Jusqu’à la garde

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(Xavier Legrand, 2017)

Jusqu’à la garde est un drame sur la famille contemporaine. Les parents divorcés et les familles recomposées ne sont plus des cas isolés. Les procédures sont longues et complexes mais surtout bien orchestrées : le combat pour la garde, opposant père et mère, doit respecter les règles du jeu posées par la justice. Avec ce film, Xavier Legrand donne des visages à cette réalité, à la déchirure de la famille d’aujourd’hui.

Le film débute dans le bureau de la juge. Les protagonistes entrent en scène et s’installent les uns après les autres dans un décor impersonnel et froid. On attend l’arrivée de la juge en silence et avec appréhension. Enfin la voilà. La joute verbale entre les deux avocates peut débuter. A tour de rôle, elles prennent la parole, exposent le cas, veulent à la fois convaincre et persuader de l’innocence de leurs clients et n’ont pour seuls armes leurs mots. La tension est palpable, les silences lourds, le visage de Miriam, tout en contenance. Cette scène donne le ton pour l’ensemble du film : Miriam se veut forte et solide pour ses enfants, tout en étant absolument terrifiée par Antoine, son ex-mari qui choisi de jouer le rôle du conjoint dépassé par les crises d’hystérie de sa compagne. Tout comme la juge, le spectateur doute encore de l’honnêteté dans les deux camps. Le fils, interprété par le jeune Thomas Gioria, est un enjeu. C’est de sa garde qu’il est question et il est tour à tour instrumentalisé par sa mère puis par son père.

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Xavier Bertrand joue sur les contrastes. Fragilité physique et force mentale pour Miriam (Léa Drucker), force physique et fragilité mentale pour Antoine (Denis Ménochet). Le choix des acteurs est judicieux : le père est massif pour une mère en apparence fragile, le fils est blond et frêle ; ce sont pourtant les plus fragile en apparence qui montreront le plus de force. On retiendra également la maturité et le courage du jeune Julien, 11 ans, prêt à tout pour échapper à son père et protéger sa mère.

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Dans ce combat (presque) sans contact, la justesse des émotions et du jeu des acteurs est saisissante : tout est dans le contrôle, dans les non-dits. Toutes les émotions se transmettent par les regards, par la raideur des corps, par le tremblement de la voix et des lèvres. Léa Drucker parvient à rester juste tout au long du film. Les larmes et les mots sont rares et comptés, les gestes précis. Elle transmet la colère et la peur enfouie de son personnage avec justesse, à croire qu’elle jouait sa propre histoire. Notons ici la qualité des cadres et des plans choisis : il ne se passe pas une scène où le spectateur n’est pas saisi par le regard d’un des personnages. De la fille qui cherche désespérément sa mère au milieu des invités. Du fils qui contient ses larmes de peur et de rage lorsqu’il est obligé de partir avec son père. De la mère qui ne peut repousser cet homme qu’elle a aimé, lorsqu’il tombe dans ses bras, resserrant encore un plus l’étaux autour de la femme qui fut la sienne.

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Plus proche du thriller que du drame, que ce soit dans le tournage ou le montage, les parallèles avec Shining de Kubrick sont nombreux. L’homme cède peu à peu à la folie jusqu’à l’implosion. La femme et le jeune garçon tentent en vain de fuir pour finir par se barricader dans la salle de bain. La tension monte à mesure que le film dévoile sa trame. L’homme veut pénétrer dans un foyer auquel il n’appartient plus, il veut s’y immiscer, comme un corps étranger, comme un couteau le ferait dans les chairs… jusqu’à la garde. Et c’est paradoxalement lorsqu’il pénètre enfin à l’intérieur, qu’il perd la garde de son enfant.

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La tension qui s’empare du corps des spectateurs, s’empare du corps des personnages, jusqu’à l’implosion finale… Jusqu’à la garde.

 

Mathilde Maier