Whiplash

Posted by in Regards Croisés

(Chazelle, 2014)

Dorénavant connu pour avoir réalisé LaLaLand, Damien Chazelle a pourtant acquis sa notoriété en 2014 en sortant Whiplash. Fan reconnu de musique et notamment de jazz, il a fait de ce style musical sa patte en tournant trois films autour de ce sujet (ses trois seuls d’ailleurs). On pourrait alors se demander si le type radote pas un peu à parler du même thème aussi longtemps. L’histoire du cinéma nous l’a néanmoins appris, ce n’est pas l’histoire qui compte mais comment on la raconte. Si LaLaLand prend les airs d’une fresque sur l’âge d’or hollywoodien, notamment avec le choix d’en faire une comédie musicale, Whiplash se veut dépeindre la vie d’un artiste de façon beaucoup plus froide et pragmatique.  

Il raconte l’histoire de Andrew Neiman (joué par Miles Teller), jeune batteur de jazz à peine intégré dans une prestigieuse école de musique. Il souhaite devenir la nouvelle star du jazz et va pour ça faire la rencontre de Terrence Fletcher (interprété par J.K. Simmons), le professeur dirigeant la meilleure troupe de l’école, qui va devenir son « mentor ».

On pourrait croire avec ce pitch que le film parle d’une bête histoire vue mainte et mainte fois ; il n’en est rien. Toute l’intrigue est tournée autour de ces deux personnages qui choquent par leur écriture. Neiman, le « héros qui se bat pour ses rêves », est un personnage froid, borné, asocial. Et son mentor ? On peut le décrire comme un psychopathe qui pousse volontairement ses élèves à bout jusqu’à parfois les rendre dépressif, tout ça au nom de la musique (il rappelle beaucoup le sergent instructeur de Full Metal Jacket). Pourtant cette relation marche, on sort pour une fois des cases préconçues d’archétypes de personnage que nous donne le cinéma. Même si on est néophytes en musique on se sent obligé d’avoir de l’empathie pour ces deux personnes prêtes à tout pour leur passion.

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C’est d’ailleurs en partie le jeu des acteurs qui va permettre au film de garder en haleine le spectateur. En effet Whiplash est l’adaptation d’un ancien court métrage de Chazelle et on le sent. Il n’y a quasiment pas d’intrigue et une importante partie du film se résume à des personnages jouant de la musique. On évite pourtant l’impression de regarder une rediffusion d’un orchestre France 3 avec le jeu des acteurs très bon (Oscar du meilleur acteur pour un second rôle pour J.K. Simmons) d’une part mais aussi par l’art de la mise en scène de Chazelle. La réalisation met effectivement beaucoup en avant la musique avec cette teinte de jaune tout au long du film rappelant évidemment la couleur des cymbales d’une batterie mais aussi avec nombres « d’insert » (gros plan servant à mettre l’accent sur quelque chose) sur les instruments en train de jouer. Cet effet marche d’autant mieux sur la batterie, instrument visuellement impressionnant lorsqu’il est joué.

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De façon général le film est un grand hommage à la musique et plus précisément au jazz. Il en reprend la structure en étant d’une diabolique précision à la réalisation (c’est rythmé à la seconde et chaque cadre donne l’impression d’avoir été choisi au millimètre) pour un rendu fluide et propre.

Whiplash est un film qui parlera à tout le monde. Même s’il est très centré sur un style musical en déclin de nos jours, ses propos restent universels avec une histoire finalement tournée sur l’humain et sa détermination à poursuivre ses rêves.

Cédric AMUAT