Dancer

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Steve Cantor, 2016

En 2012, Sergei Polunin est le plus jeune danseur étoile du Royal Ballet de Londres. Tandis que les rumeurs s’ébruitent sur son style de vie jugé trop sulfureux, le prodige annonce brutalement qu’il quitte la compagnie.

Steve Cantor décide alors de le suivre durant 4 ans pour filmer ce documentaire débordant de grâce et d’émotions et narrer sa perte de goût pour la danse mais également sa quête de sens.

Le film s’ouvre sur les coulisses du ballet où l’on aperçoit Sergei avaler un produit que l’on devine être de la drogue, avant de monter sur scène. Il effectue des mouvements absolument prodigieux dont il n’aura aucun souvenir le lendemain. Ce documentaire retrace l’évolution complexe de cet athlète qui n’a en réalité rien à voir avec l’image de fainéant ingrat obsédé par les tatouages que les médias lui ont façonnée.

Sergei est issu d’une famille Ukrainienne modeste: il débute la danse classique à l’âge de 6 ans et se voit doté d’une étonnante souplesse. Malgré une enfance heureuse, la poursuite de ses études de danse aura pour conséquence l’éclatement de sa famille. Il sera ainsi poussé à se surpasser constamment, à en faire plus que les autres afin de devenir le meilleur et réunir sa famille.

La richesse de ce documentaire réside en partie dans l’abondance d’archives, de vidéos recoupant à la fois des cours de danse, des repas de famille et des moments de joie. Sergei, souvent derrière la caméra ou filmé par ses amis nous fait entrer dans une sphère extrêmement intime et immortalise son introspection laissant place à une forme de « mise en abyme » cinématographique. Le réalisateur privilégie les gros plans sur certaines parties du corps du danseurs, meurtries par l’entraînement constant. On le voitpanser ses blessures à la fois physiques et morales, blessuresqui semblent silencieuses et invisibles mais qui demeurent bel et bien présentes. Cette dualité du corps et de l’esprit se fait sentir sous la pression qu’il réprouve. Le documentaire questionne en effet le fardeau qu’est devenu son talent et dépeint les démonsde ce virtuose iconoclaste, aussi surnommé  le « bad boy » en proie à la dépression et à la drogue. Pourtant il a surtout pour but de dévoiler l’ambivalence de cet artiste aux mille facettes. La bande originale du film, principalement composée de musique rock, révèle parfaitement la rupture imparable expérimentée par Sergei. Il s’agit d’une oeuvre à la croisée des arts. Cetartiste maudit qui inspire surprise, ébahissement et adoration est pris au piège dans une spirale, victime de son propre succès.

Le mot « passion » trouve ici l’étendue de sa polysémie, à travers la souffrance et le tiraillement qu’il éprouve.  Danser, demeure un besoin physiologique vital pour lui: « I didnt choose ballet, its who I am ».

Ce documentaire retrace à la fois le chemin de Sergei vers un nouveau départ à l’issue de cette épopée internationale mais aussi sa quête spirituelle. Ses chorégraphies sont enivrantes, d’une beauté à couper le souffle et captent nécessairement notre regard. Passionné-e ou non de ballet, on tombe sous le charme de cet artiste. En 2015, il décide d’exécuter en partenariat avec le photographeDavid LaChappelle, une chorégraphie sur la chanson « Take me to Church » d’Hozier et rencontre un succès médiatique. Il devient alors une source d’inspirations pour de nombreuses personnes et nous tient en haleine à chaque mouvement colossal qu’il est capable de mener à bien.

Si certains peuvent avoir le sentiment de rester sur leur faim, je dirais plutôt que le film s’ouvre sur de nouveaux horizons prometteurs et pleins d’espoirs.

Aujourd’hui Polunin est connu dans le monde entier et l’on ne s’étonne plus de le voir apparaitre dans de nombreux films comme theRed Sparrow, Le Crime de L’Orient Expressou même Casse-Noisettes. Ce documentaire est un magnifique hommage à son talent ainsi qu’aux sacrifices effectuées par ses parents en vue de le laisser devenir cette étoile qui n’a jamais fini de monter.

Yasmine Essabaa