Mauvaises herbes

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(Kheiron, 2018)

Après son premier film Nous trois ou rien (2015), Kheiron est de retour avec une comédie dramatique dans laquelle il s’est de nouveau attribué le premier rôle, aux côtés de Catherine Deneuve cette fois-ci.

Un jeune délinquant ingénieux, Waël, vit chez Monique, une femme dans la soixantaine, avec laquelle il possède un lien fort qu’on comprend dès les premières minutes du film. Lorsqu’une de leurs arnaques tourne mal, Waël se voit obliger de remplacer un éducateur le temps que Victor trouve quelqu’un d’habiliter pour s’occuper d’enfants en difficultés et à deux doigts du renvoie scolaire. Le film nous montre le travail de Waël auprès de ses enfants à problème et en parallèle des scènes de la vie d’un enfant des rues au Moyen Orient.

Comme sa première œuvre, ce film est en partie autobiographique : Kheiron a lui-même été éducateur pendant plusieurs années avant de se lancer dans le stand up. Cependant, ce film là donne plus de place à l’humour, bien qu’il traite de nouveau d’un sujet important. Kheiron a ce don pour aborder les problèmes cruciaux avec légèreté sans pour autant nous épargner. Dans Mauvaises herbes, le réalisateur joue avec nos émotions, si bien qu’on passe brutalement d’une scène à pleurer de rire à la dureté de la cruauté humaine qui nous arrache de nouvelles larmes. La force de ce film se trouve dans cette faculté d’osciller entre joie et tristesse, et on sort de la séance ni déprimé ni naïvement heureux mais avec la conviction qu’il y a effectivement des problèmes en France et ailleurs mais qu’avec sa seule bienveillance, on est en mesure d’améliorer un peu les choses à notre échelle.

Le film est centré sur l’éducation mais aussi sur les relations humaines. Comment se présenter au monde, comment se comprendre et parvenir à communiquer avec autrui. La toile des relations qui unit les personnages est bien ficelée. La relation que tissent les six adolescents avec leur éducateur est d’autant plus forte qu’on le voit gagner leur confiance et la mériter à mesure du film. Le fil conducteur reste néanmoins la relation de Waël et Monique, avec leur complicité authentique et dont on a dû mal à mesurer l’intensité avant les dernières scènes.

Mais la sincérité qui émane de ce film est due, en plus des dialogues, au casting. Catherine Deneuve parvient à donner une dimension énigmatique à son personnage et à son passé, et arrive à retranscrire aux côtés de Kheiron un rapport complexe et vrai. André Dussollier fonctionne bien en duo avec Deneuve et est drôle et touchant. Quant à Alban Lenoir, il remplit à merveille le rôle du sale type. En ce qui concerne les six adolescents qui jouent les enfants en difficultés, Kheiron a montré une attention particulière à leur recrutement. Il ne voulait pas de comédiens mais des jeunes de la « vraie vie ». Face à la difficulté d’organiser un casting sauvage, il est passé par des agences de jeunes comédiens et des associations théâtrales. Il a vu plus d’une centaine de candidats pour chaque rôle avant de trouver un groupe avec une bonne alchimie et ce travail de recrutements se ressent dans le film. Bien que pour la plupart c’est un premier passage à l’écran et que le jeu d’acteur n’est pas toujours parfait, l’authenticité et le comique prend le dessus.

Pour conclure, ce film est optimiste sans être naïf, triste sans être déprimant et drôle sans être lourd. On en ressort en comprenant la célèbre phrase de Victor Hugo : « Il n’y a ni mauvaises herbes ni mauvais hommes. Il n’y a que de mauvais cultivateurs ».

Léana PAQUET