Bohemian Rhapsody

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(Bryan Singer, Dexter Fletcher, 2018)

« Somebody to Love », « Bohemian Rhapsody » ou encore « Another One Bites the Dust » figurent parmi les titres les plus célèbres du groupe Queen. Ce film vous propose de découvrir l’histoire de ces tubes mythiques du groupe légendaire ainsi que la vie d’un des plus grands showmen du rock anglais, Freddie Mercury.

Ce biopic (produit en partie par le producteur de Queen) permet de suivre l’ascension du groupe de rock : de ses origines, de sa formation à son concert légendaire lors du Live Aid en 1985 en passant par l’écriture de leurs plus grands titres, de leurs divergences internes et de leurs efforts pour imposer leurs choix musicaux. Ce film se centre aussi sur la vie privée de Freddie Mercury : sa relation amoureuse avec Mary Austin, sa sexualité, ses addictions, le Sida…

Agé de près de 24 ans, Freddie Mercury rejoint Brian May et Roger Taylor pour former le groupe Queen, une aventure hors du commun portée par la voix exceptionnelle de la bête de scène qu’était Mercury. C’est à cette icône du rock anglais que Rami Malek (célèbre pour avoir joué dans la série Mr. Robot) a essayé de ressembler, notamment physiquement en reproduisant la spécificité de la mâchoire de Mercury qui lui assurait une grande amplitude vocale. Et il parvient en grande partie à faire revivre la star du rock : gestuelle, mouvements et performances scéniques s’enchaînent avec un Rami Malek inépuisable. Mais la copie n’est pas parfaite : autant parvient-il à certains moments à faire revivre Freddie Mercury, autant d’autres fois on ne fait que noter le sur-jeu dans lequel il semble se perdre.

Mais malheureusement cela ne suffit pas. Le scénario n’est guère à la hauteur de nos attentes. Il est brut, sans la moindre subtilité, sans la moindre complexité anéantissant la vie d’une légende à celle d’un simple personnage des téléfilms produits en masse. Voilà que la trame du scénario est plus digne d’une comédie romantique de mauvaise qualité que d’un biopic. En effet, les succès du groupe semblent naître comme si chaque événement créait dans une immédiateté troublante et déconcertante un tube qui d’ailleurs ne semblait souffrir d’aucun obstacle réel alors que les ellipses temporelles sont révélatrices de la relativement lente transformation de ces chansons en tubes. Quant à évoquer sa sexualité (peut-on déjà se réjouir qu’il le fasse quand on sait que le projet initial ne tenait pas à en faire état), elle semble se noyer là encore dans un océan d’ellipses comme s’il fallait en raconter le plus possible en un moins de temps omettant des aspects majeurs de la vie de Freddie Mercury. De même pour le sida, le réalisateur a fait le choix de masquer ces effets néfastes sur la vie de Mercury comme si sa vie n’avait été qu’un parcours heureux, comme si on voulait que le spectateur ne retienne de lui que la légende (ce qui pour un biopic n’est guère satisfaisant). En fait, on a juste l’impression de découvrir le Mercury connu de la presse plutôt que le vrai Mercury, les rares moments d’intimité sont parfois romancés à outrance. On se retrouve alors avec un film qui reste en surface, n’explore pas assez ni la vie du groupe, ni celle de Mercury.

Mais peut-on se réjouir tout de même d’une scène finale explosive : les vingt minutes qu’avait duré la performance de Queen lors du concert Live Aid en 1985 sont reproduites presque à l’identique. Enchaînant les chansons, les performances remarquables, voilà un Rami Malek qui ne pouvait pas plus ressembler à Mercury. Des visuels impressionnants et remarquables. Enfin une scène relativement digne du groupe !

Aussi malgré un scénario atrocement chaotique et superficiel par rapport au parcours de Queen, il en reste une scène finale agréablement surprenante, des chansons dont on ne peut se lasser et qui vous aident à supporter le scénario et enfin une performance louable, celle de Rami Malek, soutenue par les autres acteurs qui permettent au spectateur de survivre au film.

Mathieu DOUZIECH