I Feel Good

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(Benoit Delépine, Gustave Kervern, 2018)

 

I feel good est une comédie sarcastique réalisée par Benoît Delépine et Gustave Kervern, deux membre fondateurs de l’équipe Groland, et menée par les acteurs Jean Dujardin – dans le rôle de Jacques – et Yolande Moreau – dans le rôle de Monique.
Monique dirige une communauté Emmaüs dans le sud de la France, quand elle voit un jour débarquer un individu en peignoir, son frère, Jacques. Bien qu’elle soit heureuse de retrouver son frère après tant d’années, elle a cependant du mal à mettre Jacques au travail en sein de la communauté fondée par l’abbé Pierre. En réalité, Jacques n’a qu’une idée en tête, trouver l’idée miraculeuse qui lui permettra de devenir « immensément riche » et qui fera de lui le nouveau Bill Gates. Son idée miraculeuse se révèlera néanmoins être totalement loufoque et risquée, mais tellement inattendue qu’il réussira à embarquer avec lui sa soeur et quelques membres d’Emmaüs.

Cette lubie paraît d’autant plus étrange et égoïste que Jacques vient la développer dans un des derniers lieux de solidarité de la société moderne, où chacun travaille pour le bon fonctionnement de la communauté, étant en échange simplement nourri et logé.
Le comique de I feel good repose donc sur le décalage entre deux visions du monde radicalement opposées.
D’un côté, la communauté et sa chef de file Monique nous montre la survie d’un idéal de partage et de solidarité, en accord avec les valeurs communistes de leurs parents. Cependant, aux yeux de Jacques, ce mode de vie est trop idéaliste et désuet. Le point de vue de ce personnage est celui de la société capitaliste et individualiste. Il considère l’argent comme le but de sa vie et juge le monde selon deux catégories : les winners – qui ont donc de l’argent – et les losers. Mais là aussi son obsession semble caricaturale, surtout confrontée aux valeurs de partage des individus modestes qui l’entourent.

Ainsi, les personnages d’I feel good sont exaspérants dans la mesure où ils sont enfermés dans leurs convictions, mais ils sont tout autant attachants. À mesure qu’ils progressent dans leur entreprise fantaisiste, leurs faiblesses se dévoilent. Monique est extrêment sensible et est encore tellement attachée à ses parents décédés qu’elle garde leurs cendres dans sa voiture. Jacques dénigre constamment les chômeurs, mais il n’a jamais travaillé de sa vie, et il est totalement exclu du système qu’il prône. Lorsqu’il rencontre un ami d’enfance qui « a réussi sa vie », il apparaît comme un mauvais élève jaloux de son voisin. Si certaines scènes du film nous amènent même à penser qu’il souffre d’un trouble psychologique, il est en tout cas en totale contradiction avec lui-même.

Le fossé entre ces deux manières de penser est finalement si immense que la mise en contact de ces personnages que tout oppose provoque des situations comiques, plus ou moins gênantes, mais toujours teinté d’humour noir. Cet humour, utilisé par les réalisateurs est particulier, sarcastique, et ne plaira pas nécessairement à tous. De plus, ce film est également original par son format – presque carré – et son rythme saccadé, entrecoupé par des plans sur les accumulations d’objets des entrepôts d’Emmaüs. Un plan sur un tas de réveil vient par exemple illustrer l’ellipse à la fin du film.
L’esthétique d’I feel good, malgré un scénario ubuesque, donne une impression de réalisme, appuyée par l’absence d’effet de lumière et la présence de nombreux comédiens non-professionnels au casting.

Finalement, si I feel good ne fera peut être pas rire tout le monde, il a l’intérêt d’inciter à réfléchir sur les idéologies qui sous-tendent la société contemporaine. Delépine et Kervern semblent pessimistes sur la précarité et pauvreté en France, ils abordent avec humour certains sujets sérieux comme la phobie des robots, ou le processus d’exclusion sociale. De mon point de vue, ils montrent que personne n’est obligé de poursuivre l’ambition de révolutionner le monde, la plupart des gens voulant vivre une vie simple, humblement, ce qui est tout autant respectable.

Anna SADOWSKI