THE HANDMAID’S TALE (LA SERVANTE ECARLATE)

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Il aura suffi d’une simple loi pour tout déclencher. Cette loi est la suivante : les femmes n’ont plus le droit d’avoir accès librement à leurs comptes qui passent alors aux mains de leur mari ou de leur plus proche parent masculin. Suite à ça, toutes les femmes sont licenciées. C’est à partir de ce moment-là, alors que les manifestations commencent à devenir des tueries de masse, que tout va changer pour Offred (Defred en français).

En effet, l’histoire se passe dans un futur proche où les Etats-Unis connaissent un taux de fécondité au plus bas, du à la combinaison de la pollution et des MST. C’est alors qu’une sorte de secte, « Les Fils de Jacob », prend le contrôle du pays et remanie tout son fonctionnement et ses fondements, supprimant ainsi le Congrès, la Cour Suprême, la Maison Blanche lors d’un coup d’Etat, pour créer la République de Gilhead. On suit alors l’histoire d’Offred, autrefois dénommée June, qui est devenue servante écarlate, c’est-à-dire qu’elle sera le « ventre » de l’enfant de son commandant, Fred Waterford, et de sa femme qui font partie de l’élite nationale. Car, alors que les hommes ont maintenant le pouvoir, les femmes ont été quant à elles, dépossédées de leur statut de citoyenne : elles sont à présent réduites à l’attente d’un bébé pour les plus chanceuses que sont les femmes des dirigeants (habillées en bleu/vert), à être une servante de maison « les Marthas » (habillées en gris) ou encore être dans le cas d’Offred pour les moins chanceuses (habillées en rouge), celles-ci étant surveillées de près par les tyranniques Tantes (habillées en marron).

Dans ces Etats-Unis dystopiques et totalitaires, tout le monde se méfie les uns des autres, et quand une lueur d’espoir, d’amitié se crée, elle disparaît aussitôt. A travers les pensées d’Offred, à travers ses regards vides, celle-ci se confie au spectateur (d’où « the handmaid’s tale » qui signifie littéralement l’histoire/le conte de la servante) : elle parle de ses questionnements, ses hésitations mais surtout son passé. A coups de flashbacks, on découvre June, une américaine lambda, qui a une petite fille avec son mari Luke, des amies, dont certaines homosexuelles, statut qui coûterait la vie de quelconque habitant de Gilhead. On peut aussi voir l’histoire de cette soi-disant République, comment on est passé d’un pays normal à une dictature religieuse, comment les servantes écarlates sont initiées à leur vie de « ventre ».

Tout livre ou film dystopique a un message pour nous alerter sur les vices de notre monde actuel. Bien qu’adaptation d’un livre de 1985, La servante écarlate de Margaret Atwood, ce message reste d’actualité tant les droits des femmes ne sont respectés que dans certains pays et encore, à un certain niveau. Le roman d’Offred en tant que servante écarlate montre l’importance pour les femmes de s’approprier leurs corps, que chacune a le droit de faire ce qu’elle souhaite de son corps et ce n’est pas un homme, une femme et encore moins un gouvernement qui doit décider de son sort. Il est impossible de ne pas être touché ou scandalisé face aux sorts et tortures que ces servantes subissent. Toutefois, on peut aussi voir le désespoir des épouses de dirigeants qui se sentent impuissantes, bafouées en vue de leur statut d’«inféconde», bien que ça pourrait être le mari qui soit infertile. C’est une large critique de certaines mentalités actuelles selon lesquelles on devrait être réduite au statut de femme au foyer s’occupant des enfants. C’est également dans certains détails que l’on peut voir les éléments grâce auxquels les femmes et filles d’aujourd’hui peuvent s’affranchir : dans cette série, celles-ci ne peuvent ni travailler et ni lire, ce qui démontre l’importance de l’indépendance et de l’éducation des femmes.  De plus, cette série fait aussi transparaître les dangers de la religion sur laquelle s’appuie les lois auxquelles Offred est soumise : les homosexuels, les dissidents, les prêtres catholiques y sont condamnés à mort.

C’est donc dans une atmosphère très sombre que le réalisateur Bruce Miller nous offre l’adaptation d’un roman dystopique qui traite de problèmes brûlants d’actualité et qui fait beaucoup réfléchir.

Agnès SANJIVY