Sauvage

Posted by in Films

(Camille Vidal-Naquet, 2018)

 

Camille Vidal-Naquet s’empare ici d’un sujet presque tabou ou du moins très peu traité par les médias et méconnu du grand public : le domaine de la prostitution masculine. La prostitution féminine, si elle est tout aussi controversée, a déjà fait l’objet de production cinématographique, de l’adaptation du roman de Kai Herman (Christiane F) en 1981, au très sulfureux Much Loved de Nabil Ayouch récemment sorti.

Dans Sauvage, le spectateur suit le quotidien d’un jeune homme d’une vingtaine d’années, Léo, interprété par Felix Maritaux qui avait déjà fait une apparition dans le fameux 120 battements par minutes de Robin Campillo. Le spectateur est plongé dans ce milieu assez méconnu et découvre avec stupéfaction comment une réalité aussi différente de la sienne peut être perçue comme seule réalité par le jeune Léo. En effet, tout au long du film, Léo doit faire des choix, qui soit l’enferment dans sa situation actuelle ou alors le libèrent et lui donnent l’opportunité de débuter une nouvelle vie. Ce jeune prostitué de 22 ans qui n’a connu que la rue pour unique réalité semble ici incapable de s’extirper de son milieu et fera toujours le choix de ce qu’il estime être la liberté : la rue.

Sauvage a son nombre de scènes dures et violentes mais qui semblent nécessaires à la prise de conscience du spectateur du quotidien dans le milieu de la prostitution. Ces hommes et ces femmes qui vendent leurs corps pour survivre sont confrontés à des blessures d’ordre physique mais également psychologique : les clients ne sont pas toujours cléments et abusent très clairement de leur position. « Le pianiste » qui rode à la recherche d’un nouveau dans le milieu qui ne connaîtrait pas encore ses pratiques, apparaît comme un psychopathe, un monstre. Il plane un mystère autour de cet homme comme si ses pratiques étaient si horribles que le réalisateur préfère rait les passer sous silence, laissant l’imagination du spectateur faire le reste.

Mais ce qui frappe surtout dans Sauvage, c’est l’espoir et la foi en l’humanité. En dépit de l’horreur, le réalisateur semble croire encore en l’homme et en sa bonté. Ainsi si le spectateur est choqué par certaines scènes très violentes visuellement, il est également ému par Léo, sa sensibilité, sa bonté et son innocence. Toutes les émotions passent par le regard de ce jeune acteur qui même lorsqu’il joue la colère et la rage, nous émeut plus qu’il ne nous effraie.

Il y a plusieurs raisons qui poussent à aller voir Sauvage. La première est la prise de conscience d’un phénomène bien méconnu et peu traité médiatiquement : la prostitution masculine. Le seconde est c’est amour de la liberté qui ressort dans ses formes les plus « sauvages » tout au long du film. Mais on va surtout voir Sauvage pour la foi de Camille Vidal-Naquet en l’humanité : tant qu’il y aura une lueur d’humanité, il y aura encore une lueur d’espoir.

 

Mathilde MAIER