FOCUS – François Ozon

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Le 20 février dernier sortit Grâce à Dieu, le 18ème long-métrage réalisé par François Ozon. Réalisateur confirmé et reconnu, il ne fut pourtant pas épargné par les vives polémiques entourant la sortie de ce film traitant des violences pédophiles au sein de l’Eglise catholique. Néanmoins, tous ses films partagent une caractéristique : rompre avec la norme dominante. Tous ses films se veulent à rebours de la pensée sociale établie sans pour autant être des œuvres intrinsèquement politiques.

Alors près de vingt-et-un ans après la sortie de son premier long-métrage et en plus de trente ans de carrière, dix-sept courts-métrages, dix-huit longs-métrages, un documentaire sur Lionel Jospin tourné pendant la campagne présidentielle de 1995 (Jospin s’éclaire, 1995, François Ozon et Mathieu Vadepied), et un clip vidéo pour « Le Large » de Françoise Hardy (Personne d’autre, 2018), François Ozon s’est élevé parmi les réalisateurs français incontournables et a acquis une notoriété à l’étranger (au point que Nicole Kidman voulait tourner avec lui pour son film anglophone Angel, mais l’actrice ne correspondait au personnage).

Réalisateur aussi brillant que discret, aussi connu que reconnu, valeur sûre du cinéma français, on lui doit des succès aussi bien critiques que commerciaux à l’instar de Huit Femmes (2002) qui reste à ce jour son plus grand succès. Réalisateur cinéphile et passionné de littérature, notamment d’auteures anglaises, ses films intriguent et scandalisent toujours le spectateur, l’angoissent souvent, l’amusent parfois. Réalisateur passionné par les huis clos et les histoires familiales, par la pensée bourgeoise et par les personnages féminins, on retrouve un certain archétype pour les personnages de ses films, un certain type de décor, un certain type de bande originale (notamment avec des chanteuses françaises des années 1960) qui témoignent de ses passions et qui créent le si précieux style Ozon.

« Chacun de mes films est une pièce qui s’ajoute à la maison que constitue ma filmographie. Tant que la maison n’est pas achevée, il m’est difficile de faire un état des lieux. »

« Comment François Ozon s’est sauvé de chez lui », Aureliano Tonet, Le Monde, 10 Octobre 2012

 

Une petite entrée dans la maison d’un réalisateur habituellement très pudique…

Avant de pénétrer un peu plus dans la maison de François Ozon, quelques éléments sur son parcours pour contextualiser son œuvre.

Né en 1967 à Paris, fils d’une professeure de français et d’un biologiste, aîné d’une famille de quatre enfants, éducation catholique, étudiant au lycée Henri IV : son parcours est avant tout celui d’un enfant privilégié qui se tourna adolescent vers le cinéma en mettant en scène et en filmant les membres de sa famille.

Après avoir obtenu une maîtrise en cinéma, il réussit le concours d’entrée particulièrement difficile (encore plus pour les réalisateurs en herbe) de la prestigieuse FEMIS dont il sortit en 1994. Etudiant déjà il va à rebours du courant cinématographique qui dominait alors à la FEMIS : la Nouvelle Vague de Godard ou de Scorsese auxquels il préfère Fassbinder ou Resnais.

Débute alors une intense activité cinématographique puisque, dès lors, presque chaque année, le spectateur peut admirer une œuvre de François Ozon.

 

… avant de suivre un couloir orné de petits tableaux…

François Ozon va d’abord s’illustrer par ses courts-métrages. Dès Victor en 1993, il instaure un cadre qu’on retrouvera dans une grande partie de ses autres œuvres : une famille bourgeoise et une atmosphère étrange. Vont suivre Une rose entre nous et Action ou vérité en 1994 puis La petite mort en 1995 et surtout Une robe d’été en 1996 qui vont attirer les faveurs de la critique et lui permettre de développer des projets plus ambitieux.

Action ou vérité (1994) pour commencer. Ce court-métrage présente quatre adolescents (deux filles et deux garçons) qui jouent au jeu éponyme, jeu qui s’oriente en réalité vers une découverte de la sexualité de chacun. La même année, il réalise Une rose entre nous qui reste centré sur la sexualité mais prend cette fois pour prétexte la prostitution. Le cadre : deux jeunes garçons qui travaillent dans un salon de coiffure, l’un d’eux se fait charmer par une anglaise (déjà l’obsession du réalisateur pour l’image de la femme anglaise apparaît) qui l’entraîne dans une boîte de nuit où elle va le convaincre (tout en lui mentant) de se livrer à la prostitution avec un homme. Le jeune homme se rend compte qu’elle lui a donné moins d’argent que ce que le client lui a donné à elle, alors il se venge en la rendant vulnérable pour mieux la blesser.

Frédéric Mangenot dans Une robe d’été, 1996

Et enfin, Une robe d’été, le court métrage qui va lancer définitivement sa carrière. Deux amants sont en vacances au bassin d’Arcachon. Enervé par l’exubérance et l’extraversion de son compagnon, Luc se rend à la plage où il rencontre une espagnole mais après avoir fait l’amour dans les bois, il se rend compte qu’on lui a pris ses vêtements, l’espagnole lui propose alors sa robe qu’il prend et rentre. Cette robe devient ainsi le symbole de la libération du jeune homme qui apprend à s’émanciper du regard des autres, à vivre librement et pleinement. Primé lors de certains festivals, il reçut une nomination pour le César du meilleur court-métrage (quoi de mieux que pour obtenir le financement pour de futurs longs-métrages !).

 

… qui laisse place à des pièces plus imposantes.

Une notoriété acquise. Un style qui s’affirme. Un réalisateur qui s’oriente vers de nouveaux projets.

Son premier long-métrage : Sitcom en 1998. Perplexité, étonnement, humour, scandale. François Ozon fait une entrée fracassante avec ce film qui peint une famille bourgeoise dont le quotidien et les relations vont être perturbés par le choix du père de ramener un rat comme animal de compagnie. Dès lors, l’étrange s’installe : le fils découvre son homosexualité et l’annonce à sa famille ; la fille veut se suicider mais se retrouve paralysée en fauteuil roulant et se lance alors dans des pratiques sadomasochistes avec son petit ami ; la femme de ménage devient plus un membre de la famille censée prendre soin de la fille et découvre l’homosexualité de son compagnon (le professeur de sport du fils avec lequel il prend part à des activités sexuelles de groupe). Les parents ne sont pas non plus épargnés : le père se rend compte qu’il ne supporte plus sa famille et qu’il veut l’annihiler ; la mère veut guérir son fils et se lance alors dans une relation incestueuse avec lui pour lui donner l’envie du corps féminin. Une famille bourgeoise, un huis clos. Homosexualité, inceste, sadomasochisme, relations familiales perçues comme des prisons aliénantes : un premier film qui déjà scandalise et marque les esprits.

François Ozon va alors connaître une période de succès aussi commerciaux que critiques dont l’acmé fur Huit Femmes sortit en 2002. Rien que le casting fait rêver : Catherine Deneuve et Isabelle Huppert (rien que ça), Fanny Ardant, Ludivine Sagnier, Danielle Darrieux, Emmanuelle Béart ou encore Virginie Ledoyen. Dans cette comédie musicale sur fond de scène de crime, huit femmes se retrouvent enfermées dans une maison où un meurtre a été commis : l’une d’entre elles est coupable, chacune s’accuse, toutes nient mais des secrets sont révélés, la situation implose. Et si elles l’avaient toutes tuées, sans réellement le tuer ? Un film qui doit son succès (mérité) à ses actrices, comédiennes aussi talentueuses qu’envoûtantes interprétatrices de chansons françaises des années 1960, le tout dans un surjeu désiré et maîtrisé mais jamais lassant, dans une ambiance étrange mais calme, étouffée par un suspens bien tenu. Trois millions et demi d’entrées en France, le double à l’étranger. François Ozon est découvert par le public.

Swimming pool (où Charlotte Rampling et Ludivine Sagnier remplacent Romy Schneider et Alain Delon) l’année suivante rencontre aussi le succès (notamment aux Etats-Unis). Inspiré du film de Jacques Deray de 1969, le film met en scène Sarah Morton, auteure anglaise de polar à succès, qui se rend dans le sud de la France dans la propriété que possède son éditeur afin d’écrire son prochain roman. Mais le calme se trouve troublé par l’inattendue arrivée de la fille de son éditeur, Julie. Antithèse absolue de Sarah (du moins en apparence), elle est le parangon de la liberté et de la jeunesse. Toutefois, le film est troublant, déconcertant : on y retrouve le second niveau de lecture si présent dans les œuvres de François Ozon : fiction ou réalité, imagination ou souvenirs, actions ou fantasmes. Les deux s’entremêlent, le spectateur ne sait plus, le voilà plongé dans le questionnement. Au-delà du talent de réalisateur et de scénariste de François Ozon, ce film est particulièrement remarquable par l’espièglerie de Ludivine Sagnier qui n’a d’égal que le flegme anglais poussé à son paroxysme et incarné par Charlotte Rampling.

Charlotte Rampling et Ludivine Sagnier dans Swimming Pool, 2003

 

D’autres succès suivront jusqu’à Angel en 2006, Ricky en 2009 et Le Refuge en 2010. Trois films, trois échecs. François Ozon perd le public et la critique ne le soutient pas toujours sur le plan scénaristique même si les performances de ses actrices et de lui-même en tant que réalisateur restent saluées et reconnues.

Néanmoins, il ne s’avoue pas vaincu et réalise Potiche qui sort en 2010. Là encore un casting impressionnant réunissant Catherine Deneuve et Gérard Depardieu, soutenus par Karine Viard et Fabrice Luchini. Suzanne Pujol (Catherine Deneuve) se retrouve soudain à la tête de l’usine – héritée de sa famille et dirigée par son époux (Fabrice Luchini) – lorsque ce dernier tombe malade. Une femme à la tête d’une usine dans les années 1970 ! Voilà qui certes heurte la sensibilité des personnages masculins mais qui surprend surtout. Celle qui était la caricature de la « potiche », femme au foyer, victime des infidélités récurrentes de son époux avec sa secrétaire (Karine Viard), là voilà qui se retrouve à la tête d’une entreprise dont elle réussit à apaiser les tensions et les conflits sociaux attisés par un député communiste (Gérard Depardieu). Ce film, cumulant près de six millions d’entrées en France et à l’étranger, a permis à François Ozon de renouer avec le succès et de trouver le soutien nécessaire pour ses prochains films qui furent à la hauteur des attentes et même bien au-delà.

Juste après Potiche, François Ozon réalise Dans la maison, sortit en 2012. On y retrouve Fabrice Luchini en professeur de français dans un lycée, Kirstin Scott Thomas, son épouse et propriétaire d’une galerie d’art, et Ernst Umhauer qui interprète l’élève qui, pour une dissertation demandée par son professeur, décide de raconter le quotidien d’une famille qu’il épie depuis l’extérieur, à travers la fenêtre, avant d’être invité à pénétrer dans leur maison. D’abord inquiet, le professeur va vite se prêter au jeu de voyeurisme auquel se prête l’étudiant par la lecture de ses travaux. Relations perverses et malsaines entre le professeur et son élève, entre l’élève et la famille de son ami qu’il épie, entre deux conjoints, entre un étudiant et la mère de son ami… Mais sont-elles si malsaines ? Ne sont-elles pas elles qui révèlent les vérités tues et conduisent à des changements plus heureux ?

En 2014, François Ozon fait sensation avec Une nouvelle amie où Romain Duris campe un veuf, élevant seul son enfant, qui laisse libre cours à ses besoins de travestissement, et Anaïs Demoustiers dans le rôle de la meilleure amie de la défunte qui va accompagner le veuf dans un processus d’acceptation d’elle-même. Les frontières là encore sont floues : amitié, aide, tristesse et amour se côtoient et se mêlent générant une confusion des sentiments que le secret de la relation ne fait que renforcer.

Romain Duris et Anaïs Demoustiers dans Une Nouvelle amie, 2014

 

En 2016, c’est Frantz qui met François Ozon sur le devant de la scène. Pierre Niney et Paula Beer sont les acteurs principaux de ce film tourné en allemand et en grande partie en noir et blanc, et se déroulant à la fin de la Première Guerre Mondiale. Paula Beer joue Anna, la fiancée de Frantz tué pendant la guerre, et qui découvre un jour Adrien (Pierre Niney) se recueillant sur la tombe de Frantz et se faisant passer pour un ami du défunt. Ce film cherche lui aussi à perdre le spectateur dans une confusion absolue, jusqu’à l’entraîner dans une émouvante scène finale.

Pierre Niney et Paula Beer dans Frantz, 2016

 

N’oublions pas la décoration si harmonieuse de cette maison qui en pare chacune des pièces…

En trente-cinq œuvres cinématographiques, François Ozon a imposé son style. Ses scénarii cherchent (et y parviennent largement) à transgresser la norme sociale, à montrer ce que tant s’évertue à taire, à sublimer et à complexifier la nature humaine, à la montrer d’une perversité crue et sensuelle, à mettre le féminin au premier plan, à plonger le spectateur dans un (ou des) imbroglio(s) exaspérant la raison et la compréhension. Un jeu plus qu’une réalité. Le style Ozon !

François Ozon, c’est donc un style, un univers, des décors, des personnages aussi complexes que différents. Et pourtant, des thèmes ressortent de chacun de ses films.

Un thème social d’abord. François Ozon évoque la famille, mais jamais elle ne s’épuise dans l’harmonie bien au contraire, il préfère la famille qui vit derrière les portes et les façades, la famille qui ne se supporte pas, la famille qui ne s’aime pas, la famille qui est vécue comme une geôle dont on ne peut réellement s’échapper, la famille que l’on fantasme parfois de tuer. C’est notamment le thème central de son premier film, Sitcom (1998). Ses films font aussi souvent écho à l’actualité ou apparaissent même précurseurs de révolutions sociales. En 2012-2013, alors que la manifestation pour tous ravage le débat en France pour empêcher le mariage homosexuel, François Ozon tournait Une nouvelle amie (2014) qui évoque le travestissement (et plus largement la transsexualité) et laisse même planer l’ombre de l’homoparentalité tout en n’hésitant pas à jouer avec les stéréotypes et l’homophobie sous-jacents de ces manifestations selon lesquelles après tout « c’est moins grave de passer pour un homo que pour un travelo » pour citer Claire interprétée par Anaïs Demoustier. Car l’homosexualité ou l’ambiguïté sexuelle représente aussi un thème récurrent dans ses films et courts-métrages. Il ne s’est jamais contenté du politiquement correct, il préfère montrer sa réalité dans laquelle les relations homosexuelles s’affranchissent de la déviance que la société leur étiquette. Ainsi Le Temps qui reste (2005) a pour protagonistes un couple homosexuel : Romain et Sasha (respectivement interprétés par Melvil Poupaud et Christian Sengewald). Aussi François Ozon n’hésite-il pas à réaliser un film inspiré de l’affaire du père Preynat concernant des actes de pédophilie au sein de l’archidiocèse de Lyon (Grâce à Dieu, 2019), à mettre en scène un personnage féminin de dix-sept ans qui se livre volontairement à la prostitution dans Jeune et Jolie (2013). Ces deux films ont déclenché de vives polémiques de la part d’une audience conservatrice qui ne saurait souffrir une telle remise en cause de leur morale établie. François Ozon choque, crée la polémique, disrupte les mœurs archaïques.

Un autre thème récurrent voire central est la figure du personnage féminin que l’on retrouve dans presque tous ses films. François Ozon est notamment passionné par la figure de la femme anglaise et encore plus particulièrement par les auteures anglaises. Cette passion apparaît dans le film Swimming pool (2003) où le personnage principal est une auteure anglaise interprétée par une actrice anglaise Charlotte Rampling, mais aussi dans Une nouvelle amie (2014) où David devient Virginia en référence à Virginia Woolf. Dans Dans la maison (2012), François Ozon n’hésite pas à engager Kirstin Scott Thomas pour jouer une galeriste. Cette passion littéraire se traduit aussi par le choix des œuvres qu’il décide d’adapter ainsi Angel, Ricky, Une nouvelle amie et L’amant double sont adaptés (ou sont inspirés) d’œuvres d’auteures anglaises (respectivement Elizabeth Taylor, Rose Tremain et Ruth Rendall) et américaine (Joyce Carol Oates).

Cette figure du personnage féminin est souvent le centre même du film : Huit Femmes (2001) est un des rares (pour ne pas dire unique) longs-métrages où le casting est exclusivement féminin. Dans Potiche (2010), François Ozon croque le renversement des stéréotypes de genre : la potiche n’est qu’une construction machiste de la femme qui vise à la rabaisser et à la maintenir dans un état fragile. Or, la potiche jouée par Catherine Deneuve s’émancipe et montre ses forces dans ce film qui se veut un coup de pied au sexisme et à la misogynie dominants dans la société : et oui, une femme peut diriger une société, et oui une femme peut devenir députée !

Fabriche Luchini et Catherine Deneuve dans Potiche, 2010

Les films de François Ozon sont également sensuels, ont une certaine propension à l’érotisme : les corps nus se succèdent mais jamais dans une ambition pornographique. C’est une sensualité légère, douce, explicite mais pas outrancièrement présente, elle est dosée et parfois sublimée. Elle est à l’image de la volonté du réalisateur : dévoiler la plus pure intimité de ses personnages pour essayer d’en saisir la complexité. C’est une sensualité qui est le plus souvent sublimée chez la femme, moins chez l’homme. Ainsi dans Swimming Pool, les corps de Ludivine Sagnier et de Charlotte Rampling se dévoilent aux spectateurs mais ce sont des corps utilisés pour blesser, maîtriser et dominer, le pur plaisir n’est pas la motivation première : Ludivine se sert du sien pour vexer Charlotte, Charlotte pour protéger Ludivine.

Jérémie Renier et Marine Vacth dans L’Amant double, 2017

Et puis dans L’amant double (2017), c’est la femme qui cherche à avoir le contrôle et à soumettre l’homme : sensualité, sexualité, féminité et féminisme se rencontrent. Là encore François Ozon va à rebours de la norme.

 

Et puis que serait une œuvre de François Ozon sans ce double niveau de lecture qui trouble, perd, exaspère, enthousiasme le spectateur : était-ce réel ou était-ce fictif ? Le père s’est-il réellement transformé en rat ? Julie était-elle réellement une meurtrière ? Paul a-t-il réellement un frère jumeau ? Que comprendre ? Que chercher à comprendre ? Faut-il chercher à comprendre ? Le mystère n’est-il parfois pas plus délicieux que la vérité ?

Enfin, le décor de la maison de François Ozon comprend aussi ses scénarii et ses acteurs que l’on retrouve d’un film à l’autre. Non seulement il réalise tous ses films mais il les écrit ou co-écrit tous, en est le producteur exécutif, intervient dans tous les aspects de ses films. Amateur de théâtre, il adapte la pièce d’un metteur en scène et réalisateur qu’il admire : Fassbinder dans Gouttes d’eau sur pierres brûlantes (2000). De même, Huit Femmes, Potiche, Dans la maison ou encore Frantz sont adaptés de pièces de théâtres de respectivement Robert Thomas, Pierre Barillet et Jean-Pierre Gredy, Juan Mayorga et enfin de Maurice Rostand.

De plus, il a tendance à s’entourer des mêmes personnes pour ses films. Du côté des producteurs, ce sont ses camarades de la FEMIS (Olivier Delbosc et Marc Missonier, fondateurs de Fidélité Productions) qui produisent ses courts-métrages puis ses films avant d’être remplacés par les frères Altamayer (Mandarin Cinéma) depuis le film Potiche.

Du côté des acteurs et actrices, on retrouve Charlotte Rampling (Sous le sable, Swimming Pool, Jeune et Jolie), Ludivine Sagnier (Gouttes d’eau sur pierres brulantes, Huit Femmes, Swimming Pool), Catherine Deneuve (Huit Femmes, Potiche), Marine Vacth (Jeune et Jolie, L’amant double), Valeria Bruno Tedeschi (5×2, Le temps qui reste), Marina de Van (qui a participé à l’écriture de 4 œuvres du réalisateur et a joué dans deux : Regarde la mer et Sitcom), Fabrice Luchini (Potiche, Dans la maison), Jérémie Renier (Les amants criminels, Potiche, L’amant double) et Melvil Poupaud (Le Temps qui reste, Le Refuge, Grâce à Dieu).

 

… même si elle ne parvient pas toujours à attirer les faveurs de ceux qui l’admirent

La plupart des films de François Ozon ont été des succès commerciaux mais surtout critiques. Ils ont été nommés lors de festivals ou de cérémonies à l’instar du Festival de Cannes, de la Mostra de Venise, de la Berlinale, de la cérémonie des César ou des Magritte. En tout, ils ont reçu près de cent nominations.

François Ozon et l’équipe du film Jeune et Jolie lors du festival de Cannes 2013

Mais de la même manière que Leonardo DiCaprio semblait maudit pour recevoir l’Oscar du Meilleur Acteur, les films de François Ozon semblent l’être pour recevoir le moindre prix : ils n’en ont reçu que six ! Aucun César pour François Ozon, ni Palme d’Or. Pourtant, ce n’était pas faute de mettre toutes les chances de leur côté. En 2003, Huit Femmes reçoit douze nominations pour les César mais aucune récompense (c’est le film Le Piano qui rafle la plupart des prix cette année-là). En 2017, Frantz est nommé à onze reprises et ne remporta que celui de la meilleure photographie. La malédiction se répète. Ni Sous le sable, ni Potiche (trois nominations chacun), ni Jeune et Jolie (une nomination au César, en compétition pour la Palme d’Or), ni L’Amant double (en compétition pour la Palme d’Or) n’eurent plus de succès.

 

Mais une maison qui n’est pas achevée

Alors voilà la maison de François Ozon telle que je la perçois, l’interprète et l’expérimente lorsque je la visite. Vaste maison qui ne cesse de s’enrichir de nouvelles œuvres toujours aussi complexes et déconcertantes. François Ozon est un réalisateur-scénariste qui s’engage, se positionne sur des problématiques sociales, laisse libre-cours à ses passions que l’on retrouve dans la complexité de ses personnages. C’est certes un survol de sa maison sans aucune prétention à l’exhaustivité, présentant certaines de ses œuvres clés, certains de ses succès mais bien sûr sa filmographie est plus vaste, plus intrigante, plus difficilement classable en catégories nettes, plus ambivalente que la simple récurrence de certains thèmes. François Ozon surprend à chaque fois, entre cinéma d’auteur ou comédie populaire, avec actrices et acteurs renommés parfois, plus confidentiels souvent.

François Ozon n’en finit pas d’étonner à l’image de son nouveau film, Grâce à Dieu dans lequel il saisit à la caméra un sujet d’actualité, librement inspiré de faits réels et des témoignages de victimes du père Preynat. Deux procès à l’annonce de sa sortie, l’un pour reporter sa sortie, l’autre pour empêcher d’utiliser un véritable nom. Aucune des deux procédures judiciaires n’aboutit permettant au film de pouvoir être projeté en salles et de mettre en lumière les victimes de pédophilie.

Mathieu DOUZIECH