Django Unchained

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(Quentin Tarantino, 2013)

Bonjour cher lecteur, je voudrais te raconter une petite histoire. Il y a quelques jours je parlais cinéma avec un ami. Ce dernier venait de voir Django Unchained et avait adoré. Il faut dire que le western du papa de Pulp Fiction jouit d’une aura positive quasi unanime, autant vis-à-vis de la presse spécialisée que du public (avec une note de 4,5/5 dans les deux cas sur Allociné). « Ah bah c’est Tarantino qui fait du Tarantino » me dit-il, comme si le réalisateur avait un tampon qu’il pouvait appliquer pour rendre chaque film génial. Je ne pensais pas comme lui, et après avoir échoué d’essayer de lui expliquer c’est ici, la tête froide, que je décide de lâcher mon sac.

Oui, aujourd’hui nous allons tenter de la définir cette patte, et d’expliquer pourquoi Django n’y rentre pas. De là à dire que le film est un peu trop surcoté pour moi est un pas que je vais franchir volontiers.

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Qu’est-ce qui fait des films de Tarantino des œuvres aussi appréciées des cinéphiles ? Tarantino aime jouer avec les codes du cinéma, notamment la trame narrative. Pulp Fiction, Reservoir Dogs, Kill Bill, tant de films n’ayant pas de temporalité linéaire. Ce procédé sert à rendre un récit plus intéressant, car on n’est pas soumis à des codes inutiles (Christopher Nolan dans Memento l’a bien compris). De façon générale les films de Tarantino racontent des histoires originales, uniques. Django Unchained lui, suit à la lettre la plus vieille histoire du monde qu’un théoricien a énoncé dans Le Héros aux 1000 et 1 visages.

Pour vous le prouver nous allons le comparer à des exemples parmi d’autres. Un héros (Django/Luke Skywalker/Frodon Sacquet) est un arriviste, il ne connait pas le monde qui l’entoure. Il va faire la rencontre d’un mentor (Schultz/Obiwan/Gandalf) qui va l’aider. Le mentor meurt par le méchant (Calvin/Dark Vador/Saruman) forçant le héros à gagner de lui-même. Enfin après un combat le héros détruit la base des méchants (Le domaine/l’Etoile de la Mort/la Tour de Sauron). Cette trame peut s’appliquer à encore bien des films, elle est efficace mais si banale pour un film de Tarantino.

Malheureusement ce n’est pas tout. Tarantino c’est aussi des personnages féminins forts. Jackie Brown, Mia dans Pulp Fiction ou encore Shosanna (jouée par Mélanie Laurent) dans Inglorious Basterds, tant de femmes sortant des codes, n’étant pas stéréotypées. Dans Django ? Un seul personnage féminin dont même le nom veut littéralement dire « Princesse ». Elle n’a pour but que d’être sauvée et ne sert à rien d’autre. Je ne suis normalement pas contre ce procédé très largement encré dans nos récits (même Peach n’existe que pour être sauvée par Mario) mais dans un Tarantino ça blesse.

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Django Unchained n’est pourtant pas un mauvais film, loin de là. Les dialogues sont vraiment bons et les personnages, bien que clichés, sont tous hauts en couleurs. La filmographie est bonne (elle rend vraiment hommage au film de western dans son utilisation des grands espaces et de la nature) et les acteurs très bons. Ce film a juste une étiquette qu’il ne mérite pas et cette critique est finalement une lutte contre la phrase « C’est Tarantino qui fait du Tarantino », laissez faire ce que les réalisateurs veulent, c’est en innovant qu’on surprend.

Cédric AMUAT