Hostiles

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(Scott Cooper, 2018)

 

Né dans les années 1900, le genre du Western a bien évolué depuis sa première apparition dans le cinéma. Récit et témoignage d’un mythe qui va donner naissance aux Etats-Unis via la Conquête de l’Ouest, le Western a connu son âge d’or jusque dans les années 1950… Il est peu à peu délaissé jusqu’aux années 1970, où de nouveaux enjeux et problématiques s’insèrent dans ce genre classique américain : la dénonciation de la violence et de l’extermination des Indiens.

« The essential American soul is hard, isolate, stoic, and a killer.  It has never yet melted.”

C’est sur cette citation de l’écrivain britannique D.H Lawrence que s’ouvre Hostiles, film réalisé par Scott Cooper.

1892 – Ancien héros de guerre et gardien de prison proche de la retraite, le capitaine Joseph Blocker (Christian Bale), a pour mission d’escorter jusque dans ses anciennes terres Yellow Hawk (Wes Studi), chef de guerre Cheyenne mourant. Durant son trajet du Nouveau-Mexique jusqu’au Montana, le capitaine va faire de nombreuses rencontres et notamment celle de Rosalee Quaid (Rosamund Pike), seule survivante du massacre de sa famille par les Comanches. Elle va alors accompagner la cavalerie et être le témoin de la profonde colère et l’incommensurable méfiance qui règnent parmi ses compagnons de route.

Ce qui est sûr, c’est qu’Hostiles ne ménage absolument pas son spectateur. Le long-métrage s’ouvre directement par le massacre d’une famille entière par des Comanches. L’action est rapide, brutale et pose directement les bases du film. Scott Cooper n’est pas ici pour proposer un film épique, où ses personnages sont exubérants et portés en héros. Non. Il dépeint une réalité sombre, où chacun a commis des atrocités et en a aussi été victime, Indiens comme soldats.

Hostiles sort de ce qu’on a pu voir ces dernières années dans le genre du Western. Loin de l’histoire de vengeance sanguinolente (Django Unchained, Tarantino) ou d’un récit transposé dans une époque moins lointaine (No country for old men, Frères Coen), Hostiles met en lumière la remise en question totale de son personnage principal, vis-à-vis de la guerre qu’il a mené durant des années, les ordres auxquels il a obéi et la haine viscérale qu’il entretient envers les Indiens. Tout le voyage qu’il entreprend pour ramener le Chef indien dans ses terres n’est qu’une métaphore de sa réflexion intérieure. Chaque rencontre qu’il va faire sur sa route, qu’elle soit bonne ou mauvaise, ne va qu’accentuer ce processus.  Le capitaine Blocker n’est cependant pas le seul confronté à ses démons. Le spectateur va suivre toute une panoplie de personnages ravagés et détruits par la cruauté qu’ils ont perpétré et/ ou subi.

Le plus gros point fort d’Hostiles, en dehors de ses messages véhiculés et de ses paysages majestueux, est sans aucun doute les scènes d’action extrêmement réalistes et marquantes. Elles entraînent le spectateur dans une ambiance bien particulière où la tension est à son apogée, car dans ce voyage personne n’est épargné et la mort est bien une réalité.  

Seul bémol,  le film suit un schéma redondant dans son développement : une scène d’action, puis le calme absolu pendant lequel se fait la remise en question du capitaine, puis de nouveau une scène d’action et ainsi de suite…. Bémol qui peut être pardonné par le jeu incroyable des acteurs. On pense bien sûr à Christian Bale, mais Rosamund Pike excelle dans son rôle de femme complètement détruite mais qui se bat pour survivre. Ou encore Ben Foster, meurtrier condamné à mort qui va pointer du doigt  l’absurdité de toute une époque.

 

Olivia BARTHES