Hippocrate

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(Thomas Lilti, 2018)

 

Ras-le-bol de Grey’s Anatomy et des malheurs de la pauvre Meredith Grey ? Assommé par Urgence et ses dialogues téléphonés ? Hippocrate sera votre bouffée d’air frais ! Réalisé par Thomas Lilti, ancien médecin, cette série est d’un réalisme dérangeant tant il bouleverse les idées reçues sur le milieu hospitalier mais également les codes propres aux séries hospitalières.

Tout comme le film éponyme sorti en 2014, on suit le quotidien mouvementé de quelques internes dans un hôpital public. Suite à un problème sanitaire, ils sont livrés à eux-mêmes, privés de médecins et de leurs mentors pendant des semaines. Ils n’ont d’autres choix que de faire tourner l’hôpital, en dépit des circonstances. L’équipe d’internes est portée par Chloé, interprétée par louise Bourgoin, très convaincante dans le rôle d’une jeune femme rongée par l’ambition, sacrifiant sa santé mais également son intégrité pour sa carrière.

Dans cette série, c’est le réalisme que l’on retient. Un reportage sur les coulisses du tournage révèle que chaque scène « médicale » est tournée sous le regard d’un professionnel du milieu, là pour donner son avis, apporter d’éventuelles corrections lexicales ou gestuelles. Le réalisme ne se limite pas à la description du milieu hospitalier, il est également présent dans la mise en scène des relations humaines, des passions amoureuses, des amitiés … Aucune fausse note, tout semble vrai et surtout réel. Entre ambition dévorante, amitiés ou amours naissants et solidarité à toute épreuve, les relations entre les internes ne cessent de se redéfinir et se limitent pas au schéma narratif habituel des turbulences amoureuses, tant chérie par les grandes productions hollywoodiennes.

Louise Bourgoin (Chloé Antovska) VALIDEE et Thomas Lilti VALIDEE

Hippocrate dénonce l’effondrement du service public hospitalier. En France, ce dernier a ses limites qui mettent parfois en danger patients et médecins. Des problèmes administratifs au surmenage en passant par les erreurs médicales, la série n’oublie aucun aspect, sans tomber dans le lynchage. Thomas Lilti nous livre ici un regard très critique sur son milieu professionnel d’origine, sans pour autant perdre en réalisme.

Finalement, Hippocrate bouleverse le genre de la série médicale en marquant la fin des passions sirupeuses et de la surenchère à la plus grosse catastrophe ou au plus grand mystère médical. Les médecins ne sont plus les héros qui posent des diagnostiques miraculeux et qui savent employer les mots justes avec leurs patients. Ils sont avant tout des hommes, avec leurs limites, tout comme le système hospitalier.

 

Mathilde MAIER