Sauver ou Périr

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Frédéric Tellier, 2018

 

Dans la caserne des pompiers de Paris, Frank Pasquier – interprété par Pierre Niney – mène une vie intense, entre entraînements, interventions soudaines et sa vie de famille en compagnie de sa femme Cécile – interprétée par Anaïs Demoustier – et de ses deux filles. Il a une vie qui le rend heureux, un devoir de sauver qui le fait se sentir utile, peu importe les risques.  Mais justement, les risques restent présents même avec la meilleure préparation.  Cette réalité va se rappeler à Frank de manière brutale. Alors qu’il réalise sa première intervention sur un incendie, les caprices des flammes le conduisent à se sacrifier pour sauver deux pompiers sous ses ordres.  Il s’en suit une période imprévisible de sa vie, celle de sa reconstruction, à la fois physique dans un centre de traitement des Grands Brûlés, mais aussi la reconstruction de sa vie personnelle.

 

Les rebondissements de la vie de Frank se traduisent par un rythme du film fractionné en petites tranches de vie successives et éloignées les unes des autres d’au moins quelques mois. D’abord le quotidien de pompier, puis sa promotion dans la brigade incendie, puis des différentes phases qu’il traverse après l’accident.

Ce type de narration est intéressant pour exposer l’intégralité de l’histoire de Frank. C’est une approche exhaustive de sa vie, et pas seulement de la phase post-accident. Un contraste est ainsi créé entre la vitesse, l’adrénaline, l’intensité de son ancienne vie, et d’un autre côté la lenteur de ses déplacements, de sa parole, et de sa guérison.

Ce rythme entrecoupé permet au spectateur de se focaliser sur chacune des périodes que Frank traverse : Sur la reconstruction progressive de son visage par les médecins, sur la confrontation au regard de sa femme et de ses filles qui ont d’abord peur, puis lorsqu’il sort de l’hôpital au regard des inconnus et du marché de l’emploi, et enfin sur l’acceptation intérieure de sa nouvelle vie.

Néanmoins, la conséquence de ce montage est aussi la difficulté pour le spectateur à rentrer dans une histoire discontinue. Le changement de genres est brusque. La première partie nous fait littéralement plonger dans le feu de l’action, puis le drame adopte un rythme plus long, donnant un aspect pitoyable au personnage, son combat étant triste sans pour autant faire pleurer, et le fatalisme du personnage de Frank rend ses scènes éprouvantes à regarder.

 

Mais si Sauver ou périr n’est pas le film le plus agréable à regarder, c’est aussi du fait la gravité du thème et de l’excellent jeu de Pierre Niney. En effet, en plus d’une transformation physique incroyable, la performance de l’acteur nous fait comprendre le désespoir de Frank, et cela malgré l’absence de traits de son visage. Ce drame inspiré de faits réels reste donc touchant.

Une histoire personnelle n’est jamais linéaire, et des basculements brusques et tragiques bouleversent chaque jour des vies entières. Sauver ou Périr nous montre que quelque soit notre cas particulier, il ne faut pas céder au fatalisme.

Anna SADOWSKI