Spotlight

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(Tom McCarthy, 2015)

Alors que des journalistes d’un département du journal the Globe à Boston enquêtent sur des commissariats de police, leur nouveau patron, Marty Baron, les pousse à travailler sur des affaires d’abus sexuels qui touchent l’Eglise catholique. Il semblerait qu’un haut membre de l’Eglise, le cardinal Law, ait été au courant de ces dérives et les ait couvertes. Le film nous plonge ainsi dans l’enquête de ces journalistes qui découvrent que le cardinal n’est que le sommet de l’iceberg, et que les dérives sexuelles sont en fait un phénomène répétitif au sein de l’Eglise catholique des Etats-Unis à la fin des années 90. Ce film, qui date de 2015, représente fidèlement la réalité des années 2000, et fait entrer le spectateur dans l’ambiance du journal local de Boston. Les vieux ordinateurs, les imprimeries, la moquette au sol, les archives papier… tout nous rappelle le bon vieux journaliste et son travail d’investigation.

Ce film est tiré d’une histoire vraie et retrace l’enquête de 4 journalistes du Spotlight sur plus d’un an dont leur but est de « mettre en lumière » les pratiques de l’église de l’époque des années 1980 à 2000. Outre un casting de qualité (Mark Ruffalo, Rachel McAdams, Liev Schreiber et Stanley Tucci) et l’excellent jeu des acteurs, la force de ce film est de retracer fidèlement l’enquête, sans rajouter de superflu. Ce long-métrage qui gagné en 2016 l’oscar du meilleur acteur et du meilleur scénario original est tourné en crescendo et on comprend vite que l’enquête va prendre une tout autre tournure. En effet, cette affaire, qui ne s’ébruite que très tard par rapport au moment où elle a été découverte, jette un voile sur la frontière entre le bien et le mal.

Pourquoi l’affaire n’a-t-elle pas été traitée plus tôt ? Pourquoi des personnes au courant se sont-elles tues ? Pourquoi les victimes, et les familles des victimes n’ont-elles pas portées plainte ? De nombreuses questions se soulèvent, et ce sujet sensible touche personnellement les journalistes qui travaillent sur l’enquête. Le rédacteur en chef, interprété par Michael Keaton, voit son rôle remettre en question. Doit-on publier dès que l’on a les faits, ou attendre d’avoir plus de preuve pour faire réellement changer les choses. Quel est le véritable travail d’un journaliste ? Simplement énoncer des faits, ou doivent-ils contribuer au changement ? Cette histoire, parce qu’elle parle d’un sujet très sensible, concerne directement les personnages et leur implication émotionnelle pourrait mettre en péril l’enquête, leur soif de vérité pouvant prendre le pas sur le besoin de faire changer les choses.

Ce film me fait beaucoup penser à Pentagon papers. On retrouve le schéma, la même implication de la part des journalistes mais aussi de la part de la population américaine. Il faut dire que l’année 2001 est une époque charnière pour l’opinion publique américaine, qui est autant touchée par la guerre du Vietnam que par les affaires de pédophilie d’une des plus anciennes institutions. Personnellement, je conseille fortement ce film si vous avez envie de suivre une enquête de l’intérieur et de vous plonger dans le travail de journalistes d’investigation.

Romance HALOY