Le Grand Détournement : La Classe Américaine

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(Michel Hazanavicius, Dominique Mézerette, 1993)

Si je vous disais qu’il existe un film réunissant Dustin Hoffman, Frank Sinatra, Paul Newman, Orson Wells, Robert Redford, Elvis Presley et même John Wayne tirant sur un T-Rex partouzeur de droite vous me croiriez ? Et si je vous disais que derrière cet Avengers de l’ancien Hollywood se cachait un réalisateur français récompensé aux Oscars vous prendriez toujours cette critique au sérieux ?

Le Grand Détournement : La Classe Américaine, co-réalisé par Michel Hazanavicius et Dominique Mézerette en 1993, existe pourtant bel et bien… enfin presque. En effet 13 ans avant de sortir de l’ombre avec OSS 117 (sorti en 2006) le réalisateur derrière The Artist créa, alors qu’il était publicitaire chez Canal +, un détournement de 43 films en un seul. Un détournement au cinéma consiste à prendre les passages d’un film et d’en changer les voix pour faire dire autre chose à ses personnages, des choses souvent absurdes. Récemment on a pu voir cette pratique sur la chaine YouTube populaire de Sofiane ou encore dans la vidéo de présentation de l’association OneID. Pour Le Grand Détournement c’est la Warner qui pour fêter ses 70 ans a laissé en libres de droit ses films à Canal +. Ce sont ces films que vont réutiliser Hazanavicius et Mézerette pour créer, disons-le, un grand n’importe quoi.

La Classe Américaine raconte l’histoire de trois journalistes (Dustin Hoffman, Robert Redford et Paul Newman) qui vont devoir enquêter sur la mort mystérieuse de l’homme le plus classe du monde (John Wayne). L’histoire n’est ici qu’un prétexte, il est volontairement copié sur celui de Citizen Kane (Orson Wells intervient lui-même dans le film pour réclamer ses droits) et est plus destinée à créer des situations absurdes et décalées.

Si vous vous jugez cinéphile vous devez voir ce film, et ça pour 3 raisons.

La première et la plus évidente est bien sûr son casting et ce que le film en fait. Voir Elvis Presley faire la cour à John Wayne n’a pas son égal et la beauté du détournement permet de voir interagir entre eux des monstres du cinéma. Ce film rend ainsi un bel hommage aux westerns des années 60-70 à travers la relecture de grands films et de grands acteurs.

La seconde est la petite leçon de cinéma que va se prendre n’importe quel spectateur pendant le visionnage. En effet puisque le film n’est composé que de films déjà existants il est un cours de montage de bout en long. Par exemple pour rendre cohérent un dialogue entre deux personnages de films différents, les réalisateurs appliquent constamment la loi des 180° que demande un champ-contrechamp (qui stipule que lors d’un dialogue entre deux personnages, on imagine une ligne entre eux deux que la caméra ne doit jamais dépasser). Et ceci n’est qu’un procédé parmi d’autres pour rendre ce film vivant. À un point qu’à mon premier visionnage de ce film à 13 ans je n’avais même pas remarqué qu’il s’agissait de plusieurs films montés en un seul, alors que les trois journalistes ne sont même pas tirés du même film, travaillant pourtant ensemble.

Enfin le film est un condensé d’humour absurde. Devenu ultra culte tardivement, notamment grâce à Internet, cette œuvre est un condensé de punchlines (« Tu baises les ménagères, bien, tu dois avoir le cul qui brille. Mais c’est pas ça qu’on appelle la classe »), de scènes mémorables (l’interruption de Julien Lepers lors de la cueillette aux champignons ou Dave allant au travail) qui sont aujourd’hui encrées dans la culture populaire comme en témoigne des références au film dans les VF de GTA 4, League of Legends ou même dans certains titres de Konbini.

Pourtant Le Grand Détournement reste un film destiné à une niche et ne plaira pas à tout le monde. Il fera rire les cinéphiles surtout, qui comprendront l’originalité et l’ingéniosité du montage ainsi que ceux nostalgiques de l’humour de l’époque de l’ancien Canal +.

Cédric AMUAT