We need to talk about Kevin

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 (Lynne Ramsay, 2011)

 

L’histoire d’amour d’Eva et Franklin avait tout pour fonctionner. Il ne manquait qu’un enfant pour que le tableau atteigne la perfection. C’est un peu sur un coup de tête ou plutôt un coup du cœur que Kevin a été conçu. Eva n’était pourtant pas prête à troquer sa vie new yorkaise pour un quotidien de mère au foyer banlieusarde et assez rapidement ce nouveau venu issu de la passion avec son mari n’est plus aussi attendu, à raison. Le jour de ses 16 ans, Kevin quitte le foyer familial armé de son arc et de ses flèches. Il décimera une partie de ses camarades classe, et assassinera sa petite sœur et son père.

Ce film de Lynne Ramsay retrace surtout l’histoire tumultueuse d’Eva avec son fils Kevin. De la naissance à la tuerie de masse, Eva n’a jamais vraiment réussi à se connecter avec son fils qui semble prendre un malin plaisir devant les efforts vains de sa mère. La provocation est constante, les limites sans cesse repoussées. Kevin est un tortionnaire, il torture psychologiquement sa mère au quotidien, la poussant dans ses retranchements en jouant sur la contradiction entre l’instinct maternel naturel de cette dernière et la réalité de leur relation. Le seul qui semble échapper aux foudres de cet enfant terrible est Franklin, son père, mais le spectateur comprend assez rapidement que cette pseudo complicité père-fils n’est qu’un stratagème de plus pour faire souffrir Eva.

Chronologiquement, on se situe après le drame. Mais le quotidien d’Eva est entre-coupé de flash-back de sa vie passée, flash-back qui retrace l’évolution de sa relation avec son fils et qui laissent présager un avenir obscur pour la famille. Après le drame, Eva vit seule et est détestée par la grande majorité de la ville qui ne cesse de lui rappeler quel monstre elle a élevé et sa part de responsabilité dans cette tuerie de masse. Elle continue pourtant de rendre visite à ce fils qui lui a pris sa vie, son mari et sa fille. Cette structure apporte au film une certaine dynamique et souligne le contraste entre la vie d’Eva avant et après le drame.

Dans ce film, on est également marqué par l’omniprésence du rouge, en référence au sang versé pendant le massacre orchestré par Kevin. Eva verra sa maison et sa voiture ainsi vandalisées, recouvertes de peinture rouge sang. Cette peinture la suit au quotidien, s’incrustant sous ses ongles, tachant ses vêtements et collant ses cheveux. Aussi, à mesure qu’Eva se débarrasse de cette peinture, qui symbolise finalement l’emprise de son fils sur son quotidien et sur sa vie, elle se défait de sa culpabilité vis-à-vis du drame et en tant que mère. A la fin du film, au moment du transfert de son fils dans un autre département de la prison, Eva apparait ainsi enfin en paix avec elle-même et ne cherche plus des réponses au fond d’elle-même mais avec son enfant.

En effet, une question demeure et se répète tout au long du film : « Dans quel but ? ». C’est cette question qui obsède Eva et qui la pousse à continuer de voir son fils et à resasser sa vie. La réponse du jeune meurtrier est simple : « il n’y en a pas ». Si Kevin torture son entourage, c’est pour le simple plaisir de le torturer, il n’a pas d’objectif spécifique, il n’est pas en souffrance, il aime juste les voir souffrir et les malmener. Néanmoins, la scène finale du film laisse planer le doute : Kevin se remet en cause, il n’est plus aussi sûr de ses choix passés qui lui semblaient pourtant évident il y a deux ans, il a peur de l’avenir et se réfugie dans les bras de sa mère.

We need to talk about Kevin raconte la naissance d’un sociopathe qui contrairement au sens commun, peut également survenir au sein d’une famille aimante et saine.

 

Mathilde Maier