L’île aux chiens

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(L’île aux chiens, Wes Anderson)

 

Wes Anderson utilise pour son nouveau film d’animation, L’île aux chiens, une technique bien particulière qu’est le stop motion (ou animation en volume). Il produit ainsi son film à l’aide de photographies mises bout à bout de petites figurines façonnées à la main, ce qui donne un rendu très esthétique, où le moindre détail a son importance. Il nous offre un véritable voyage des plus plaisants dans un univers artistique original d’autant plus intriguant.

L’histoire se déroule dans une métropole du Japon, Megasaki, plus ou moins futuriste et très clairement dystopique, où règne la terreur du maire Kobayashi. Celui-ci décide, suite à une soi-disant grippe canine, d’exiler tous les chiens sur une île-poubelle (Trash Island) ; les chats deviennent ainsi, de façon systématique et obligatoire, les meilleurs amis de l’homme. Si tous les habitants semblent obéir sans broncher, ce n’est pas le cas du neveu de Kaboyashi, Atari, orphelin depuis peu, qui tentera tout au long du film de retrouver son chien Spots sur cette île. Pour l’aider dans sa quête, il fera la rencontre d’une meute de cinq chiens errants : Chief, Rex, Boss, Duke et King. La meute se scinde rapidement en deux, entre ceux acceptant d’être sous les ordres du jeune adolescent et Chief qui lui, du fait de son passé de chien errant, refuse de se soumettre à toute autorité.

Wes Anderson semble vouloir, par l’intermédiaire de ce film d’animation finalement destiné aussi aux adultes, prendre position politiquement. En effet, on fait immédiatement l’analogie entre Kobayashi qui déclame des discours tous plus manichéens les uns que les autres devant une foule hypnotisée devant le représentant du pouvoir, et les dirigeants autoritaires d’aujourd’hui (Trump, Poutine,…). De plus, on ne peut s’empêcher de rapprocher la volonté de Kobayashi d’envoyer tous les chiens sur une île loin des populations risquant d’être contaminées avec le rejet des migrants actuel qui s’accroit de plus en plus dans nos sociétés. Wes Anderson souhaite très clairement faire passer un autre message : celui de la responsabilité de chacun et surtout de l’industrie des grandes villes concernant la pollution environnementale. L’île aux chiens est en réalité un gigantesque dépotoir de la métropole qu’est Megasaki, dû à la pollution industrielle mais également à celle des individus en général. W. Anderson n’hésite cependant pas à ajouter une pointe d’humour tout au long de son film, qui se penche subtilement sur des problématiques sérieuses.

Ce film ne serait rien sans les voix des personnages principaux. C’est donc avec les voix remarquablement sélectionnées de Bryan Cranston (Chief), Edward Norton (Rex), Bill Murray (Boss), Jeff Goldblum (Duke) et Bob Balaban (King) mais aussi Scarlett Johansson (Nutmeg) que nous traversons cette fameuse île d’un bout à l’autre. Rassurez-vous, pour ceux n’aimant pas les films en version originales, les doublages français sont tout aussi bien choisi, avec les voix de Vincent Lindon, Romain Duris, Hippolyte Girardot, Mathieu Amalric, Yvan Attal ou encore Léa Seydoux.

Récompensé à la Berlinale de 2018 par l’Ours d’argent du meilleur réalisateur, Wes Anderson réussit à créer un film qui peut aussi bien s’adresser à un public jeune, peut-être plus naïf (même si certains pays ont préféré l’interdire aux enfants de moins de 10 ans…), qu’à un public plus âgé qui pourra voir le film d’un autre œil ; voyant les différents messages qui se cachent derrière le voyage du jeune Atari sur cette île-poubelle.

Ariane HATABIAN