et de poésie plus poussée : par exemple Le Chien, le Général et les oiseaux de Francis Nielsen ou Azur et Asmar et Kirikou de Michel Ocelot. Dans ces films, la dénomination de « septième art » prend tout son sens et le style des auteurs est plus marqué et reconnaissable.

 

En dehors des grands groupes, les artistes indépendants cherchent à explorer l’image et le dessin. Ils innovent dans les techniques et obtiennent des résultats souvent surprenants et magiques. Nous pouvons ici encore faire référence à Ferenc Cako, cité plus haut.

iv. Objectif politique

Enfin, au même titre que les autres films, les films d’animation peuvent défendre des opinions politiques et ainsi relever du cinéma engagé :
– Certains se mettent au service de la propagande : Propagande antinazie avec Der Fuerher’s Face avec Donald Duck ou propagande américaine pendant la Guerre Froide avec La ferme des animaux (adaptation du roman d’Orwell)

– D’autres dénoncent les crimes de guerre et les régimes en place : Persépolis et l’instauration de la République Islamique en Iran, Parvana sur la condition des femmes en Afghanistan, Funan et la dénonciation du régime des Khmers rouges

– En accord avec le mouvement MeToo, un nombre croissant de films remet en question l’image de la femme en proposant des héroïnes : Rebelle et la remise en cause des standards de la princesse, Indestructibles 2 et l’inversement des rôles traditionnellement montrés à l’écran (l’homme est à la maison et la femme sauve le monde), Vaiana et l’exploration du monde par une jeune adolescente

– Certains, enfin, critiquent la société de consommation et dénoncent la modernité : Princesse Mononoké et la dénonciation de la déconnexion des hommes de leur environnement, Voyage de Chihiro et les problèmes de la surconsommation (lorsque ses parents s’empiffrent jusqu’à se transformer en porcs), L’Ile aux Chiens et les problèmes posés par la ségrégation, la corruption et la maltraitance des animaux

Pour finir, de nombreux films proposent différents niveaux d’interprétation : derrière une histoire parfois simpliste, se cachent une multitude de sous-entendus pour les adultes. C’est le cas dans les Simpsons, l’Age de glace, Shreck …

III. Le cinéma d’animation autours du monde

a. Europe

Avant la guerre, l’école de Weimar était très influente sur le cinéma d’animation européen. En ce début du20ème siècle, le cinéma allemand est principalement expressionniste : il reprend les caractéristiques principales de l’expressionnisme pictural et les accentue (primat des émotions, recherche d’une plus grande expressivité, l’irruption du fantastique dans le réel…). Cette période est marquée par des grands films de l’histoire cinématographique : Nosferatu, le Vampire ; Métropolis ; Le Cabinet du docteur Caligari.

Le développement du cinéma d’animation reste relativement tardif en Europe. Il se développe surtout à partir de 1945, notamment avec l’aide et le soutien de l’URSS.
Notons l’influence de la Guerre Froide sur l’industrie cinématographique et plus particulièrement sur les films d’animation de l’époque.
– A l’Est, les films sont plus expérimentaux : ils bénéficient du soutien de l’Etat qui cherche à mettre en valeur des écoles nationales. Après la guerre, il y a à l’Est un changement pour des techniques plus économiques. On utilise moins de cellulose (trop rare dans l’immédiat après-guerre) et on privilégie le papier découpé, le dessin papier etc. Les réalisateurs utilisent de nombreux silences visuels, qui contrastent avec l’agitation frénétique propre aux animés américains. C’est la naissance des grandes maisons de qualité et originales. Par la suite, le stalinisme déclinant a permis un renouveau esthétique parmi les plus riches de l’histoire de l’animation.

– A l’Ouest, la logique de marché est prédominante : les films doivent avant tout répondre à la demande. Après la guerre, les enfants sont les principales cibles de production de films d’animation, qui se calquent sur Disney (dont le succès fait de nombreux envieux). C’est la rencontre avec les maisons de production de l’Europe de l’Est qui a permis un véritable renouveau dans les maisons d’Europe de l’Ouest et qui a déclenché le rejet progressif du style et de l’esthétique Disney.

Certains pays se sont spécialisés dans certaines techniques d’animation :
– La Tchécoslovaquie s’est par exemple spécialisée dans les marionnettes (tradition des spectacles de marionnettes dans le pays) : Jiri Trnka dans La main (1965) par exemple

– Les réalisateurs polonais utilisent beaucoup le papier découpé : Jan Lenica et Labyrinth (1962)

– La France et son savoir-faire de qualité : si elle s’exporte moins que les films japonais ou américains, l’animation française est reconnue à l’international grâce notamment à des écoles (Gobelins, Poudrière), des studios indépendants (La Fabrique, Folimage) et des aides de l’État qui favorisent l’émergence de nombreux talents, en particulier dans le court métrage et les séries.

b. Amérique du Nord

L’influence des Etats-Unis sur le monde du cinéma et particulièrement sur le monde de l’animation est indéniable.

Le cartoon américain (qui signifiait alors « dessin », « caricature ») ou la série de dessin animé devient populaire à partir de 1919 avec notamment Felix le Chat, quelques années avant Mickey. Le format de la série sera par la suite repris par l’ensemble de la planète.

Les plus grandes maisons sont américaines :
– Disney (voire suite)

– Pixar (voire suite)

– Warner Bros : à l’origine des Toons (Bugs Bunny, Tom et Jerry, Bip Bip et le Coyotte) en 1940 et anti-Disney : refus du réalisme pour exploiter au maximum les possibilités du dessin animé, refus de la bienséance au profit de personnages grossiers et vils, nouveau rapport au spectateur (les personnages s’adressent à nous, l’écran se brouille, on voit les limites de la pellicule…)

– Les frères Fleischer : Betty Boop

Notons également l’existence de l’Office National du Film du Canada qui laisse une grande liberté à ses réalisateurs et à ses animateurs.

c. Amérique latine

En 1917, le premier long métrage d’animation répertorié serait El Apóstol, de l’Argentin Quirino Cristiani, qui sera suivi par Peludópolis, premier long métrage d’animation sonore, mais malheureusement aucun n’a été conservé.

Néanmoins, la production n’a que très peu été encouragée par les différents régimes politiques qui se sont succédés, dans un climat économique souvent défavorable. Seule exception : Cuba, où le cinéma a été utilisé comme outil de propagande. Le cinéma d’animation d’Amérique latine ne s’est ainsi réellement développé qu’à partir des années 60-70.

d. Asie

Nous pouvons distinguer deux grandes tendances : celles des animés (cf focus) et la richesse créative des studios Ghibli (développée plus bas)

IV. Les grandes maisons : Disney, Pixar, Ghibli

a. Disney

Créée en 1923, The Walt Disney Company est une véritable entreprise.

Après le succès énorme de son personnage Mickey Mouse (qui apparait pour la première fois à l’écran en 1928 dans Steamboat Willie), Disney lance une véritable industrialisation de son activité dans les années 30 : il avait 6 employés en 1926 et plus de 1600 en 1940 et ouvre sa propre école pour former ses animateurs.

Blanche neige et les sept nains est le premier long métrage sonore de Disney et a été visionné par onze générations d’enfants. Ce film impose l’industrie comme l’unique référence en dessin animé pour grand public. Les premiers longs métrages des studios Disney définissent ainsi l’esthétique de l’animation classique.

Les animateurs Disney sont des partisans de l’animation totale et limitent au maximum les fixités partielles au sein des personnages. C’est pourquoi, les héroïnes Disney ont souvent une masse capillaire importante qui oscille en fonction de leurs mouvements, rendant les scènes plus dynamiques.

Si Disney cherchait à vendre du rêve, ses projets se fondaient sur le réel. Pour reprendre ses dires « nous ne pouvons créer du fantastique basé sur le réel, si avant tout nous ne connaissons pas le réel. ». Cette ambition le fit amener des biches et des faons dans les studios, pour que les animateurs de Bambi s’en inspirent mais également des danseurs, pour la réalisation de Fantasia (notons que certains passages de Fantasia font encore aujourd’hui parties des plus beaux morceaux d’animation de tous les temps).

Walter Disney reste néanmoins une figure controversée : partisan du nazisme jusqu’en 1941, et fervent défenseur du maccartisme, il n’hésitera pas à dénoncer certains de ses collaborateurs avec trop de sympathie pour les soviétiques.

b. Pixar

Pixar Animation Studios est une société américaine de production de films en images de synthèse. Ses long-métrages les plus rentables ont été coproduits avec Disney à partir de 1995 avant d’être finalement racheter par The Walt Disney Company en 2006. Le studio est alors devenu une filiale de Walt Disney Pictures qui cherche encore à se démarquer de Disney et toujours se renouveler

Toy Story (1995) est le premier long métrage entièrement réalisé en images de synthèses et constitue le premier gros succès de Pixar. Notons, qu’à partir de ce film, l’image de synthèse devient la norme dans l’industrie cinématographique américaine. De manière générale, les films produits par Pixar rencontrent un assez bon accueil critique : sur 16 films, 9 ont été nommés pour l’Oscar du meilleur film d’animation et 8 l’ont remporté : Le monde de Némo, Les Indestructibles, Ratatouille, WALL-E, Toy Story 3, Rebelle et Vice Versa.

c. Studio Ghibli

Fondé en 1985 par Hayao Miyazaki et Isao Takahata, le Studio Ghibli s’est progressivement imposé dans le monde du film d’animation. Existe-t-il un style Ghibli ? Si les différents artistes du studio ont développé leur style propre, il est possible de dégager quelques points de convergence entre leurs différentes créations :
– La représentation réaliste des comportements humains et de leur évolution : contrairement aux shôjô dont s’inspirent la majorité des productions, les sentiments et les émotions sont crédibles et non exagérés.

– Un passé idéalisé : si la majorité des films décrivent le passage à l’âge adulte et les transformations qu’il apporte sur les personnages, la représentation du Japon d’antan est profondément nostalgique

« Les artistes semblent vouloir célébrer un passé où la nature avait encore droit de cité. »

– La création d’un occident rêvé : l’occident est perçu comme « exotique » par le public japonais

La femme Ghibli n’est en rien comparable avec les traditionnelles princesses Disney. Jusqu’aux années 70, la femme est souvent cantonnée au second rôle dans les films d’animation. La position choisie par Miyazaki et Takahata est ainsi radicalement différente des mœurs de l’époque :
– Précurseur d’HeForShe, ils développent l’idée d’un féminisme pour les hommes. Les héroïnes ne sont pas dotées d’attraits sexuels et présentent une relative neutralité du physique tout en jouant sans difficulté le rôle de pilier de la société (Nausicaä de la vallée du vent).

– Les femmes Ghibli sont dotées d’un esprit fort et vif. Le caractère prend le pas sur le physique et l’on retient ces héroïnes pour leur personnalité et non pour leur minois.

Enfin, le studio Ghibli (et notamment Miyazaki) a toujours défendu une autre façon de faire les films et surtout les techniques traditionnelles. Avec l’arrivée des nouvelles techniques d’animation, le studio essaye d’utiliser ces nouvelles techniques en conservant l’esprit de la maison. Dans Never Ending Men, on découvre comment Miyazaki travaille sur ses projets et notamment comment il s’essaye aux nouveaux outils de l’animation. Il finira par mêler techniques traditionnelles et modernes pour obtenir le résultat voulu.

 

 

Mathilde MAIER