Climax

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(Gaspar Noe, 2018)

Certains l’admirent, d’autres le rejettent. Que dire de Climax ?

Climax ce sont des danseurs, une fête, des vinyles, une sangria, des filles, un enfant, un drapeau… Le rythme est donné, les scènes s’enchainent, le tout baigné dans cette lumière rouge à la fois hypnotisante et angoissante, rappelant étrangement cette mystérieuse sangria qui prend peu à peu possession des corps et des esprits des danseurs.

Ces derniers sont des créateurs, ils cherchent à repousser les limites de leurs arts et de la création et utilisent toutes les possibilités offertes par leurs corps (seuls ou enchevêtrés), par le rythme mais également parfois par des substances hallucinogènes afin de créer et d’explorer leurs sens. Le film s’ouvre sur l’interview des différents danseurs, interview réalisée pendant leur entretien avec la chorégraphe. Les danseurs y confient la signification particulière que recouvre la danse à leurs yeux mais partagent également leurs pratiques, plus ou moins légales, pour créer et chorégraphier de nouveaux pas. Ces vidéos sont projetées en ouverture du film sur un vieil écran télévisé installé au milieu d’une bibliothèque remplit d’ouvrages philosophiques (dont ceux de Nietzsche, bien connu pour ses ouvrages sur le mal…) mais également de cassettes de films d’horreur laissant présager le retournement horrifique du film.  

Les corps ne sont pas standardisés au même titre que les profils. Les danseurs sont issus de milieux différents, ont des orientations sexuelles diverses et chacun leur histoire qu’ils essayent de retranscrire avec la danse. Ainsi Climax c’est aussi l’éloge du corps dans toutes ses formes, dans ses limites et ses faiblesses, corps notamment mis en valeur dans la scène d’orgie en fin de film, rappelant le si controversé, Love. Chacun peut finalement se retrouver dans ce film qui fait intervenir des acteurs pour la plupart inconnus du grand public, conférant à Climax et son enseignement, une dimension universelle qui le rend d’autant plus terrifiant.

Tout l’art de Gaspar Noé se retrouve dans ces deux minutes de chorégraphie filmées en contre plongé et de face : le spectateur a le sentiment d’être un membre à part entière de cette troupe de danseurs déchainés mais également profondément individualistes. Il assiste (et participe plus ou moins) à cette trans dans laquelle entrent un à un les danseurs, trans qui au début du film trouve son origine dans l’enivrement entrainé par la création, le mouvement et la musique mais qui prendra une tout autre tournure.

Climax, c’est finalement un thriller à la limite du film d’horreur. Jusqu’à la dernière séquence, une question subsiste : qui a mis de la drogue dans la sangria ? Tout comme les personnages, le spectateur est suspicieux et doute de l’honnêteté des personnages : ils sont tous à la fois victime et bourreaux. Gaspar Noé reste ici fidèle à lui-même, il veut choquer, il veut déranger. A mesure que la drogue prend possession de leurs corps et de leurs esprits, les danseurs semblent en proie à une puissance extérieure. Les mouvements de danse qui au début étaient empreints de liberté, deviennent souffrance et prison pour l’esprit ; ils répètent inlassablement le même enchainement, donnant lieu à une véritable de danse macabre. Il n’y a alors plus de limites et les scènes horrifiques s’enchainent : une femme enceinte fait une fausse couche à la suite d’un lynchage, une autre a ses cheveux qui prennent feu lors d’une altercation, un homme est battu à mort… Mais l’horreur de Climax n’est pas toujours visuelle, elle est aussi sous-entendue : la mort de l’enfant électrocuté dans le local électrique ne sera symbolisée à l’écran que par les plombs qui sautent…

Alors pourquoi aller voir Climax ? Climax nous confronte à nos démons intérieurs et à nos pulsions les plus sombres. Il nous pousse à remettre en question nos principes moraux fondamentaux et à faire face à la question : « et si c’était moi ? » et là est toute sa grandeur.

Mathilde MAIER