Vampires en toute intimité

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(Taika Waititi, Jemaine Clement, 2014)

 

Taika Waititi est ce genre de réalisateur qu’on aime découvrir. Comme un Edgar Wright, il appartient à cette famille de cinéastes qui cherche à proposer quelque chose de nouveau, dont on reconnaît la patte. Toute sa filmographie serait intéressante à discuter mais cette critique portera sur un des derniers films qu’il a réalisés avant d’atteindre la célébrité avec Thor : Ragnarok en 2017. Avant de travailler pour Marvel ce réalisateur était en effet seulement connu des nouveaux-zélandais, pays d’où il vient, ainsi que des cinéphiles les plus pointus.

Vampires en toute intimité est pourtant un film qui mérite l’attention et ce pour plusieurs raisons. Il peint la vie de quatre vampires vivant en colocation. Agés de plusieurs centaines d’années, ils sont assez déconnectés de la vie moderne jusqu’à l’arrivée d’un nouveau membre devenu vampire récemment. Le film se présente sous la forme d’un « documenteur » (comme District 9, C’est Arrivé Près de Chez Vous ou encore la série The Office), ce genre consiste à présenter le film comme un documentaire alors qu’il s’agit bel et bien d’une fiction. Les personnages sont donc constamment suivis par une équipe de journalistes et ont donc conscience de la caméra.

Watiti utilise ce procédé pour un résultat assez surprenant. Son style est unique, il le décrit lui-même par « Faire aimer les nuls ». Comme dans tous ses films, on suit l’histoire de gens mal adaptés, qui ont du mal à comprendre les codes sociaux, des personnages en décalage avec leur semblable. Alors qu’une banale comédie chercherait à nous faire rire de leurs défauts, Vampires en toute intimité provoque d’abord l’empathie, on ne rit pas des personnages et c’est finalement assez rare dans le genre. Le film en ça se rapproche d’un The Devil’s Rejects de Rob Zombie. On suit des personnages dont on devrait avoir peur mais le film nous propose de les montrer différemment à un point où on en vient à pardonner leurs actes pourtant ignobles (ils restent des vampires commettant des meurtres). 

Le film finalement arrive à avoir cette sensibilité mais n’en délaisse pas pour autant son humour. Très proche d’un The Office (la série ultra culte avec Steve Carell), le film joue sur le côté absurde de la situation de vampire au XXIème siècle (on n’est pas vraiment dans un Twilight quoi) et ce choix de caméra renforce le décalage entre l’action et l’aspect « représentation du réel » qu’il prétend avoir.

Je ne peux pas parler du film sans évoquer sa version française, une des meilleurs qui m’ait été donner de voir. Elle implique une relecture complète de l’œuvre et les voix d’Alexandre Astier, Fred Testo ou Bruno Salomone pour être non exhaustif. Plaçant l’action à Limoges, il s’agit presque d’une nouvelle œuvre dans l’original.

Si vous jugez que Thor Ragnorok est le meilleur Marvel ou si vous souhaitez tout simplement découvrir un nouveau réalisateur avec une vraie patte je ne peux donc que vous conseillez Vampires en Toute Intimité.

Cédric AMUAT