Pupille

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(Jeanne Herry – 2018) 

Avoir un enfant est naturel pour certain et un parcours semé d’embûches pour d’autres. Dans son nouveau film, Jeanne Herry nous plonge au cœur du système d’adoption français, de la naissance de l’enfant à son adoption, décrivant l’ensemble de l’organisation, ses rouages et ses acteurs.

Le jeune Théo a été abandonné par sa mère qui ne se sentait pas prête pour un enfant dans sa vie et qui ne voulait pas créer le moindre lien avec lui. Elle ne touchera pas, ni ne parlera à son enfant, suivra l’ensemble de la procédure puis quittera l’hôpital quelques jours seulement après avoir donné la vie. Du fait de cette séparation sans transition, Théo ne sera pas capable de se connecter au monde qui l’entoure, jusqu’à ce que les mots laissés par sa mère lui soit lus.

Dans ce film, tout est question de liens et de connexion. La plus forte est sans conteste celle qui unit le pupille à sa famille d’accueil et notamment au père, Jean, incarné à l’écran par Giles Lellouche, parfait dans le rôle du parent tendre, chaleureux mais aussi inquiet de l’avenir de ses enfants. Il y a la connexion qui unit Alice, future mère adoptive de Théo, à l’assistance sociale qui l’a suivie et accompagnée pendant ces 8 difficiles dernières années. Et finalement il y aura le lien qui unit Théo, renommé Mathieu, à sa mère adoptive, Alice, jouée par Elodie Bouchez, très touchante dans le rôle de cette mère célibataire de 41 ans.

Ce film traite également de l’importance des regards et des paroles. Adultes ou nourrissons, tous ont besoin de ces mots qui réconfortent, qui soutiennent et qui finalement permettent d’avancer. Théo le premier. A seulement quelques jours, il fait face à l’incapacité de sa mère adoptive à communiquer avec lui. Il trouvera refuge dans le regard et dans la voix de Jean. La parole est également au cœur de métier d’Alice, audiodescriptrice pendant les pièces de théâtre pour personnes malvoyantes ; ou encore de Lydie, assistante sociale, qui accompagne les futurs parents dans leur démarche d’adoption. Chaque mot est pesé et lourd de sens. Il marque plus par son intention que par son sens, les conversations en deviennent presque intelligibles.

Si Jeanne Herry approche le milieu d’une manière quasi documentaire, elle utilise également son film pour mettre en lumière les limites du système d’adoption français. Les nombreuses procédures et précautions en prévision de cas exceptionnels (comme celui d’un pupille notamment) laissent peu de place à l’imprévu et la raideur administrative qui en découle rend parfois difficile le travail des différents acteurs du système. Les fonds sont insuffisants, les familles d’accueil peu nombreuses, les fratries déclarées « inséparables » sont autant d’éléments qui vont parfois à l’encontre du bien-être des enfants placés.

Pupille est simplement un film qui fait du bien et qui réchauffe le cœur en ce début d’hiver. Il est plaisant de voir les « gentils » et les « bons » récompensés pour leurs efforts. C’est un film qui malgré son sujet reste léger et optimiste et ne tombe pas dans le sentimentalisme.

Mathilde Maier