FOCUS – Alfred Hitchcock

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D’origine britannique, il a toujours été un enfant solitaire et a eu une enfance difficile. Après avoir perdu son père à 14 ans et fait des études en ingénierie et navigation à Londres. Il a commencé sa carrière comme graphiste, et son premier film est un thriller inspiré de l’histoire de Jack l’Éventreur. Son personnage est un mélange ambivalent d’humour et de noirceur, on le surnomme Hitch, puis le Maître du suspense, il s’agit d’Alfred Hitchcock. Dès ses premiers films, il va s’affirmer dans le domaine du suspense et de l’humour noir.

Hitchcock c’est le thriller, le film policier, le film noir, l’humour décalé et cynique. C’est aussi la période anglaise avec Les 39 marches et Rebecca, où il nous propose un avant-goût de son humour mais aussi de son “côté obscur”.

 

Mais il se démarque vraiment dans sa période américaine, à partir de 1940, avec Sueurs Froides, Psychose et Les Oiseaux, qui sont selon moi un véritable hommage aux genres policier et horrifique. Hitchcock est un avant-gardiste, il réalise Les Oiseaux avec pour seule musique le chant aigu de ces derniers. Pas de bande sonore ni de compositeur, Hitchcock sait nous faire peur par le son et l’image en rendant l’irréel particulièrement réaliste.

Hitchcock a une vraie fascination pour le crime et les criminels. Dans l’Inconnu du Nord Express il nous façonne un crime parfait digne d’Agatha Christie, où il est question d’un échange d’assassinat entre deux inconnus ; dans le crime était presque parfait, il illustre parfaitement son obsession du crime minutieusement pensé et réussi. Avec Hitch, tout est calculé au millimètre près, aucun détail n’est omis. Il a ce génie du film policier et du thriller car il sait nous faire frissonner au moment fatidique, mais il nous pousse à nous creuser la tête en long en large et en travers pour que nous menions l’enquête avec les personnages.



Hitch est un maître dans l’art de créer des ambiances qui collent parfaitement à ses histoires et à ses personnages. Sueurs Froides est un exemple probant : il nous fait clairement voyager dans le monde des morts, sans pour autant rentrer dans le paranormal. L’atmosphère qui se dégage du film est fantomatique et vaporeuse, la musique l’est tout autant.

Avec Psychose, c’est le côté dérangé de notre personnage- clé brillamment interprété par Anthony Perkins, un psychotique sévère qui a une obsession malsaine pour les jeunes femmes, qui crée une atmosphère d’insécurité permanente. Les bandes son de ses œuvres sont majoritairement composées par Bernard Herrmann dans sa période  américaine, son compositeur le plus important.

Conseiller artistique sur un documentaire sur la Shoah, Hitch a contribué à la réalisation de German Concentration Camps Factual Survey, film qui pour des raisons politiques, n’a jamais été montré jusqu’en 2015. Homme sensible et soucieux d’aider à rétablir la vérité,  il a contribué à réaliser ce documentaire incriminant les exactions nazies durant la Seconde Guerre mondiale, un sujet si noir qu’il en était presque tabou.

Mais malgré son génie artistique et son sens profond du réalisme, Hitchcock pouvait avoir des réactions pour le moins décalées voire étranges.

Hitchcock aimait les femmes et en particulier les femmes blondes qui, à chaque fois, prenaient une grande place dans ses films (Grace Kelly, Kim Novak, Doris Day…), et l’une des actrices lui avait particulièrement tapé dans l’œil lors du tournage des  Oiseaux. C’était Tippi Hedren. Mariée et ayant une fille, l’actrice refusait toutes les avances que le réalisateur lui faisait, ce qui lui a valu une réaction à la Hitchcock assez étrange. Vexé par la résistance de Tippi à son égard, celui-ci fit envoyer en “cadeau” à sa fille une poupée représentant l’actrice… dans un cercueil. Une blague pour le moins tordue dont il faut  apprécier l’humour noir si l’on ne veut pas céder à la panique !

 

En dépit de sa personnalité peu commune et bien souvent controversée, Hitchcock a clairement marqué le monde du cinéma par ce qu’il ose dire et ce qu’il ose montrer (cf la scène de la douche dans Psychose où l’actrice est complètement nue), ainsi que par son sens aigu de l’autopromotion dont résultaient ses multiples caméos. Son personnage singulier a fait de lui un génie du septième art ainsi qu’un vecteur d’inspirations pour de grands cinéastes tels que Truffaut, Chabrol, Polanski ou encore Spielberg… 

 

Elisabeth BACONNET