Wonder Wheel

Posted by in Films

Woody Allen, 2018

Dans son dernier film Wonder wheel, Woody Allen nous raconte les histoires croisées de quatre personnages hauts en couleurs et caractériels, dans le décor enfantin et vintage du parc d’attraction de Coney Island dans les années 1950.

La première, Ginny – jouée par Kate Winslet – est une serveuse qui regrette amèrement son ancienne vie d’actrice. Son mari, Humpty – James Belushi – est un alcoolique qui tient un manège dans le parc. Il est extrêmement attaché à sa fille Carolina – Juno Temple – qui est partie sans lui donner de nouvelles. Le retour soudain de Carolina et l’entrée en scène d’un quatrième personnage, Mickey – Justin Timberlake – jeune et beau surveillant de baignade, vont déclencher une imbrication d’intrigues sentimentales prenantes.

D’un côté, le retour mystérieux de la fille chérie de Humpty va encore plus le détourner des préoccupations de sa femme délaissée et de son jeune fils pyromane. De l’autre, l’indécision de Mickey, qui tombe successivement amoureux de la mère puis de la fille, va encore plus tendre les relations dans la famille, et la jalousie maladive de la belle-mère.

Ainsi, les enjeux sentimentaux de ce film s’apparentent fortement à ceux d’un vaudeville – une pièce de théâtre légère – sans engagement moral, mais étudiant la complexité des relations humaines. Woody Allen rapproche également son film d’une pièce de théâtre par des scènes en plan fixe – telle que la longue scène finale dans l’appartement à la manière d’un huis-clos – mais aussi par une double-énonciation. En effet, le personnage de Mickey est aussi le narrateur de cette histoire, il s’adresse directement aux spectateurs, pour commenter les péripéties.

Mais Wonder Wheel n’est ni une pièce ni un huis-clos, il se déroule dans un décor a priori idyllique, celui d’un parc d’attraction américain dans les années 1950, ce qui donne une esthétique colorée et rétro. Cependant cette atmosphère permet paradoxalement à Woody Allen d’installer une ambiance sonore faussement joyeuse, et de plus en plus oppressante. Les protagonistes sont comme enfermés dans cette grande roue, symbole d’un cercle vicieux des sentiments de jalousie et de regret. Le personnage de Ginny devient particulièrement insupportable et triste à voir, car elle est à la fois lunatique et dépressive, ce qui la conduira finalement à commettre un acte atroce. Wonder Wheel est ainsi énervant pour le spectateur du fait du comportement des personnages, mais aussi très plaisant à voir grâce à  ses images à l’esthétique vintage.

Anna SADOWSKI