Le Brio

Posted by in Films

(Yvan Attal,2017

 

Neila Salah, originaire d’une banlieue de Créteil, intègre la grande université parisienne d’Arras. Le jour de la rentrée, le fait d’arriver en retard au cours du professeur Pierre Mazard lui vaut une humiliation et quelques propos déplacés de la part de l’enseignant devant un amphithéâtre plein. Ce dernier, connu pour ses dérapages et ses provocations, tient des propos que l’on pourrait interpréter comme racistes et il va devoir se racheter une conduite auprès de ses supérieurs. Pour cela il devra, en personne, entrainer la jeune Neila au prestigieux concours annuel d’éloquence des futurs avocats. Avec deux caractères très compliqués et des préjugés qui ont beaucoup de mal à s’effacer chez l’un comme chez l’autre, la collaboration s’annonce difficile.

Avec un tel synopsis, le nouveau film de Yvan Attal risquait de nous emmener vers du déjà vu, un personnage qui n’avait rien pour réussir mais qui parviendra à créer l’exploit grâce à ses nombreuses vertus. Pourtant ce n’est pas le cas. Le point fort de l’œuvre est qu’elle ne repose pas principalement sur le résultat de ce fameux concours mais sur la relation entre nos deux personnages principaux et le développement personnel de l’attachante Neila Salah. Camélia Jordana, qui a obtenu le César du meilleur espoir féminin 2018 pour son rôle, interprète à merveille son rôle et nous prouve que le chant n’est pas son seul talent. Son histoire d’amour est cohérente et touchante et l’influence qu’a son professeur sur elle se reflète parfaitement sur l’évolution de son personnage. On pouvait craindre pendant le film que Yvan Attal tombe dans le piège du banal triangle amoureux, que nenni, d’autres enjeux tiendront en haleine le spectateur.

Daniel Auteuil confirme. Il justifie sa notoriété dans le monde cinématographique français avec un rôle qui lui colle à la peau. Son personnage, Pierre Mazard est très intéressant, tant par sa vision des choses que par ses dérapages. Aigri et dur, il suscite cependant très vite l’empathie du spectateur et l’on comprend qu’il apprendra autant que Neila dans les cours particuliers qu’il lui donnera.

Le film tourne quand même beaucoup autour de l’éloquence et ravira tous les passionnés de cet art oratoire. Les cours sont certes vulgarisés mais on se prend au jeu suffisamment pour être intéressé par la progression de notre jeune personnage. Petit bémol du film : on en apprend pas assez sur ce fameux concours d’éloquence, est-il très réputé ? Qui notre héroïne affronte-elle réellement ? Est-ce que c’est elle qui écrit ses textes ou le concours ne repose que sur la qualité d’orateur ?

Le Brio c’est avant tout un coup de fraicheur pour le cinéma français. On apprécie le contraste entre Camélia Jordana, la révélation de l’année, et Daniel Auteuil l’un des piliers du cinéma français. Une histoire cohérente et touchante mais dont les dialogues nous mènent souvent au rire. Premier vrai succès pour le réalisateur Yvan Attal qui signe ici le cinquième long métrage de sa carrière.

Julien Huygebaert